Tirana : la police sous pression après de nouveaux heurts
Tensions à Tirana : le bilan du ministre de l'Intérieur relance le débat sur la gestion des manifestations
Gaz lacrymogène et canons à eau au centre de Tirana : la journée de mobilisation de samedi 31 octobre a une nouvelle fois placé la gestion des manifestations au cœur des responsabilités politiques et policières en Albanie. En début de soirée, les forces de l’ordre ont dispersé des groupes de manifestants violents rassemblés devant les bureaux du Premier ministre Edi Rama, dont la démission est réclamée depuis des mois.
Le rassemblement avait pourtant commencé dans le calme vers midi devant le ministère de l’Éducation, point de départ des manifestations quotidiennes. Plusieurs centaines de personnes avaient répondu à l’appel des étudiants pour cette nouvelle journée de mobilisation, en scandant « Rama démissionne ! » et « Il n’y a pas d’Albanie sans jeunesse ! ». Des journalistes de l’AFP ont constaté que les protestataires, dont plusieurs dizaines de jeunes encagoulés, avaient ensuite rejoint en début de soirée les bureaux du chef du gouvernement, situés sur le principal boulevard du centre de la capitale.
La dérive vers la violence a imposé une réponse des autorités policières. Après avoir incendié plusieurs poubelles, plusieurs dizaines de jeunes encagoulés ont lancé des pavés ramassés sur les trottoirs et des cocktails Molotov en direction des forces antiémeute. Visés par des bouteilles remplies d’essence et par des pavés, les policiers ont chargé les manifestants et poursuivi plusieurs groupes dans les rues du centre-ville. La police a fait usage de deux canons à eau pour disperser les protestataires, qui se dirigeaient vers les bureaux du chef du gouvernement sous une pluie battante.
Sur le plan des responsabilités, le ministre albanais de l’Intérieur, Ervin Demo, a dressé vendredi un bilan chiffré de la répression et des violences. Près de 350 personnes ont été blessées à ce jour, dont environ 200 policiers, une centaine de manifestants et une quarantaine de passants. Le ministre a également déploré la présence dans les manifestations de « mineurs instrumentalisés par les organisateurs et placés en première ligne des attaques et des violences ». Selon lui, 269 personnes âgées de moins de 18 ans ont été interpellées à ce jour dans le cadre des manifestations.
Entre-temps, le gouvernement a durci mercredi sa position à l’égard des protestataires en introduisant des amendes pouvant atteindre 5 500 euros à l’encontre des manifestants violents. De son côté, le Premier ministre Edi Rama a relancé samedi un appel au dialogue avec les étudiants, resté jusqu’à présent sans réponse. Il a récemment dénoncé « une guerre hybride », une violence selon lui « orchestrée par des mains entraînées à cet effet et alimentée de l’extérieur ».
Le contexte institutionnel éclaire l’ampleur de la crise. Ce pays des Balkans de 2,3 millions d’habitants, dirigé depuis 2013 par le socialiste Edi Rama, est secoué depuis des mois par des manifestations qui se sont transformées à la mi-octobre en véritables batailles rangées entre la police et les protestataires dans les rues de la capitale.
La mobilisation antigouvernementale a débuté en mai par le rejet d’un projet immobilier touristique controversé sur la côte albanaise, au bénéfice de proches du président américain Donald Trump. La colère s’est ensuite élargie à la question de la corruption. Le mouvement étudiant dénonce également les carences du système de santé et le manque de perspectives offert à la jeunesse.
Les pouvoirs publics sont aussi confrontés à la question de la protection du patrimoine et des institutions. Dans les premiers jours des manifestations violentes, à la mi-octobre, des manifestants ont incendié ou endommagé des bâtiments publics, dont plusieurs ministères et des tribunaux, ainsi qu’un grand nombre de commerces.
Reste à savoir si la combinaison de sanctions financières renforcées et de l’appel renouvelé au dialogue lancé par le chef du gouvernement permettra de ramener l’apaisement, alors que la contestation, née d’un contentieux foncier et étendue à la gouvernance du pays, ne montre aucun signe de retrait.
Questions-réponses
Quel bilan le ministre albanais de l'Intérieur a-t-il dressé ?
Ervin Demo a annoncé près de 350 blessés à ce jour, dont environ 200 policiers, une centaine de manifestants et une quarantaine de passants, ainsi que 269 interpellations de personnes âgées de moins de 18 ans dans le cadre des manifestations.
Comment les autorités ont-elles durci leur réponse aux manifestations ?
Le gouvernement a introduit mercredi des amendes pouvant atteindre 5 500 euros à l'encontre des manifestants violents, tandis que la police a utilisé gaz lacrymogène et canons à eau pour disperser les protestataires.
Quelle est la position du Premier ministre Edi Rama ?
Il a relancé samedi un appel au dialogue avec les étudiants, resté sans réponse, et a dénoncé une « guerre hybride », une violence selon lui orchestrée par des mains entraînées et alimentée de l'extérieur.
Comment la mobilisation a-t-elle commencé et évolué ?
Née en mai du rejet d'un projet immobilier touristique controversé sur la côte albanaise, la contestation s'est élargie à la corruption, aux carences du système de santé et au manque de perspectives pour la jeunesse, avant de se transformer à la mi-octobre en affrontements rangés avec la police.