Info : plus de la moitié des Français sont saturés
Crime & Société

Info : plus de la moitié des Français sont saturés

La fatigue informationnelle menace la viabilité économique des médias français

Plus d’un Français sur deux se déclare aujourd’hui fatigué par l’information. Ce décrochage massif interroge directement la viabilité d’un secteur médiatique bâti sur un flux continu qui ne laisse jamais son public satisfait. C’est le constat au cœur de l’enquête publiée par la Fondation Jean-Jaurès, disponible en ligne à l’adresse https://www.jean-jaures.org/publication/les-fatigues-de-linfo-enquete-sur-le-chaos-informationnel/ et vendue 19,90 euros auprès de la fondation elle-même.

Signé par Guénaëlle Gault et David Medioni, l’ouvrage s’appuie sur quatre années d’enquête et des recherches inédites pilotées depuis 2022. Guénaëlle Gault dirige L’ObSoCo et enseigne à l’université Paris-Cité ; spécialiste de l’analyse des modes de vie et des mutations sociales, elle pilote les recherches sur la fatigue informationnelle. David Medioni, journaliste et essayiste, dirige l’Observatoire des médias de la Fondation Jean-Jaurès. Ce croisement entre études de consommation et observation du secteur médiatique donne au livre une lecture résolument systémique de la crise.

Le diagnostic central touche à la structure même du marché de l’information. Les auteurs décrivent un « grand rétrécissement » : moins de canaux, moins de rituels, moins de garants. Ils pointent l’économie de l’attention comme moteur du problème, en posant une question dérangeante pour les opérateurs du secteur : pourquoi le système a-t-il besoin que l’on ne parte jamais satisfait ? La réponse structure une chaîne de valeur où l’utilisateur n’est plus un lecteur à fidéliser mais une attention à capter, avec des effets mesurés sur la confiance et la consommation.

L’enquête identifie aussi ce qu’elle nomme une « désaffiliation silencieuse », cartographiée en cinq France informationnelles, et une fragmentation telle que deux voisins n’habitent plus le même monde informationnel. Le citoyen devient détective de sa propre information, contraint d’assumer un « fardeau du discernement » : trier le vrai relève désormais de la corvée privée. Du côté de l’offre, le journaliste apparaît comme « le premier fatigué de l’information », piégé dans la machine à produire le flux. Ces dynamiques, ajoutées à la désinformation et aux ingérences qui trouvent dans la fatigue un terreau, dessinent un marché en crise de confiance, donc en crise de demande.

Les mutations technologiques pèsent lourd dans cet équilibre. L’intelligence artificielle instaure une « compréhension déléguée » : ce que l’on abandonne quand on demande à une machine de comprendre à sa place. Les auteurs examinent également les architectures du repli (bulles, cocons et bunkers), tout en relevant une aspiration à en sortir, indice d’une demande latente que le secteur n’a pas su capter.

La partie prospective du livre propose une « écologie de l’information » en cinq chantiers. Se connaître, d’abord, en comprenant comment le cerveau affronte le flux informationnel. Réinventer les médias et restaurer un tiers garant, en passant « du buffet au menu » avec quelqu’un qui en réponde. Redonner une forme à l’information, des principes aux dispositifs. Reprendre la main sur l’architecture, c’est-à-dire les leviers qui ne dépendent plus des rédactions. Enfin, reconstituer le public, réponse directe à la désaffiliation silencieuse. La conclusion plaide pour une « démocratie de l’attention ».

L’argument économique sous-jacent est clair. Une démocratie ne peut vivre durablement sans citoyens capables de s’informer, de discerner et de débattre, et un espace médiatique qui épuise son audience finit par saper sa propre base de revenus comme sa légitimité. Le livre, nourri de données, de témoignages et d’analyses, se veut aussi une boîte à outils pour retrouver le goût de comprendre.

L’ouvrage peut être commandé directement auprès de la Fondation Jean-Jaurès, par carte bancaire via sa boutique HelloAsso, le service d’envoi postal à domicile étant à la charge de l’acheteur qui ne viendrait pas le chercher sur place, ou par chèque en contactant l’accueil au 01 40 23 24 00 ou par courriel à [email protected]. Reste à savoir si le saura traduire cette demande latente en modèles économiques viables.

Questions-réponses

Quel est le coût de l'ouvrage de l'enquête ?

L'ouvrage est vendu 19,90 euros auprès de la Fondation Jean-Jaurès.

Qui a mené l'enquête sur la fatigue informationnelle ?

L'enquête a été pilotée par Guénaëlle Gault et David Medioni, avec le soutien de la Fondation Jean-Jaurès.

Quel est le principal moteur du problème identifié par les auteurs ?

Le moteur est l'économie de l'attention, qui transforme l'utilisateur en une attention à capter, avec des effets mesurés sur la consommation.

Quel est l'argument économique central du livre ?

Un espace médiatique qui épuise son audience finit par saper sa propre base de revenus et sa légitimité, ce qui est préjudiciable à la démocratie.