Un agent de voyage perd 16 000 dollars dans la chute de Peña
Crime & Société

Un agent de voyage perd 16 000 dollars dans la chute de Peña

La chute d'Ueno Bank plonge des millions de Paraguayens dans l'incertitude

« Ce sont 16 ans de travail perdus. » Vendredi soir, Giovanni Catolino n’avait toujours pas récupéré ses fonds. Avec sa femme, il avait ouvert une agence de voyages en juin, avec les indemnités de son entreprise précédente. « Ça nous a pris du temps, ça nous a coûté de l’argent. Moi, je me suis lancé à fond, évidemment. » Et « 15.000 ou 16.000 dollars, sinon plus », se sont envolés dans les limbes, raconte cet épargnant de l’Ueno Bank, la banque en ligne dont l’effondrement a plongé des millions de Paraguayens dans l’incertitude et fini par coûter son poste au président Santiago Peña.

Samedi 7 novembre, l’ex-chef de l’État a été placé en détention préventive, dans la foulée de son inculpation en lien avec la débâcle bancaire. Il avait d’abord été assigné à résidence après sa destitution, puis transféré vendredi soir, pour raisons de sécurité, dans une installation militaire de la garde présidentielle, où il sera détenu pour le moment, a précisé le juge en charge de l’affaire, Hernan Otazu. Samedi, Santiago Peña avait été inculpé d’« abus de confiance » et de « gestion à des fins personnelles », tout comme l’ex-président de la Banque centrale, Carlos Carvallo.

Selon des extraits de l’acte d’accusation consultés par l’AFP, il est reproché à l’ancien président, qui détenait des actions jusqu’en 2025 dans une holding propriétaire de la banque, d’avoir présidé à « une augmentation et une concentration importantes de fonds publics et de fonds de pension » dans Ueno Bank, pour l’équivalent de plus de 800 millions de dollars.

La crise a éclaté mardi 3 novembre, lorsque la Banque centrale (BCP) a placé Ueno Bank sous tutelle pour insolvabilité. Une banque en ligne florissante ces dernières années, qui revendiquait près de trois millions de clients, soit près de la moitié de la population du pays. L’intervention de la BCP a gelé leurs dépôts. Des entreprises, des institutions et des fonds de pension ont également été touchés. Rapidement, la crise bancaire a viré à la crise politique.

Président conservateur du Paraguay depuis 2023, proche allié de Washington, Santiago Peña, 47 ans, dont le mandat s’achevait en 2028, a été reconnu coupable à l’unanimité par le Sénat de « mauvais exercice de ses fonctions » et destitué. Dès jeudi, à peine 48 heures après l’éclatement du scandale, il avait lui-même présenté sa démission. Mais le Parlement l’avait refusée, rendant inévitable un procès en destitution : s’il l’avait acceptée, M. Peña serait devenu sénateur à vie, comme le prévoit la Constitution pour les ex-présidents, et aurait joui d’une immunité parlementaire. Lors de ce procès, des sénateurs ont accusé l’ex-président d’avoir « permis, toléré et de ne pas avoir corrigé un détournement de fonds des retraites vers une banque liée au cercle présidentiel ». Autrement dit, résumé le sénateur Adrián Vaesken, d’« avoir subordonné l’intérêt public à des intérêts privés ».

Vendredi soir, plusieurs centaines de personnes rassemblées à l’extérieur du Parlement ont accueilli la destitution par des cris de joie et des chants. « Enfin justice a été rendue ! », s’est réjouie auprès de l’AFP Jessica Aquino, employée de 32 ans. « Maintenant, on veut qu’il nous rende notre argent et qu’il finisse en prison ! »

Pour les épargnants, la priorité reste de récupérer leur argent. Investi dans la foulée de la destitution, l’ancien vice-président Pedro Alliana, 52 ans, a affirmé devant le Sénat que « les compatriotes qui traversent une situation très difficile à cause du chaos financier seront pleinement indemnisés. Nous ne le laisserons pas seuls ». Samedi, la Banque centrale a annoncé que près de 1,2 million de petits épargnants floués avaient récupéré leur argent grâce à des versements du Fonds de garantie de la BCP sur des comptes ouverts dans d’autres banques. Ces décaissements totalisent à ce jour environ un milliard de guaranis (160.000 dollars), a indiqué Pedro Alliana sur X.

Les dédommagements se poursuivent par étapes, à commencer par les petits comptes détenus chez Ueno. Les agences de plusieurs banques paraguayennes sont restées exceptionnellement ouvertes ce week-end, a annoncé la BCP. « J’ai poussé un soupir de soulagement quand je suis venue à la banque et que j’ai pu m’assurer que mon argent était en lieu sûr », a témoigné Isabel Figueredo à l’AFP en quittant l’établissement vers lequel ses fonds ont été crédités.

L’onde de choc dépasse les frontières du Paraguay : en Argentine, un millier d’employés de la société technologique ITTI, du même groupe qu’Ueno, ont été suspendus 30 jours sans salaire. Pour les épargnants comme Giovanni Catolino, la question reste ouverte : quand les 16 ans de travail reviendront-ils ?

Questions-réponses

Qu'est-il arrivé aux dépôts des clients d'Ueno Bank ?

La Banque centrale (BCP) a placé Ueno Bank sous tutelle pour insolvabilité le mardi 3 novembre, ce qui a gelé les dépôts. Près de 1,2 million de petits épargnants ont depuis récupéré leur argent grâce à des versements du Fonds de garantie de la BCP sur des comptes ouverts dans d'autres banques, pour un total d'environ un milliard de guaranis (160 000 dollars) selon Pedro Alliana.

Quel sort a été réservé à l'ancien président Santiago Peña ?

Il a été reconnu coupable à l'unanimité par le Sénat de mauvais exercice de ses fonctions et destitué, après avoir présenté une démission refusée par le Parlement. Il a ensuite été inculpé d'abus de confiance et de gestion à des fins personnelles, puis placé en détention préventive dans une installation militaire de la garde présidentielle, selon le juge Hernan Otazu.

Pourquoi la démission de Peña a-t-elle été refusée par le Parlement ?

Parce que, s'il avait démissionné, il serait devenu sénateur à vie comme le prévoit la Constitution pour les ex-présidents et aurait joui de l'immunité parlementaire. Le refus a rendu inévitable un procès en destitution.

Qui d'autre a été affecté par la crise bancaire ?

Outre les épargnants paraguayens, des entreprises, des institutions et des fonds de pension ont été touchés. En Argentine, environ un millier d'employés de la société technologique ITTI, du même groupe qu'Ueno, ont été suspendus 30 jours sans salaire.