Un an après les manifestations de la GenZ à Antananarivo, où un manifestant brandissait une affiche réclamant le départ du président Andry Rajoelina, la justice malgache franchit une étape que beaucoup d’habitants attendaient depuis longtemps. La Haute Cour Constitutionnelle a confirmé, dans sa décision du 28 octobre 2026, que le Pôle anti-corruption peut juger l’ancien chef de l’État, son ancien Premier ministre Christian Ntsay et plusieurs anciens ministres dans trois affaires judiciaires, dont la disparition de 36 kilos d’or.
Pour comprendre l’attente suscitée par cette décision, il faut rappeler le parcours de la procédure. Le Pôle anti-corruption avait saisi la Haute Cour constitutionnelle le 6 octobre 2026 afin de vérifier sa compétence pour poursuivre d’anciens hauts dirigeants. Ce feu vert de la plus haute instance juridique du pays lui permet désormais de lancer son enquête, selon Madagascar-Tribune.com. Pour Andry Rajoelina, en exil à Dubaï et jusqu’à présent peu inquiété par la justice malgache, la décision pourrait marquer un tournant.
La Haute Cour estime que les actes de corruption ne se rapportent pas à l’exercice du mandat présidentiel, mais plutôt à la volonté de satisfaire un intérêt personnel. C’est cette distinction qui ouvre la voie aux poursuites contre d’anciens responsables de l’exécutif malgache, impliqués dans trois affaires d’infractions et de corruption.
La première concerne la disparition de 36 kilos d’or saisis entre 2019 et 2020. Christian Ntsay, Fidiniavo Ravokatra, ancien ministre des Mines, et Herilaza Imbiki, ancien secrétaire général de ce ministère devenu ministre de la Justice, sont tous trois cités dans ce dossier. Tracer les réserves d’or de Madagascar semble être une priorité du colonel Michaël Randrianirina, qui déclarait pas plus tard que la semaine dernière que 100 tonnes d’or partaient illégalement chaque année à destination de Dubaï.
La deuxième affaire touche directement le quotidien des écoliers malgaches. Elle porte sur des soupçons d’irrégularités dans les marchés publics du ministère de l’Éducation nationale, notamment l’acquisition de tablettes scolaires et la fourniture de tables-bancs, des équipements qui remontent aux années 2020. Andry Rajoelina, Christian Ntsay et Marie Michelle Sahondrarimalala, ancienne ministre de l’Éducation nationale, figurent dans les procédures concernées. Pour le marché des tables-bancs, les investigations visent notamment des soupçons de marchés fictifs, de détournement de deniers publics et de corruption pour des montants de près d’un milliard 280 millions d’ariary, soit environ 283.000 euros, détournés dans le courant de l’année 2018. Les sociétés MADA EQUIP SARLU et ID Participation SA, ainsi que Rodolphe Razakandisa, sont également concernées.
Le troisième dossier, enfin, concerne la gestion du Fonds souverain malgache entre 2022 et 2025. Créé initialement pour permettre à l’État d’investir dans des projets de développement stratégiques, prioritaires, rentables et créateurs d’emplois, le Fonds Souverain Malagasy, FSM, aurait été utilisé dans la pratique comme une pompe à finances destinée à payer des opérations commerciales non conformes à l’objet social et aux missions de la société, dénonce Mondafrique. Lors de son discours de présentation de son nouveau gouvernement en mars 2026, le colonel Michaël Randrianirina avait évoqué un détournement de 20 milliards d’ariary en un mois. Andry Rajoelina, Christian Ntsay et Rindra Hasimbelo Rabarinirinarison, ancienne ministre de l’Économie et des Finances, figurent parmi les responsables mis en cause, avec des soupçons d’irrégularités financières présumées dans la gestion du fonds.
La décision de la HCC ne supprime toutefois pas les compétences de la Haute Cour de Justice. Andry Rajoelina et les anciens membres du gouvernement continuent de relever de cette juridiction pour les actes liés à leurs fonctions, dans les conditions prévues par la Constitution. La HCC a par ailleurs précisé que la perte de nationalité malgache d’Andry Rajoelina, constatée par décret en octobre 2025 après sa naturalisation française en 2014, n’invalide pas rétroactivement ses deux mandats présidentiels.
Selon Madagascar-Tribune, cette décision ouvre enfin la poursuite des procédures suspendues dans l’attente de l’arbitrage constitutionnel. Elle ne constitue aucune condamnation. Il appartient désormais au Pôle anti-corruption d’examiner les accusations et d’établir les responsabilités éventuelles, dans le respect de la présomption d’innocence. Reste à savoir si les familles malgaches, un an après avoir brandi leurs affiches place à Antananarivo, verront enfin aboutir les enquêtes sur l’or disparu, les tables-bancs de leurs écoliers et le Fonds souverain.