David Lisnard : une notoriété en ligne savamment orchestrée
Une campagne numérique et des paris en ligne derrière l'ascension du maire de Cannes
Une notoriété fabriquée en ligne : la campagne numérique de David Lisnard interroge sur les mécanismes de la visibilité politique
Le maire de Cannes, David Lisnard, figure désormais parmi les candidats testés par les instituts de sondage en vue de l’élection présidentielle. Cette soudaine notoriété ne doit toutefois rien au hasard : elle résulte d’une stratégie de communication délibérée, menée sur les réseaux sociaux, et d’une opération de paris en ligne dont les initiateurs restent difficiles à identifier. Le parcours de ce candidat libéral, qui propose notamment de supprimer 600 000 postes de fonctionnaires, illustre la manière dont la fabrication d’une image publique peut précéder, voire provoquer, la reconnaissance médiatique et politique.
Le point de départ de cette mécanique est assumé par l’équipe du candidat. Franck Tapiro, directeur de communication de David Lisnard, publicitaire ayant travaillé sur la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 et évoluant aujourd’hui dans la sphère médiatique du milliardaire Vincent Bolloré, a présenté fin août, lors de l’université d’été du parti Nouvelle Energie à Cannes, un plan explicite : faire de son champion une marque. “Aujourd’hui, on a un enjeu, c’est de le faire connaître. Notre premier objectif, c’est de monter la notoriété spontanée de David. En faire une marque. Il va falloir qu’on fasse une armée créative pour inonder les réseaux sociaux de contenus différents, drôles, intelligents, interpelants, pour créer notre audience et pour montrer aux médias et aux sondeurs qu’il faut prendre en compte David”, a-t-il déclaré.
Le résultat se mesure en chiffres. David Lisnard compte 614 000 abonnés sur Instagram, 223 000 sur X (anciennement Twitter), 134 000 sur TikTok et LinkedIn, et 138 000 sur Facebook. Ses contenus, de très courtes vidéos relayées par de nombreux comptes sous le hashtag #Ilsepassequelquechose, portent des slogans comme “moins de politicards, plus de Lisnard” ou “la paperasse, ça prend de la place”. Certaines vidéos, mettant en scène le candidat terrassant des manifestants cagoulés ou affrontant, en robot humanoïde nommé Lisn-or, une tortue de l’espace à la tête de Jean-Luc Mélenchon baptisée Méchankon, cumulent des centaines de milliers de vues, parfois des millions. Dans l’une d’elles, il affirme : “plus d’impôts, c’est moins de liberté. Si vous avez 100 euros et que je vous en prends 50, vous perdez 50 euros de liberté”.
Une deuxième opération, plus opaque, a complété ce dispositif. Au mois de septembre, quelques dizaines de comptes ont parié quelques dizaines de milliers d’euros sur le maire de Cannes sur deux sites de paris en ligne, Polymarket et Kalshi. Sa cote a grimpé en flèche, le plaçant en quatrième puis en troisième position des candidats potentiels, derrière Marine Le Pen et Edouard Philippe, devant Jean-Luc Mélenchon. Les proches du candidat démentent être à l’origine de cette manœuvre, mais ils l’ont largement relayée en ligne, accompagnée d’une question destinée à mettre la pression sur les rédactions : pourquoi les médias n’en parlent-ils pas, et pourquoi n’est-il pas testé dans les sondages ? La stratégie a porté ses fruits. Partant de 3%, David Lisnard atteint aujourd’hui 6, 7 ou 8%, au coude à coude avec Bruno Retailleau, le candidat des Républicains, avec lequel il a déjeuné la semaine dernière. Il a d’ailleurs longtemps adhéré à ce parti, dont il a rendu sa carte il y a seulement quelques mois.
Sur le plan institutionnel, David Lisnard occupe des fonctions établies : maire de Cannes depuis 12 ans et président de l’Association des maires de France, où il brigue sa réélection lors du congrès qui se tiendra fin novembre. Politiquement libéral, il cite parmi ses modèles le président argentin Javier Mileï, avec lequel il se met en scène dans une vidéo sur Instagram. Son programme entend réduire les impôts, baisser le nombre de fonctionnaires, construire des prisons et juguler l’immigration en plafonnant les titres de séjour à 50 000 par an. Jamais ministre, il avait vu son nom cité pour Matignon après la dissolution de 2024 et avait été reçu à l’Elysée juste avant la nomination de Michel Barnier.
Reste que cette ascension relève, pour l’essentiel, d’une bulle numérique et algorithmique entièrement fabriquée via les réseaux sociaux. Il fait partie de ces nombreux candidats fascinés par l’élection surprise d’Emmanuel Macron en 2017 qui se disent, dix ans plus tard, “et pourquoi pas moi ?”. L’année dernière, en 2025, il avait d’ailleurs adressé aux journalistes une carte de vœux éloquente : une photo de l’acteur Michel Blanc assis dans un transat, les pieds dans l’eau, avec la légende “on ne sait jamais, sur un malentendu, ça peut marcher”, en référence au film Les Bronzés, signée au verso “bonne et heureuse année. Très cordialement. David Lisnard”.
Par Stéphane Robert
Questions-réponses
Qui a orchestré la stratégie de notoriété de David Lisnard ?
Son équipe, via son directeur de communication Franck Tapiro, a présenté fin août un plan visant à faire de lui une marque et à inonder les réseaux sociaux de contenus, pour imposer sa notoriété auprès des médias et des sondeurs.
Comment l'opération de paris en ligne a-t-elle fonctionné ?
En septembre, quelques dizaines de comptes ont parié quelques dizaines de milliers d'euros sur lui sur les sites Polymarket et Kalshi, faisant grimper sa cote en troisième position des candidats potentiels.
Quelles fonctions institutionnelles occupe David Lisnard ?
Maire de Cannes depuis 12 ans et président de l'Association des maires de France, où il brigue sa réélection lors du congrès de fin novembre.
Quelles sont les principales propositions de son programme ?
Réduire les impôts, supprimer 600 000 postes de fonctionnaires, construire des prisons et plafonner les titres de séjour à 50 000 par an.