Le CIRAD déploie sa feuille de route pour la filière banane
Trois ambitions opérationnelles pour produire plus et avec moins de pesticides
Le CIRAD dispose désormais d’un cadre d’action précis pour transformer la production de bananes dessert et de plantain. L’institut de recherche agronomique a présenté la synthèse de sa feuille de route dédiée à la filière début octobre au salon Fruit Attraction à Madrid, en Espagne. Le document fixe trois ambitions opérationnelles, assorties d’échéances et de leviers concrets, pour des systèmes de production qui, pour la banane dessert, n’ont pas connu de transformation profonde depuis les années 1960.
Les enjeux de livraison sont considérables. La production mondiale annuelle de bananes s’élève à environ 160 millions de tonnes, dont 71 % de bananes dessert. Le groupe variétal Cavendish domine ce segment avec environ 93 millions de tonnes produites par an, dont plus de 21 millions de tonnes destinées aux marchés d’exportation. La moitié des bananes produites pour le marché mondial provient d’Amérique du Sud. Cette organisation autour d’un seul groupe variétal accentue la vulnérabilité face aux maladies, notamment la cercosporiose noire et la fusariose. La lutte contre ces bioagresseurs entraîne un recours important aux pesticides de synthèse dans certaines zones de production, avec des conséquences potentielles sur l’environnement ainsi que sur la santé des travailleurs et des populations riveraines. Le changement climatique renforce encore ces défis. Aux Antilles françaises, 3 kg de pesticides par hectare sont utilisés, contre plus de 80 kg dans certains autres pays.
Du côté du plantain, le problème est différent : il s’agit d’un déficit de production. La demande pour les bananes « à cuire » est en hausse et on estime qu’il manque 10 millions de tonnes de plantain par an pour couvrir les besoins actuels. La production repose principalement sur 2 millions de producteurs familiaux en Afrique centrale et de l’Ouest, qui peinent à répondre à la demande croissante. La banane reste par ailleurs un aliment essentiel pour une large partie de la population mondiale, comme en Afrique de l’Ouest ou centrale, en Asie ou encore en Amérique du Sud.
La première ambition de la feuille de route, baptisée agroécologie banane dessert 1.0, vise une réduction majeure de l’utilisation des pesticides à l’horizon de 5 à 10 ans. Pour accompagner la filière, le CIRAD travaille sur une combinaison entre des systèmes de culture innovants et alternatifs ainsi que la création et la sélection de variétés résistantes, en étroite collaboration avec sa filiale Vitropic. La deuxième ambition, agroécologie banane dessert 2.0, fixe l’objectif « zéro pesticides ». Les populations de pathogènes s’adaptent en effet à plus ou moins long terme, en particulier dans le cas de la cercosporiose. L’enjeu est donc de créer des variétés à résistance durable. Le CIRAD, notamment via le projet bana+, propose de créer de nouvelles variétés multirésistantes en combinant l’approche conventionnelle par hybridation et les biotechnologies basées sur l’édition du génome. Il s’agit aussi de réintroduire la diversité des cultures et des espèces, pour lutter contre les maladies et ravageurs mais aussi pour créer de la valeur ajoutée.
La troisième ambition porte sur l’intensification écologique de la culture du bananier plantain en Afrique. Le CIRAD travaille sur plusieurs leviers : convaincre décideurs publics, conseillers et formateurs agricoles et producteurs du potentiel de la culture ; former les producteurs et leurs conseillers agricoles à l’agroécologie pour favoriser une production sans pesticides ; et développer des pratiques agroécologiques en s’emparant des atouts majeurs de cette culture. Le plantain compte plus de 150 variétés cultivées et consommées, aux aptitudes agronomiques très mal connues, des systèmes de culture diversifiés avec de probables régulations biologiques au service du bananier plantain, et des besoins nutritionnels mal connus mais plus faibles que ceux de la banane dessert.
L’exécution de ce programme s’appuie sur Vitropic, filiale du CIRAD créée en 1986, spécialisée dans la production de vitroplants et de jeunes plants, principalement de bananiers et d’autres plantes tropicales. L’entreprise travaille avec le CIRAD sur la création de variétés de bananes résistantes à deux maladies importantes, la fusariose TR4 et la cercosporiose, ainsi que sur l’adaptation au changement climatique et le maintien de la diversité variétale. À ce jour, 50 millions de plants de bananiers ont été produits et diffusés dans le monde par Vitropic. Au CIRAD, 70 scientifiques travaillent sur la filière.
Reste à savoir si ces variétés multirésistantes et ces pratiques agroécologiques parviendront à franchir l’échelle des exploitations familiales d’Afrique centrale et de l’Ouest, là où le déficit de 10 millions de tonnes de plantain attend toujours une réponse.
Questions-réponses
Quelles sont les trois ambitions de la feuille de route du CIRAD pour la filière banane ?
Trois ambitions : agroécologie banane dessert 1.0 (réduction majeure des pesticides en 5 à 10 ans), agroécologie banane dessert 2.0 (objectif zéro pesticides avec variétés à résistance durable), et intensification écologique de la culture du plantain en Afrique.
Quel rôle joue Vitropic dans l'exécution du programme ?
Filiale du CIRAD créée en 1986, spécialisée dans la production de vitroplants et de jeunes plants, elle a produit et diffusé 50 millions de plants de bananiers dans le monde et travaille sur des variétés résistantes à la fusariose TR4 et à la cercosporiose.
Quel est le principal défi de production pour le plantain ?
Il manque environ 10 millions de tonnes de plantain par an pour couvrir les besoins actuels, alors que la production repose sur 2 millions de producteurs familiaux en Afrique centrale et de l'Ouest.
Pourquoi la filière banane dessert est-elle vulnérable aux bioagresseurs ?
La domination du groupe Cavendish accentue la vulnérabilité aux maladies comme la cercosporiose noire et la fusariose, entraînant un recours important aux pesticides de synthèse, avec des impacts potentiels sur l'environnement et la santé des travailleurs et des riverains.