Affaire cannabis : Bhadain interpelle l'Assemblée nationale sur le mandat de Leu-Govind
Politique & Gouvernance

Affaire cannabis : Bhadain interpelle l'Assemblée nationale sur le mandat de Leu-Govind

Le Reform Party soulève des questions de redevabilité parlementaire et de cohérence de la politique antidrogue du gouvernement.

Roshi Bhadain, leader du Reform Party, a exigé publiquement la démission de Véronique Leu-Govind de l’Assemblée nationale, plaçant la question de la cohérence institutionnelle au centre du débat politique mauricien. En cause : l’arrestation de l’époux de l’ancienne Junior Minister aux Arts et à la Culture, accompagnée de la saisie d’environ 157,5 kg de cannabis, et les éléments non élucidés qui ont depuis été rendus publics dans le cadre de l’enquête.

La position du RP est précise. Il ne s’agit pas de se prononcer sur la culpabilité de la députée de la circonscription No 14, Savanne/Rivière-Noire. Bhadain a été explicite sur ce point : « Cela ne veut pas dire qu’elle est coupable. Sauf que dans les circonstances actuelles, elle n’est pas apte à représenter ses mandants. » Ce n’est pas un jugement pénal. C’est un jugement sur l’exercice du mandat.

L’interpellation dépasse pourtant le seul cas de Leu-Govind. Bhadain pose une question de fond sur la cohérence de la gouvernance exécutive : comment un gouvernement peut-il revendiquer une politique de tolérance zéro contre le trafic de drogue lorsqu’un de ses membres fait l’objet d’une enquête dans laquelle figurent des déplacements à La Réunion, des accès allégués au VIP Lounge et d’autres faits qui, selon le leader du RP, appellent des éclaircissements formels de la part des autorités compétentes ? Ce sont ces incohérences entre le discours officiel et les réalités de l’enquête que Bhadain entend soumettre à l’examen public.

Le leader du RP a rappelé avoir défendu le même principe lors de l’affaire Yogida Sawmynaden dans le cadre de l’affaire Kistnen : le peuple élit ses représentants, et doit disposer d’un mécanisme pour les révoquer sans attendre cinq ans. C’est une exigence de redevabilité démocratique, pas une attaque partisane.

Sur la recomposition de l’opposition, Bhadain a salué la manière dont Joe Lesjongard a exercé ses fonctions de leader de l’opposition avant de démissionner. La nomination de Chetan Baboolall à ce poste, a-t-il estimé, « suit la logique des choses », en cohérence avec les résultats des élections générales de 2024.

Bhadain a par ailleurs formulé une critique à l’égard du meeting organisé par le MSM à Flacq il y a une dizaine de jours, affirmant que la foule rassemblée était, dans sa majorité, importée et non locale. Sur la pension universelle, il a soutenu que cette prestation sociale n’avait pas été modifiée depuis 1958, contrairement à ce qu’aurait accompli l’Alliance du Changement. Les 60 élus concernés, à l’exception de Sydney Pierre, entreraient selon lui dans l’histoire « kouma bann seki inn ras pansion vie dimounn », une formulation qui désigne les décideurs ayant validé cette réforme comme directement responsables devant les bénéficiaires concernés.

Ryad Subratty, membre du RP, a quant à lui interpellé les décideurs sur la question du pouvoir d’achat. Les chiffres qu’il a avancés méritent attention : avec un dollar américain atteignant presque 50 roupies et une inflation d’environ 4 % en janvier 2025, le prix d’un paquet de thé, qui était de 198 roupies, avoisine désormais les 300 roupies. Subratty a posé ouvertement la question de la responsabilité des décideurs face à cette dégradation du panier de la ménagère, en s’appuyant sur le Consumer Price Index comme indicateur de référence.

Ce faisceau de questions, de la cohérence de la politique antidrogue à la transparence attendue des élus dans l’exercice de leur mandat, pose une interrogation durable : quels mécanismes institutionnels permettront, à terme, d’encadrer la redevabilité des parlementaires entre deux scrutins ?

Questions-réponses

Pourquoi le Reform Party réclame-t-il la démission de Véronique Leu-Govind de l'Assemblée nationale ?

Le RP estime que, dans le contexte de l'enquête liée à l'arrestation de son époux et à la saisie d'environ 157,5 kg de cannabis, la députée n'est plus apte à représenter ses mandants, indépendamment de toute culpabilité pénale.

Quelle incohérence de gouvernance Bhadain pointe-t-il dans la politique antidrogue du gouvernement ?

Bhadain souligne qu'un gouvernement affichant une tolérance zéro contre le trafic de drogue ne peut rester crédible lorsqu'un de ses membres fait l'objet d'une enquête mentionnant des déplacements à La Réunion et des accès allégués au VIP Lounge, sans que les autorités compétentes fournissent d'éclaircissements formels.

Quel mécanisme institutionnel Bhadain réclame-t-il pour renforcer la redevabilité des parlementaires ?

Il plaide pour un mécanisme permettant au peuple de révoquer ses représentants entre deux scrutins, sans attendre cinq ans, un principe qu'il avait déjà défendu lors de l'affaire Yogida Sawmynaden dans le cadre de l'affaire Kistnen.

Quels indicateurs économiques Ryad Subratty utilise-t-il pour interpeller les décideurs sur le pouvoir d'achat ?

Subratty cite un dollar américain atteignant presque 50 roupies, une inflation d'environ 4 % en janvier 2025 et la hausse du prix d'un paquet de thé de 198 à environ 300 roupies, en s'appuyant sur le Consumer Price Index comme indicateur de référence.