Madagascar : Justice et Présidence contraintes de rendre des comptes sur l'année de transi
Les institutions malgaches soumises à un exercice public de reddition de comptes sur la période de transition.
Le ministère de la Justice et la Présidence de Madagascar ont dépêché leurs représentants le mardi 15 septembre à Antananarivo pour répondre, publiquement, d’une année de transition. Le forum, organisé par l’ONG Ivorary, a réuni environ une centaine de citoyens, des représentants de la société civile et du mouvement Gen Z, acteurs centraux du soulèvement populaire de 2025, dans un exercice rare de reddition de comptes face aux institutions en place.
La tenue même de la rencontre a constitué un signal politique. Mahajarisoa Andrianalimanana, membre d’Ivorary, y a lu une forme d’ouverture institutionnelle inédite. « Si c’était au temps de l’ancien régime, est-ce qu’on aurait eu l’occasion de le faire ? Aujourd’hui, c’est une forme d’ouverture que la Présidence accepte de discuter face à la société civile, face aux citoyens et face à la Gen Z. Mais il y a encore beaucoup de chemin à faire », a-t-il déclaré.
Les débats ont rapidement dépassé les définitions abstraites de la démocratie pour imposer un bilan exigeant de l’année écoulée. Deux questions ont structuré l’essentiel des échanges : l’état réel de la liberté d’expression sous la transition, et l’indépendance effective du pouvoir judiciaire.
Sur le premier point, Cédric Ramanankierana, représentant du mouvement Gen Z, a reconnu certains progrès tout en documentant des manquements persistants. « Est-ce qu’on peut parler, sauf quand il s’agit de critiquer la Refondation ? Est-ce qu’on peut réellement critiquer des politiques qui sont jugées contre l’intérêt de la population ? », a-t-il interrogé. Il a poursuivi : « Certes, on est plus libres de parler qu’avant, mais il y a tout de même une certaine limite à la liberté d’expression. On a vu des cas où certaines personnes étaient détenues pour atteinte à la sûreté de l’État parce qu’elles se sont exprimées. C’est ça qui recrée une forme de peur au niveau de la population. »
Sur le second point, celui de la séparation des pouvoirs, plusieurs magistrats et avocats dénoncent publiquement des atteintes à l’indépendance de la justice. C’est le directeur de cabinet de la garde des Sceaux, Jean Arsène Tsaraleha, qui a pris la parole au nom du ministère. Loin de répondre aux accusations structurelles visant l’institution, il a choisi de défendre la ministre à titre personnel, dénonçant une campagne de dénigrement conduite selon lui depuis janvier contre elle. « Quand on ne cesse de répéter que Fanirisoa est corrompue, le subconscient finit par l’intégrer », a-t-il affirmé, estimant que cette campagne visait à lui retirer son soutien populaire et à la pousser à abandonner la lutte contre l’impunité.
Ce glissement, du cadre institutionnel vers la défense personnelle d’une ministre, n’a pas échappé aux participants. Il illustre précisément la tension que le forum entendait mettre en lumière : celle entre les attentes démocratiques portées par les acteurs du changement de 2025 et les marges que les institutions de la transition sont prêtes à concéder.
Par ailleurs, les autorités ont mis en place un cadre formel plus large pour recueillir les doléances des citoyens malgaches à l’échelle nationale. Une concertation conduite quartier par quartier est actuellement en cours à travers le pays, en complément des initiatives portées par la société civile comme celle d’Ivorary.
Le forum du 15 septembre à Antananarivo ne constitue qu’un moment dans un processus encore ouvert. La question centrale, celle de savoir si ces dialogues déboucheront sur des réformes concrètes en matière d’indépendance judiciaire et de protection de la liberté d’expression, reste sans réponse. Ce sont les arbitrages que les institutions de la transition devront rendre dans les prochains mois qui en décideront.
Questions-réponses
Quelles institutions ont envoyé des représentants au forum du 15 septembre à Antananarivo ?
Le ministère de la Justice et la Présidence de Madagascar ont dépêché leurs représentants pour répondre publiquement d'une année de transition.
Comment le directeur de cabinet de la garde des Sceaux a-t-il répondu aux accusations portant sur l'indépendance de la justice ?
Jean Arsène Tsaraleha a délaissé les accusations structurelles visant l'institution pour défendre la ministre Fanirisoa à titre personnel, dénonçant une campagne de dénigrement conduite depuis janvier contre elle.
Quelles limites à la liberté d'expression ont été relevées lors du forum ?
Cédric Ramanankierana, représentant du mouvement Gen Z, a signalé des cas de détention pour atteinte à la sûreté de l'État liés à des prises de parole, et a souligné l'impossibilité de critiquer certaines politiques jugées contraires à l'intérêt de la population.
Quel mécanisme formel les autorités ont-elles mis en place pour recueillir les doléances des citoyens à l'échelle nationale ?
Une concertation conduite quartier par quartier est actuellement en cours à travers le pays, en complément des initiatives portées par la société civile comme celle d'Ivorary.