La Direction du travail arbitre la fin d'une grève des déchets à La Réunion
La médiation administrative de Saint-Denis dénoue un conflit social paralysant la collecte des ordures dans deux communes réunionnaises.
La Direction du travail de Saint-Denis a tranché. C’est sous l’égide de cette instance publique de régulation sociale qu’un accord a finalement été dégagé, le 27 juillet, mettant fin à près de trois semaines de grève ayant paralysé la collecte des ordures ménagères dans deux communes du sud de La Réunion. Sans cette médiation administrative, les négociations bilatérales entre la direction de Derichebourg et les quatre syndicats représentant ses quatre-vingt-deux salariés réunionnais n’auraient visiblement pas suffi.
La situation avait une dimension contractuelle claire. Depuis 2024, Derichebourg océan Indien est titulaire du marché public de collecte des déchets ménagers attribué par la Civis, la communauté de communes regroupant Saint-Pierre et Petite-Île. En tant que prestataire d’un service public de proximité, l’entreprise assumait des obligations sociales dont le non-respect s’est répercuté directement sur les habitants des communes contractantes. Chaque jour de grève était un manquement visible à une mission d’intérêt général.
Le conflit avait débuté le 13 juillet, date à laquelle les syndicats, dont Force Ouvrière, ont déclenché le mouvement après l’échec des négociations annuelles obligatoires sur les salaires pour 2026. La direction proposait une augmentation de 1,23 % en janvier 2026 et de 1,2 % en juillet 2026, avec effet rétroactif. Les organisations de salariés réclamaient 6 %. Jean-Daniel Araboux, représentant de la section syndicale FO chez Derichebourg océan Indien, a exposé la logique de cette demande : “Nous voulions 6 % pour compenser deux ans où les salariés n’ont pas été augmentés. Ici, à La Réunion, la vie est très chère. Mais la direction affirmait ne pas pouvoir aller plus loin. Nous avons donc décidé de nous mobiliser.”
Ce blocage n’est pas isolé. Depuis que l’entreprise a remporté le marché de la Civis, les négociations annuelles obligatoires peinent chaque année à aboutir, révélant une difficulté structurelle à respecter le cadre légal du dialogue social au sein de cette organisation.
C’est précisément face à cet échec répété que les syndicats ont sollicité l’intervention de la Direction du travail. L’administration a alors joué le rôle de tiers régulateur que les deux parties n’étaient pas parvenues à trouver seules en trois semaines de conflit ouvert.
L’accord signé le 5 août définit précisément les contreparties obtenues. L’ensemble des salariés bénéficiera d’une augmentation de 1,23 % à compter de janvier 2026 et d’une hausse de 1,2 % à partir du 1er juillet 2026, sous réserve de ne pas avoir déjà bénéficié des effets de la revalorisation du point prévue dans le cadre conventionnel de la branche propreté. Les ouvriers, catégorie distincte au sein de l’effectif, se voient accorder une augmentation complémentaire de 2,3 % à partir du 1er juillet 2026. Une prime exceptionnelle de 900 euros complète ces mesures pour l’ensemble du personnel concerné.
Le résultat reste inférieur aux 6 % initialement revendiqués. Araboux l’a néanmoins qualifié de victoire : “La grève aura été difficile, mais elle aura porté ses fruits.”
Ce dénouement pose une question que la Civis et les services de l’État auront sans doute à examiner : si les négociations annuelles obligatoires chez Derichebourg échouent systématiquement depuis l’attribution du marché public en 2024, quelles conditions contractuelles ou mécanismes de contrôle permettront d’éviter que la prochaine échéance sociale ne débouche, une fois de plus, sur trois semaines de service interrompu et une médiation de dernière heure ?
Questions-réponses
Quel organisme public a permis de débloquer le conflit social chez Derichebourg océan Indien à La Réunion ?
La Direction du travail de Saint-Denis a servi de tiers régulateur et a arbitré un accord le 27 juillet, mettant fin à près de trois semaines de grève.
Quelles obligations contractuelles et légales étaient en jeu dans ce conflit ?
Derichebourg océan Indien est titulaire depuis 2024 du marché public de collecte des déchets ménagers attribué par la Civis. À ce titre, l'entreprise assumait des obligations de service public, et le cadre légal des négociations annuelles obligatoires sur les salaires n'avait pas été respecté de façon récurrente.
Quelles sont les principales mesures prévues par l'accord signé le 5 août ?
L'accord prévoit une augmentation de 1,23 % à compter de janvier 2026 et de 1,2 % à partir du 1er juillet 2026 pour l'ensemble du personnel, une hausse complémentaire de 2,3 % pour les ouvriers à partir du 1er juillet 2026, et une prime exceptionnelle de 900 euros pour l'ensemble du personnel concerné.
Quelle question de gouvernance ce dénouement pose-t-il à la Civis et aux services de l'État ?
Si les négociations annuelles obligatoires chez Derichebourg échouent systématiquement depuis l'attribution du marché public en 2024, la Civis et les services de l'État devront examiner quelles conditions contractuelles ou mécanismes de contrôle permettront d'éviter qu'une prochaine échéance sociale ne débouche à nouveau sur plusieurs semaines de service interrompu et une médiation de dernière heure.