Madagascar confie le monopole des importations pétrolières à une entité publique unique
Une réforme législative confie à une société d'État le contrôle exclusif des achats d'hydrocarbures, soulevant des questions de gouvernance et de conformité.
Une loi adoptée à Madagascar début août 2026 remodèle en profondeur le cadre réglementaire des importations d’hydrocarbures, transférant progressivement ce monopole à une entité publique unique, la State Procurement of Madagascar (SPM), dont la durée de la période transitoire n’a pas encore été précisée par le gouvernement. Cette décision institutionnelle rompt avec plus de vingt-cinq ans de pratique dans laquelle les sociétés pétrolières privées organisaient elles-mêmes leurs approvisionnements par appels d’offres ouverts.
La SPM, société d’État créée en 2019 et jusqu’alors principalement active dans l’achat de riz, assure depuis environ un mois une part de l’approvisionnement en produits pétroliers de la Grande Île, aux côtés des quatre principaux distributeurs privés. À terme, la loi en fait la seule entité autorisée à procéder à ces importations. Les autorités justifient ce choix par la volonté d’obtenir des prix plus avantageux sur les marchés internationaux, affirmant que la centralisation offre à l’État une latitude accrue dans la sélection de ses fournisseurs et la négociation de ses contrats.
La solidité financière de cette nouvelle architecture soulève des interrogations sérieuses. Un expert des questions énergétiques ayant requis l’anonymat souligne que la SPM ne présente qu’un capital de 100 millions d’ariary, soit l’équivalent d’environ 20 000 euros, et qu’elle n’a jamais conduit d’opérations d’importation pétrolière. Des négociants internationaux de l’envergure d’Aramco ou de Vitol appliqueront vraisemblablement des marges supplémentaires en raison de l’inexpérience de cet acteur. La concentration du risque financier sur une entité unique, alors qu’il était auparavant distribué entre l’ensemble des importateurs privés, constitue un enjeu de gouvernance que les autorités de régulation devront surveiller de près.
Sur le plan de la sécurité d’approvisionnement, le Groupement pétrolier de Madagascar, qui rassemble les distributeurs privés, a formalisé ses inquiétudes dans un document de plaidoyer. L’organisation y dénonce ce qu’elle qualifie de “perte d’autonomie stratégique” et de “forme de nationalisation de facto du secteur”. Elle avertit que la reconstitution de chaînes d’approvisionnement internationales, en cas de défaillance de la SPM, “nécessiterait des délais incompatibles avec les besoins du marché”, les opérations d’importation étant planifiées plusieurs mois à l’avance.
La loi prévoit que les distributeurs traditionnels reprennent leurs importations en cas de défaillance de l’entité étatique. Le Groupement juge cette disposition insuffisante pour écarter le risque de rupture.
Un autre volet de la réforme soulève des questions de conformité aux régimes de sanctions internationales. La visite du ministre malgache Michaël Randrianirina au Kremlin en février 2026 a conduit Vladimir Poutine à évoquer l’énergie parmi les domaines de coopération envisageables avec Madagascar. Or, les sociétés pétrolières opérant sur l’île ont l’interdiction formelle de commercialiser du pétrole russe en application des sanctions internationales en vigueur. Dans ce contexte, le Groupement pétrolier de Madagascar soulève la question de la traçabilité des produits que la SPM serait amenée à importer. En l’absence de certification claire quant à leur provenance, ces produits pourraient s’avérer “inexploitables” pour certains clients stratégiques, notamment les compagnies aériennes, les groupes de bâtiment et de travaux publics, les opérateurs télécoms internationaux et les grands groupes miniers, tous soumis à des exigences élevées de traçabilité et de conformité.
Pour suivre l’évolution de ce dossier réglementaire, le site de RFI documente les positions des différentes parties prenantes à l’adresse suivante : https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260915-madagascar-l-%C3%A9tat-veut-reprendre-la-main-sur-les-importations-d-hydrocarbures. La durée de la période transitoire et les modalités de supervision de la SPM restent à ce stade les principales inconnues d’un dispositif dont les implications pour la gouvernance du secteur énergétique malgache seront déterminantes. Ce sont précisément ces deux paramètres, non encore fixés par les autorités, qui conditionneront la capacité de l’État à répondre des engagements que la loi lui impose désormais.
Questions-réponses
Quelle institution est désormais chargée du monopole des importations pétrolières à Madagascar et quel est son profil financier ?
La State Procurement of Madagascar (SPM), société d'État créée en 2019 et jusqu'alors active dans l'achat de riz, est désignée par la loi comme seule entité autorisée à importer des hydrocarbures. Son capital s'élève à 100 millions d'ariary, soit environ 20 000 euros, et elle n'a jamais conduit d'opérations d'importation pétrolière.
Quels risques de conformité aux sanctions internationales la réforme fait-elle peser sur le secteur ?
La visite du ministre malgache Michaël Randrianirina au Kremlin en février 2026 a conduit Vladimir Poutine à évoquer une coopération énergétique. Or, les sociétés pétrolières opérant à Madagascar ont l'interdiction formelle de commercialiser du pétrole russe en vertu des sanctions internationales. Le Groupement pétrolier de Madagascar soulève donc la question de la traçabilité des produits que la SPM importerait.
Quelles sont les principales inconnues réglementaires que les autorités n'ont pas encore précisées ?
La durée de la période transitoire et les modalités de supervision de la SPM restent à ce stade indéfinies. Ce sont ces deux paramètres, non encore fixés par le gouvernement, qui conditionneront la capacité de l'État à répondre des engagements que la loi lui impose.
Quelle disposition la loi prévoit-elle en cas de défaillance de la SPM, et pourquoi le Groupement pétrolier la juge-t-il insuffisante ?
La loi prévoit que les distributeurs traditionnels reprennent leurs importations en cas de défaillance de la SPM. Le Groupement pétrolier de Madagascar juge cette disposition insuffisante, estimant que la reconstitution de chaînes d'approvisionnement internationales nécessiterait des délais incompatibles avec les besoins du marché, les opérations étant planifiées plusieurs mois à l'avance.