Recrutements irréguliers à l'ACM : la Cour des comptes saisit le BIANCO pour corruption
Océanie

Recrutements irréguliers à l'ACM : la Cour des comptes saisit le BIANCO pour corruption

La Cour des comptes et le BIANCO mettent sous pression l'autorité aéronautique malgache pour des embauches irrégulières.

La Cour des comptes de Madagascar a recensé 107 agents irrégulièrement recrutés sur 213 à l’Aviation civile de Madagascar depuis 2023 : c’est ce constat, publié en mars 2026, qui a déclenché l’ouverture d’une enquête par le Bureau indépendant anti-corruption (BIANCO). La juridiction financière a qualifié explicitement le système de recrutement de l’ACM de « sensible au népotisme et à la corruption », relevant que 21 % des dossiers examinés ne satisfaisaient pas aux critères requis en matière de diplôme ou d’expérience.

Sur la base de ces constats, le BIANCO a ouvert ses propres investigations. L’organisme de contrôle examine désormais les conditions dans lesquelles ces personnels, principalement affectés à des fonctions administratives, ont intégré l’ACM depuis 2023. Près d’une quarantaine d’agents auraient déjà été convoqués et entendus, les enquêteurs les ayant interrogés sur leurs qualifications et sur les procédures ayant conduit à leur embauche. À ce stade, les auditions ne préjugent ni de l’existence d’infractions, ni de responsabilités individuelles.

La direction de l’ACM a indiqué ne pas souhaiter interférer dans le processus. Citée par Midi Madagasikara, sa position se résume ainsi : « L’enquête du BIANCO doit suivre son cours. » La nouvelle direction affirme par ailleurs avoir engagé un processus d’assainissement de la gestion interne, reconnaissant implicitement la réalité des fragilités identifiées par la Cour des comptes. Ces constatations ne valent toutefois pas condamnation des personnes concernées. Elles signalent en revanche l’ampleur des réformes de conformité que l’autorité devra démontrer.

C’est dans ce contexte de contrôle institutionnel accru que se superpose un conflit social distinct. Devant le siège de l’ACM à Tsimbazaza, à Antananarivo, une quarantaine de salariés affiliés au syndicat FISEMARE maintiennent depuis plusieurs jours un mouvement de grève. Leurs revendications portent sur le versement effectif d’un rappel correspondant à une revalorisation salariale de 14 %, ainsi que sur l’instauration d’une indemnité de logement. Les grévistes dénoncent également un climat social dégradé et évoquent des pressions exercées par la nouvelle direction. Selon des informations rapportées par RFI et confirmées par la presse malgache, la direction indique avoir engagé des discussions avec les représentants du personnel pour trouver une issue aux revendications.

Les personnels grévistes demandent expressément que le traitement du dossier judiciaire soit dissocié de leurs droits sociaux, soulignant que les deux procédures relèvent d’instances et de logiques distinctes. Cette demande de cloisonnement traduit une préoccupation précise : que les investigations anticorruption ne servent pas de prétexte à un gel des obligations contractuelles de l’employeur à leur égard.

Pour une autorité dont le mandat est d’assurer la régulation administrative et réglementaire du secteur aérien malgache, l’enjeu dépasse le seul cadre interne. L’ACM opère dans un secteur où la crédibilité des institutions conditionne directement la confiance des partenaires internationaux et des organismes de certification aéronautique. Les recrutements visés par l’enquête concernent principalement des fonctions administratives. Aucun élément disponible ne permet d’établir un lien direct entre ces irrégularités et les opérations aériennes ou la sécurité des vols. Mais la question de la gouvernance d’une telle autorité reste entière.

La simultanéité d’un rapport accablant de la Cour des comptes, d’une enquête active du BIANCO et d’un mouvement social durable place l’ACM devant une obligation de transparence et de réforme à laquelle ses dirigeants devront répondre dans les prochaines semaines. Madagascar, qui cherche à renforcer la crédibilité de ses institutions aéronautiques, mesurera en partie cette crédibilité à la manière dont l’autorité de régulation traversera cette double épreuve de contrôle et de dialogue social. La question demeure ouverte : les réformes annoncées par la direction suffiront-elles à convaincre la Cour des comptes et le BIANCO que les défaillances identifiées appartiennent désormais au passé ?

Questions-réponses

Quelle institution a déclenché l'enquête sur les recrutements à l'ACM, et sur quelle base ?

C'est la Cour des comptes de Madagascar qui a publié en mars 2026 un rapport identifiant 107 agents irrégulièrement recrutés sur 213 à l'ACM depuis 2023. Ce constat a conduit le BIANCO à ouvrir ses propres investigations.

Quelles irrégularités précises ont été relevées par la Cour des comptes dans les recrutements à l'ACM ?

La Cour des comptes a constaté que 21 % des dossiers examinés ne satisfaisaient pas aux critères requis en matière de diplôme ou d'expérience, qualifiant le système de recrutement de sensible au népotisme et à la corruption.

Quelle est la position de la direction de l'ACM face à l'enquête du BIANCO et aux constats de la Cour des comptes ?

La direction de l'ACM a indiqué ne pas vouloir interférer dans le processus, affirmant que l'enquête du BIANCO doit suivre son cours. Elle dit par ailleurs avoir engagé un processus d'assainissement de la gestion interne, reconnaissant implicitement les fragilités identifiées.

Quelles sont les revendications du syndicat FISEMARE et pourquoi les grévistes demandent-ils une séparation des procédures ?

Les grévistes du syndicat FISEMARE réclament le versement d'un rappel correspondant à une revalorisation salariale de 14 % et l'instauration d'une indemnité de logement. Ils demandent que le dossier judiciaire soit dissocié de leurs droits sociaux, craignant que les investigations anticorruption ne servent de prétexte à un gel des obligations contractuelles de l'employeur.