Au Venezuela, la rue exige des élections pendant que les tractations traînent
Au Venezuela, la rue réclame des élections pendant que les négociations traînent
Au Venezuela, les citoyens attendent toujours de savoir quand, et comment, ils pourront voter. Alors que le gouvernement de Delcy Rodriguez et une partie de l’opposition négocient une transition démocratique à petits pas, des milliers de Vénézuéliens sont descendus dans la rue jeudi pour réclamer « des élections maintenant ». Ce décalage entre la lenteur des tractations et l’impatience populaire illustre l’enjeu central pour la population : le retour de droits politiques et de garanties démocratiques dont elle a été privée.
Les négociations pour la transition démocratique avancent à un train de sénateur. La délégation de l’opposition, menée par l’ex-présidente de l’Assemblée nationale Dinorah Figuera, a clôturé mercredi soir une troisième session de pourparlers avec le gouvernement, depuis le début du processus en août 2026. Les deux parties se sont entendues pour « commencer un processus de révision » de plusieurs lois restreignant la démocratie, selon un communiqué conjoint. L’une encadre les candidatures aux élections, l’autre menace de 25 à 30 ans de prison les opposants politiques. Elles se sont également accordées sur la nécessité de revoir la définition du terrorisme, motif largement utilisé par l’Etat chaviste pour condamner ses adversaires lors des élections de 2024, et sur celle d’« initier une discussion vers la création d’une institution défenseure » de la démocratie. Autant dire que les discussions sont loin d’être terminées : de nouvelles rencontres sont prévues en novembre.
Pour les Vénézuéliens, ces avancées en demi-teinte touchent directement à leurs libertés fondamentales. Les lois visées par la révision déterminent qui peut se présenter, qui peut s’exprimer et qui risque la prison pour ses opinions. Le premier mois de tractations, plus prometteur, avait abouti à un accord pour refonder le Tribunal suprême, profondément acquis à Nicolas Maduro. Depuis début août, le rythme des annonces a beaucoup ralenti.
Une analyse détaillée de la situation est par ailleurs disponible sur https://www.lopinion.fr/international/nous-voulons-des-elections-maintenant-au-venezuela-une-opposition-divisee-sur-fond-de-negociations-avec-le-gouvernement, qui retrace la fracture au sein de l’opposition démocratique et le contexte de ces négociations.
Washington, qui applaudit ces résultats, joue un rôle déterminant dans le processus. « Les Etats-Unis saluent la conclusion de la troisième ronde de pourparlers de réconciliation politique », a estimé le porte-parole du département d’Etat, Tommy Pigott, dans un communiqué, soulignant « les résultats tangibles pour retravailler plusieurs lois répressives ». C’est la Maison-Blanche qui a coopté Dinorah Figuera pour guider l’opposition, et c’est sous sa houlette que se déroulent les échanges. Washington est pressé de voir le Venezuela retrouver un semblant de stabilité politique, et économique. Au moment des premières tractations, Tommy Pigott avait indiqué que le processus devait aboutir à la « stabilisation, la reprise économique […] et à une transition vers des élections démocratiques ». Dans cet ordre de priorité, précisément.
Pourtant, les Vénézuéliens ne semblent pas aussi patients que les émissaires américains. Les tractations révèlent encore un peu plus la fracture au sein de l’opposition démocratique. La formation de Maria Corina Machado, Vente Venezuela, n’est pas invitée aux pourparlers. Elle est pourtant très populaire dans le pays : lors des primaires de l’opposition avant la présidentielle de 2024, la libérale avait raflé plus de 90 % des voix.
Vente Venezuela fait donc pression sur le gouvernement depuis la rue. Le parti a organisé jeudi des manifestations à travers tout le pays, retransmises en direct sur sa chaîne YouTube. Des milliers de Vénézuéliens ont répondu à l’appel, exigeant « des élections maintenant » sur leurs pancartes. Sur son site, l’organisation récapitule ses revendications : « la publication d’un calendrier vers une élection présidentielle en 2027, […] la libération de tous les prisonniers politiques » et « le retour de Maria Corina Machado ».
La prix Nobel demeure contrainte d’observer l’évolution de son pays depuis son exil au Panama. Interviewée par le New York Times, elle promettait de revenir « plus tôt que l’on ne s’y attend », mais soutient pour l’instant que les lois anti-opposition étant toujours en vigueur, elle craint d’être arrêtée à son retour.
De son côté, Washington reste sourd aux revendications de la rue. « Le calendrier que nous suivons doit être délibéré et réfléchi, nous n’imposons pas de dates fixes », expliquait à la presse un émissaire américain à Caracas. De fait, le retour de la démocratie dans le pays n’est pas leur priorité : après avoir destitué Nicolas Maduro, ils ont choisi sa vice-présidente, Delcy Rodriguez, pour le remplacer. Pas exactement une ardente défenseure de la démocratie. Pour les manifestants, l’attente risque donc de durer encore un peu.
Questions-réponses
Quels points d'accord sont sortis de la troisième session de pourparlers ?
Les deux parties ont convenu de commencer un processus de révision de deux lois restreignant la démocratie (candidatures aux élections et sanctions contre les opposants), de revoir la définition du terrorisme utilisée contre les adversaires de l'Etat chaviste, et d'initier une discussion vers la création d'une institution défenseure de la démocratie.
Quelles sont les revendications de Vente Venezuela ?
Le parti demande la publication d'un calendrier vers une élection présidentielle en 2027, la libération de tous les prisonniers politiques et le retour de Maria Corina Machado.
Pourquoi Maria Corina Machado reste-t-elle en exil ?
Exilée au Panama, elle craint d'être arrêtée à son retour tant que les lois anti-opposition restent en vigueur, même si elle promet de revenir plus tôt que prévu.
Quelle est la position des Etats-Unis sur le calendrier électoral ?
Washington refuse d'imposer de dates fixes et privilégie un processus délibéré visant d'abord la stabilisation politique et la reprise économique, avant une transition vers des élections démocratiques.