Île Maurice : après les nuits de colère, le pays cherche le chemin du dialogue
Pour les habitants de Camp-Levieux et des quartiers défavorisés de l’île Maurice, la semaine dernière restera celle des nuits d’émeutes. Le soulèvement a secoué plusieurs nuits d’affilée l’ensemble du territoire. Son origine tient en un drame qui a bouleversé l’opinion : le tir accidentel d’un policier, le vendredi 9 octobre 2026 vers 23h30, contre une jeune mère de famille de 27 ans.
Ce soir-là, la victime se trouvait dans une fourgonnette et se rendait à son travail. Elle a été grièvement blessée à la mâchoire. Selon le témoignage du conducteur du véhicule, qui, s’il se confirme, laisse peu de place au doute sur la responsabilité de l’auteur du tir, le policier et ses collègues ont quitté les lieux sans porter assistance à la blessée. C’est cette attitude qui a déclenché la colère populaire.
Face à l’urgence médicale, le gouvernement a fait venir une équipe médicale d’Inde pour tenter de sauver la jeune femme. Après plusieurs heures d’incertitude, le ministère de la Santé et le mari de la victime ont confirmé la réussite de l’opération. D’après L’Express de Maurice, elle peut à nouveau se déplacer, avec l’aide d’un déambulateur.
Malgré les poursuites engagées contre le tireur et les policiers présents sur les lieux, la population de Camp-Levieux et des quartiers défavorisés a laissé éclater sa rage. Lundi 12 octobre 2026, le gouvernement mauricien a décrété un couvre-feu dans 17 zones sensibles, de 20h30 à 5h du matin. La mesure n’a pas découragé les manifestants, qui ont continué à descendre dans les rues pour affronter les forces de l’ordre. Au fil des jours, le nombre de belligérants a fortement diminué, laissant place à de très jeunes casseurs. Des enquêtes sont toujours en cours pour déterminer les raisons de leur présence dans les rues la nuit et leur implication dans les dégâts.
Le calme revenu, le Premier ministre Navin Ramgoolam a annoncé, ce lundi soir, la fin du couvre-feu, qui avait été réduit ce week-end de 22h à 4h30. Lors de cette intervention, il a surtout souligné la mise en place, en urgence, d’une consultation générale. “Des ONG et des spécialistes de terrain. L’objectif sera d’abord de comprendre comment le pays en est arrivé là, mais surtout de créer les conditions permettant aux jeunes Mauriciens de réaliser leurs rêves”, a-t-il déclaré, selon Défimédia.
Sur le plan judiciaire, le sergent, tireur présumé, et trois adjoints, poursuivis pour non-assistance à personne en danger pour les faits du 9 octobre 2026 à 23h30 à Camp-Levieux, comparaissaient ce lundi 19 octobre 2026 devant le tribunal de Rose-Hill. Les demandes de remise en liberté sous caution des subordonnés ont été acceptées. Chacun doit verser 25 000 roupies mauriciennes (471,36 €) et signer une reconnaissance de dette de 100 000 roupies mauriciennes (1885,45 €).
L’auteur présumé du tir, le sergent Gautam Singh Taukoor, 57 ans, demeure quant à lui en détention provisoire. Il est poursuivi pour “utilisation d’une arme à feu pour intimider” et “blessures et coups involontaires par imprudence”, précise Le Mauricien. Une nouvelle audience devant le tribunal de Rose-Hill a été fixée au 26 octobre 2026.
Si la levée du couvre-feu marque un retour au calme, la question posée au pays dépasse désormais le seul incident de Camp-Levieux : celle des conditions de vie et d’avenir des jeunes Mauriciens des quartiers défavorisés, que la consultation générale annoncée par le Premier ministre devra affronter.
Par Fabrice Floch