Pillages de commerces, mairies incendiées, office de tourisme de Lyon saccagé : la journée de mobilisation du samedi 17 octobre a laissé une facture matérielle lourde, et avec elle une question d’ordre économique que les acteurs du paysage politique et les opérateurs locaux commencent à chiffrer. À Marseille, mairies et commerces ont été attaqués, le commissariat de la police municipale visé. À Limoges, la mairie a été ravagée par un violent incendie. Un bâtiment de l’université de Rouen a été endommagé par les flammes, et le ciel de Paris a été noirci par les incendies après des scènes de pillages et d’affrontements jusque tard dans la nuit. Le ministre de l’Intérieur a annoncé 400 interpellations dans toute la France, sur une journée qui a réuni entre 550 000 et 800 000 manifestants selon les estimations.
C’est dans ce contexte que le député La France insoumise de Seine-Saint-Denis Éric Coquerel a dénoncé, dimanche 18 octobre sur franceinfo, un gouvernement “principalement responsable de ce qui est en train d’arriver”. L’élu a estimé que les autorités avaient été “totalement dépassées par la situation”.
Le député insoumis a tenu à préciser le positionnement de son mouvement. Les insoumis n’étaient samedi que “dans les rassemblements pacifiques”, a-t-il affirmé, répondant au Premier ministre Sébastien Lecornu, qui avait appelé LFI à “choisir son camp” entre celui “de la République et donc des forces de l’ordre”, et “celui des casseurs”. “Tout cela est de la provocation”, a rétorqué Éric Coquerel, ajoutant : “Notre camp est très clairement du côté de ceux qui se sont mobilisés” samedi.
Pour l’élu de Seine-Saint-Denis, la crise trouve sa racine dans un déséquilibre économique et social de fond. “Ce gouvernement, qui a été battu lors des élections législatives en juillet 2024, continue à gouverner comme si de rien n’était, et il se prend ce retour de bâton”, a-t-il insisté. Selon lui, “si ce gouvernement compte s’en sortir avec seulement une réponse policière, judiciaire, d’accusations de tel ou tel, je pense qu’il ne comprend pas la situation qu’il a lui-même déclenchée depuis des années”.
Éric Coquerel a décrit “une situation de casse sociale, de gens qui par millions n’y arrivent plus, de lycéens à qui, en guise de revendications, on envoie sans arrêt les provocations, la police”. “Ce gouvernement ne mesure pas la colère qu’il y a dans ce pays”, a-t-il lancé sur franceinfo.
Les conséquences économiques des débordements ont alimenté les réactions. La première adjointe au maire de Paris a déploré “un manque de moyens policiers” après les pillages de samedi. À Marseille, le maire Benoît Payan a déclaré : “Ceux qui cassent, ce ne sont pas des manifestants.” Les craintes des commerçants face à l’ampleur des violences ont été évoquées parmi les enjeux de cette mobilisation.
Le mouvement, qui mêle mobilisation lycéenne et retour des gilets jaunes dans les rues, avec des slogans comme “Aujourd’hui, je survis, je ne vis plus”, traduit selon les observateurs une tension sociale durable. Le directeur du département Opinion et stratégies d’entreprise de l’IFOP, Jérôme Fourquet, a résumé ce sentiment dans le 8h30 franceinfo : “les Français disent : nos vies ont rétréci”. Des tensions ont également été signalées place de la République à Paris, où des individus ont tenté de s’approcher de l’Élysée, et des manifestants ont investi les Champs-Élysées.
Reste à savoir si le coût économique de ces débordements, encore non chiffré, poussera le gouvernement à une réponse au-delà du seul volet sécuritaire.