Kosovo : Justina Pula élue présidente, fin du blocage
Une économiste de consensus débloque l'impasse institutionnelle et apaise les inquiétudes économiques
Le Parlement du Kosovo a élu Justina Shiroka Pula à la présidence mardi soir, quelques instants avant une échéance constitutionnelle qui aurait imposé des élections anticipées. Le vote, obtenu au terme d’une séance-marathon nocturne, met fin à plus de 19 mois de blocage législatif, une paralysie qui a déjà coûté deux scrutins anticipés au petit pays des Balkans, avec les incertitudes politiques et économiques que cela implique pour ses opérateurs et ses partenaires.
Le coût institutionnel de la crise a été lourd. Deux élections législatives anticipées en moins de deux ans, voilà le bilan de cette période de blocage pour un pays déjà fragilisé.
L’économiste et universitaire a recueilli 81 voix sur 120 sièges lors d’une séance extraordinaire. Elle devient la troisième femme à accéder à la présidence depuis l’indépendance obtenue après la guerre contre la Serbie, et couronne ainsi un parcours académique: elle occupait récemment la présidence de l’Académie des sciences et des arts du Kosovo.
Désignée in extremis comme candidate de consensus, elle a bénéficié d’un soutien transpartisan rare, à la fois du mouvement au pouvoir Autodétermination et du principal parti d’opposition, le Parti démocratique du Kosovo. Cet appui croisé a permis d’écarter la menace d’un nouveau scrutin anticipé, une perspective redoutée par les acteurs politiques et économiques du pays.
La fonction présidentielle est largement honorifique, mais elle n’est pas dépourvue d’importance institutionnelle et économique. Ses titulaires jouent un rôle notable en politique étrangère et commandent les forces armées. Surtout, Shiroka Pula devra promulguer la loi limitant les pouvoirs du tribunal de La Haye pour qu’elle entre en vigueur, une étape décisive pour la mise en oeuvre de ce texte.
Car juste avant son élection, les députés ont adopté cette loi visant un tribunal spécial à La Haye, créé pour enquêter sur et poursuivre les crimes de guerre commis par l’Armée de libération du Kosovo (ALK) pendant la guerre de 1998-1999 pour l’indépendance vis-à-vis de la Serbie. À l’extérieur du Parlement, des milliers de manifestants s’étaient rassemblés pour exiger l’adoption de ce texte visant les Chambres spécialisées.
Après avoir prêté serment tard mardi, la nouvelle présidente s’est exprimée devant les députés. “Aujourd’hui, j’accepte avec un immense honneur et un grand sens des responsabilités la charge de présidente de la République du Kosovo”, a-t-elle déclaré, avant d’ajouter: “Ce mandat n’appartient pas à une seule personne, il appartient à nos citoyens, à nos institutions et à l’État pour lequel de nombreuses générations se sont sacrifiées.”
L’élection intervient après plus de deux semaines de manifestations, déclenchées par le verdict du tribunal siégeant à La Haye, qui a condamné pour crimes de guerre quatre chefs rebelles de la période du conflit, dont l’ancien président du pays Hashim Thaçi. Les peines prononcées vont de 13 à 25 ans de prison.
Les autorités kosovares ont dénoncé des verdicts jugés injustes, affirmant que l’ALK, que Thaçi dirigeait avant d’entrer en politique, avait combattu l’oppression serbe. Habitants et responsables politiques craignent que cette décision de justice ne ternisse la lutte du Kosovo pour son indépendance, avec des répercussions possibles sur son image auprès de ses partenaires.
Pour mémoire, le conflit au Kosovo a fait plus de 13 000 morts, en majorité des Albanais de souche, tandis qu’environ 1 million d’Albanais kosovars ont été chassés de chez eux pendant les combats. Le dénouement institutionnel de mardi soir, détaillé notamment par https://fr.euronews.com/2026/10/08/kosovo-les-deputes-elisent-justina-pula-presidente-apres-un-long-blocage-politique, ouvre enfin au pays une perspective de stabilité après un long blocage politique. Reste à savoir si cette promulgation attendue suffira à restaurer la confiance de ses partenaires économiques et financiers.
Questions-réponses
Qui a été élue présidente du Kosovo et avec quel score ?
Justina Shiroka Pula, économiste et universitaire, a été élue avec 81 voix sur 120 sièges lors d'une séance extraordinaire du Parlement, quelques instants avant une échéance constitutionnelle.
Pourquoi cette élection était-elle économiquement importante ?
Elle évite des élections anticipées après plus de 19 mois de blocage et deux scrutins anticipés en moins de deux ans, une incertitude redoutée par les acteurs politiques et économiques du pays.
Quel rôle la nouvelle présidente jouera-t-elle sur la loi visant le tribunal de La Haye ?
Elle devra promulguer la loi limitant les pouvoirs du tribunal spécial de La Haye pour qu'elle entre en vigueur, une étape décisive pour la mise en oeuvre du texte adopté juste avant son élection.
Quels verdicts ont déclenché les manifestations ?
Le tribunal de La Haye a condamné quatre chefs rebelles de l'ALK, dont l'ancien président Hashim Thaçi, à des peines de 13 à 25 ans de prison pour crimes de guerre commis pendant le conflit de 1998-1999.