Mauritius : dette à 89,5% du PIB, Ramgoolam face aux contraintes légales du Budget 2026-27

Mauritius : dette à 89,5% du PIB, Ramgoolam face aux contraintes légales du Budget 2026-27

Sous la contrainte de la Public Debt Management Act, le gouvernement Ramgoolam prépare un budget sous surveillance institutionnelle accrue.

Budget 2026-27 : face à une dette publique à 89,5% du PIB, le gouvernement de Navin Ramgoolam aborde le dépôt de son deuxième Budget Speech sous une pression institutionnelle et légale sans précédent.

C’est la Public Debt Management Act qui fixe le cadre de référence. Cette loi engage formellement le gouvernement à ramener la dette de l’administration générale à 75% du PIB d’ici à 2030, puis à 60% d’ici à 2035. Or, à la fin du mois de mars dernier, cet indicateur atteignait 80,8% du PIB, contre 80,6% en décembre 2025. L’écart entre les obligations légales et la trajectoire réelle de la dette constitue, selon le MCB Group, l’un des défis de conformité les plus pressants que le gouvernement devra affronter vendredi devant le Parlement.

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C’est dans ce contexte que le MCB Group a publié son Indian Ocean Economic Outlook, sous la conduite de la MCB Research Team dirigée par Vick Hurrynag. Le document soumet les grandes orientations de politique budgétaire à un examen rigoureux. Il pose, en filigrane, des questions précises sur la capacité du Premier ministre et ministre des Finances à honorer ses engagements en matière de discipline fiscale. Le groupe a révisé à la baisse ses prévisions de croissance de 50 points de base, ramenant le taux attendu à 2,9% pour 2026, soit sous le seuil critique de 3%. De nouveaux ajustements restent possibles si la situation au Moyen-Orient continue de se détériorer.

La Budgetary Cell du Prime Minister’s Office aborde cette ultime semaine de préparation avec une injonction claire du MCB Group : le prochain budget devra traduire en actes concrets une volonté de réduire les dépenses non productives et de maîtriser les passifs éventuels liés aux entreprises publiques. Sur ce point, l’introduction de la Fiscal Responsibility Act, maintes fois annoncée, est présentée comme un levier décisif pour renforcer le cadre de gestion des finances publiques, améliorer la redevabilité gouvernementale et soutenir la soutenabilité budgétaire à long terme. Ce texte devra toutefois être présenté, débattu et adopté par l’Assemblée nationale avant de produire ses effets.

Sur le plan de la surveillance multilatérale, le Fonds monétaire international s’apprête à inscrire à l’agenda de son conseil d’administration, le 8 juillet prochain à Washington, les consultations au titre de l’Article IV concernant Maurice. Ce processus viendra compléter, sur le plan international, l’examen des choix budgétaires du gouvernement, renforçant encore la pression sur le décideur public.

Les signaux d’alerte sectoriels qui alimentent ce contexte sont nombreux et documentés. Le tourisme, pilier de la relance post-Covid-19, a enregistré une contraction de 0,8% sur la période de mars à mai, portée notamment par une hausse de 25% du coût des billets d’avion. Les exportations manufacturières ont chuté de 20,2% au premier trimestre : le thon a reculé de 4,7% à Rs 3,3 milliards, le textile de 19,9%, passant de Rs 4,5 milliards à Rs 3,6 milliards. La décision du Royaume-Uni de suspendre ses tarifs douaniers sur les importations de thon accentue la pression concurrentielle sur ce segment. Dans le secteur de l’automobile, le marché a reculé de 20% de janvier à avril. Le déficit commercial projeté atteint Rs 245 milliards, soit 31% du PIB, et le déficit du compte courant s’établit à 6,9%.

Ces dégradations sectorielles ont une traduction directe sur les recettes publiques à venir. Les chiffres pour la période de juillet 2025 à avril dernier témoignent cependant d’une certaine résistance : les recettes de l’État ont progressé de 12,1% pour atteindre Rs 160 milliards, portées par une hausse des recettes fiscales sur le revenu, tandis que les dépenses publiques reculaient de 1,3%. Le gouvernement subit par ailleurs un manque à gagner de Rs 10 milliards au titre du loyer de la base militaire de Diego Garcia dans le cadre du Chagos Deal, un élément qui pèse directement sur l’équilibre budgétaire.

La dépendance structurelle de Maurice vis-à-vis des importations constitue une contrainte supplémentaire. Les produits pétroliers représentent environ 23% du total des importations de marchandises, les produits alimentaires y ajoutant 20%. Les coûts de fret ont bondi de 50% selon le Baltic Index Global, avec des majorations allant de 25 à 45% pour les marchandises en provenance de Chine, de 8 à 16% depuis l’Inde, de 10% depuis l’Europe et de 215% depuis la région du Moyen-Orient. Ces pressions inflationnistes sur les approvisionnements pourraient contraindre le gouvernement à mobiliser des dépenses supplémentaires à vocation sociale, que le MCB Group qualifie de mesures « ciblées et temporaires » pour protéger les ménages et entreprises vulnérables.

Le secteur agricole, avec ses 32 500 emplois et une contribution de 5,4% au PIB, est, lui aussi, confronté à des facteurs hors de son contrôle : une hausse de 55% des prix des engrais imputable aux répercussions de la guerre au Moyen-Orient, et un déficit pluviométrique de 55% pour la période de janvier à mai. Au sein du secteur manufacturier, les opérateurs font face à une hausse de 15% des tarifs d’électricité du Central Electricity Board, à un ajustement de 9,4% de l’indice des prix IMF et à une progression de 3,2% des coûts unitaires de main-d’oeuvre, autant de paramètres qui relèvent, pour partie, de décisions réglementaires ou tarifaires relevant du périmètre de l’État.

C’est dans ce tableau d’ensemble que le MCB Group identifie le secteur des services financiers comme principale bouée de sauvetage. La solidité de cette ancre est cependant conditionnée par une exigence réglementaire précise : « preserving Mauritius’ investment-grade sovereign rating remains a cornerstone of the IFC’s reputation, underpinning its credibility and reinforcing its attractiveness as a leading platform for trade and investment in Africa. » La conservation de cette notation souveraine est présentée non pas comme un objectif purement financier, mais comme une condition de crédibilité institutionnelle dont la responsabilité incombe directement au gouvernement.

Le MCB Group reconnaît que « sustaining the pace of fiscal consolidation will remain critical », tout en prévenant que « progress is likely to remain gradual given the challenging economic environment. » Ce sont ces deux phrases, brèves et sans équivoque, qui fixeront probablement les termes de l’évaluation que conduira le FMI le 8 juillet à Washington, au lendemain d’un Budget Speech que le Parlement, les créanciers et les agences de notation scruteront avec une égale attention.

Questions-réponses

Quelles obligations légales encadrent la trajectoire de la dette publique à Maurice ?

La Public Debt Management Act engage formellement le gouvernement à ramener la dette de l'administration générale à 75% du PIB d'ici 2030, puis à 60% d'ici 2035. Or, à fin mars, cet indicateur atteignait 80,8% du PIB, contre 80,6% en décembre 2025, révélant un écart persistant entre les obligations légales et la trajectoire réelle.

Quel rôle joue le FMI dans la surveillance des finances publiques mauriciennes ?

Le FMI s'apprête à inscrire à l'agenda de son conseil d'administration, le 8 juillet à Washington, les consultations au titre de l'Article IV concernant Maurice. Ce processus viendra compléter, sur le plan international, l'examen des choix budgétaires du gouvernement, renforçant la pression sur le décideur public.

Qu'est-ce que la Fiscal Responsibility Act et quel est son statut institutionnel ?

La Fiscal Responsibility Act est un texte législatif maintes fois annoncé, présenté comme un levier décisif pour renforcer le cadre de gestion des finances publiques, améliorer la redevabilité gouvernementale et soutenir la soutenabilité budgétaire à long terme. Il doit toutefois encore être présenté, débattu et adopté par l'Assemblée nationale avant de produire ses effets.

Comment les dégradations sectorielles affectent-elles les recettes et dépenses de l'État ?

Malgré des contractions dans le tourisme, le textile et l'automobile, les recettes de l'État ont progressé de 12,1% sur juillet 2025 à avril, atteignant Rs 160 milliards, tandis que les dépenses publiques reculaient de 1,3%. Cependant, un manque à gagner de Rs 10 milliards lié au Chagos Deal et des pressions inflationnistes sur les approvisionnements pourraient contraindre le gouvernement à mobiliser des dépenses sociales supplémentaires.