Madagascar : la présidence déploie les forces de sécurité, les institutions de transition

Madagascar : la présidence déploie les forces de sécurité, les institutions de transition

À Madagascar, le régime de transition engage sa crédibilité face à une vague de disparitions et d'assassinats.

Madagascar: face à la psychose sécuritaire, les institutions de la transition engagent leur responsabilité

Le mardi 7 juillet, la présidence malgache a posé le premier acte institutionnel de la crise en annonçant le déploiement immédiat de la garde présidentielle et de 400 éléments des forces de défense et de sécurité dans les rues d’Antananarivo. Cette décision, prise au sommet de l’exécutif en réponse à une vague de disparitions et d’assassinats massivement relayée sur les réseaux sociaux, engage désormais la crédibilité du régime de transition tout entier.

Le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison a assumé la posture d’un décideur interpellé dans l’exercice de ses fonctions. Il a souligné le caractère inédit de la crise en précisant que des signalements de disparitions continuaient d’apparaître sur Facebook jusque durant les séances du conseil de gouvernement. « Autrefois, il y avait déjà des kidnappings, les ravisseurs demandaient des rançons. Mais la situation actuelle est inédite », a-t-il déclaré, qualifiant ces événements d’« abjects ». Son discours a rapidement pris une dimension politique: « Nous sommes en guerre ! Les forces sont déployées et nous allons en finir avec cette situation, donc restez calmes ! Il n’y aura aucune tolérance envers quiconque se trouve derrière ces assassinats destinés à perturber la Refondation en cours. »

Cette lecture institutionnelle des faits, qui présente les crimes comme un instrument de déstabilisation, a également été reprise par le président de la transition Michael Randrianirina. Intervenant dès le samedi 4 juillet, il avait dénoncé « une stratégie » visant à « déstabiliser » Madagascar, associant dans son propos les disparitions signalées et le récent survol de son cortège par des drones suspects. Le président s’est toutefois abstenu de désigner des responsables nommément, laissant ouverte la question centrale de l’imputabilité.

Ce silence sur les auteurs présumés n’est pas anodin. Il reflète un déficit plus large de transparence qui complique toute évaluation rigoureuse de l’ampleur réelle du phénomène. Selon les chiffres communiqués par les autorités elles-mêmes, 90 personnes ont disparu dans la capitale au cours des dernières semaines, dont 43 ont depuis été retrouvées. Aucune statistique publique ne permet cependant de mesurer l’évolution du phénomène sur plusieurs mois ou plusieurs années. Il est donc impossible de distinguer avec certitude un emballement des réseaux sociaux autour de faits divers d’une véritable recrudescence des enlèvements et des meurtres. Ce manque de données officielles constitue en soi une question de gouvernance: documenter et rendre publics des indicateurs de sécurité fiables relève de la responsabilité directe des autorités.

Sur le terrain, la tension s’est déjà traduite par des actes de violence extrajudiciaire. Le lundi 6 juillet à Antananarivo, une femme soupçonnée de tentative d’enlèvement a été violemment prise à partie par une foule en colère, illustrant les risques que fait peser une psychose collective sur l’État de droit lorsque les institutions peinent à rassurer la population.

Le traitement de cette crise est suivi par les médias régionaux et internationaux. RFI, dont le correspondant à Antananarivo Guilhem Fabry assure la couverture, a publié une analyse disponible à l’adresse suivante: https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260708-madagascar-le-gouvernement-promet-d-en-finir-avec-des-vagues-d-assassinats-et-de-disparitions-relay%C3%A9s-sur-internet

En cadrant publiquement la crise comme une guerre à mener et en promettant une tolérance zéro, les responsables ont fixé eux-mêmes le seuil auquel leur action sera jugée. La mobilisation des forces de sécurité et les déclarations offensives du Premier ministre placent le régime face à une obligation de résultats mesurables. La question qui restera ouverte dans les semaines à venir est de savoir si les institutions seront en mesure de rétablir la sécurité, de documenter les faits de manière transparente et de rendre compte publiquement de leur bilan, ou si l’écart entre la promesse et les résultats viendra fragiliser davantage leur autorité.

Questions-réponses

Quelle décision institutionnelle la présidence malgache a-t-elle prise le 7 juillet ?

La présidence malgache a annoncé le déploiement immédiat de la garde présidentielle et de 400 éléments des forces de défense et de sécurité dans les rues d'Antananarivo, en réponse à une vague de disparitions et d'assassinats.

Comment le président de la transition et le Premier ministre ont-ils cadré publiquement la crise ?

Le président Michael Randrianirina a dénoncé une stratégie visant à déstabiliser Madagascar, tandis que le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison a déclaré que le pays était en guerre et promis une tolérance zéro, sans toutefois désigner nommément de responsables.

Quel déficit de gouvernance les autorités révèlent-elles dans leur gestion de l'information sécuritaire ?

Les autorités n'ont fourni aucune statistique publique permettant de mesurer l'évolution des disparitions et des meurtres sur plusieurs mois ou années. Seuls des chiffres ponctuels ont été communiqués: 90 disparitions dans la capitale, dont 43 personnes retrouvées, ce qui rend impossible toute évaluation rigoureuse du phénomène.

Quels risques l'absence de réponse institutionnelle convaincante fait-elle peser sur l'État de droit ?

La psychose collective a déjà conduit à des actes de violence extrajudiciaire, comme l'agression d'une femme soupçonnée de tentative d'enlèvement par une foule en colère le 6 juillet à Antananarivo. Par ailleurs, l'écart entre les promesses des responsables et les résultats obtenus risque de fragiliser davantage l'autorité des institutions de transition.