Reprise des vols Comores-Madagascar : les institutions actent la normalisation diplomatique
Le 6 juillet, lors des célébrations officielles du 51e anniversaire de l’indépendance des Comores, le président Azali Assoumani a annoncé la reprise prochaine des vols entre les deux archipels. Cette déclaration, attendue pour le mois de juillet, conclut un processus de rapprochement engagé au plus haut niveau institutionnel, après plus de quatre ans de rupture des liaisons aériennes entre Moroni et Madagascar.
La décision initiale de suspension revenait aux autorités malgaches. En juillet 2022, Madagascar avait officiellement invoqué des raisons sanitaires pour interrompre les vols avec les Comores. Cette décision administrative s’inscrivait dans un contexte de tensions diplomatiques prolongées entre les deux gouvernements, nourries en particulier par un contentieux portant sur 49 kilos d’or saisis aux Comores en décembre 2021. C’est la résolution formelle de ce différend, actée par un accord mutuel entre les deux parties en mars 2025, qui a constitué le préalable politique à toute relance des négociations sur les liaisons aériennes, avec restitution des lingots à Madagascar à la clé.
Le déblocage opérationnel est intervenu à la suite de la visite du président Azali Assoumani à Madagascar, effectuée dans le cadre de la fête nationale malgache. Soilihi Mohamed Djounaid, secrétaire général adjoint du gouvernement comorien, a précisé les termes de ce rapprochement institutionnel : « On peut dire qu’il y a eu un réchauffement des relations de coopération, d’amitié et de fraternité avec les nouvelles autorités de Madagascar. Parmi les points convenus entre les deux parties, il y a l’ouverture immédiate des liaisons. Les autorités malgaches confirment que ce sera le mois de juillet. Je n’ai pas encore de date. »
Sur le plan de la gouvernance, la décision reste partiellement définie. Le principe politique est désormais acté. Les modalités opérationnelles, notamment la date exacte de la reprise des vols et la désignation de la compagnie aérienne chargée d’assurer ces liaisons, n’ont pas encore été précisées par les autorités compétentes des deux pays.
Ce vide administratif a des effets mesurables. Pendant quatre ans, les voyageurs souhaitant relier les deux pays ont dû transiter par des itinéraires avec escales obligatoires, notamment via Addis-Abeba, ce qui a considérablement alourdi les coûts. Nourdine Saïd, qui a résidé quatre ans à Madagascar, résume l’impact concret de ce blocage : « C’est une bonne nouvelle car nous étions obligés de passer par Addis-Abeba pour aller à côté de chez nous. Bien sûr, cela va impacter les billets d’avion car faire des escales pareilles, cela coûte beaucoup d’argent par rapport à un vol direct. Il y aura des échanges commerciaux. Tout le monde est gagnant. »
Au-delà des voyageurs, les étudiants et les opérateurs économiques des deux pays figurent parmi les publics directement concernés par ce rétablissement des liaisons, selon les informations transmises lors de l’annonce présidentielle.
La séquence qui a conduit à cette décision illustre de manière directe comment un contentieux interétatique non résolu peut bloquer durablement des accords de coopération pratiques entre deux gouvernements. La résolution du dossier des 49 kilos d’or a manifestement constitué la condition préalable imposée, implicitement ou explicitement, par les autorités concernées avant toute relance. Ce qui reste à établir : dans quelle mesure les engagements pris au niveau politique se traduiront en décisions administratives effectives. La désignation d’une compagnie et la fixation d’une date d’ouverture des vols constitueront les premiers indicateurs de la capacité des deux gouvernements à convertir un accord de principe en acte de gouvernance concret.