Mauritius : la FCC place deux ex-ministres en garde à vue pour un contrat pétrolier suspec
La FCC interpelle deux anciens ministres mauriciens dans une affaire de marché pétrolier attribué sans appel d'offres.
Deux anciens ministres mauriciens en détention provisoire : la FCC cible l’attribution d’un contrat pétrolier controversé
La Financial Crimes Commission de l’île Maurice a placé en détention provisoire, le mardi 16 juin 2026 au soir, deux anciens membres du gouvernement de Pravind Jugnauth. L’enquête porte sur la gestion des marchés publics dans le secteur énergétique, et plus précisément sur l’attribution d’un contrat d’hydrocarbures accordé, selon les enquêteurs, sans appel d’offres ni mise en concurrence. Le journal Le Mauricien confirme l’information, la qualifiant de séisme judiciaire et politique.
Les deux décideurs mis en cause sont Renganaden Padayachy, ancien ministre des Finances, et Soodesh Callychurn, ancien ministre du Commerce. Après plusieurs heures d’audition par les inspecteurs de la commission, les deux anciens titulaires de portefeuilles ont été retenus. Ils sont soupçonnés d’avoir orienté, dans des conditions irrégulières, l’attribution de la totalité du marché d’hydrocarbures de l’île à la société Maritime and Mercantile International, connue sous le sigle MMI. L’Express de Maurice précise que ce contrat a été accordé sans procédure concurrentielle, ce qui constitue le coeur de la suspicion de favoritisme pesant sur les deux anciens responsables.
Le cadre institutionnel de cette décision est déterminant pour mesurer l’étendue de la question de responsabilité. C’est la State Trading Corporation, organisme gouvernemental, qui pilotait traditionnellement ce marché, en s’appuyant sur un partenariat établi avec la société Indian Oil Mauritius. La décision de rompre avec cette convention pour confier l’ensemble du marché à MMI a été prise en 2023, dans un contexte de pression économique. Confrontée à la hausse des cours mondiaux consécutive à la guerre entre la Russie et l’Ukraine et à l’embargo occidental sur les hydrocarbures russes, l’île cherchait à alléger sa facture énergétique, premier poste de dépense national.
Les résultats ont contredit les objectifs affichés. Dès le troisième trimestre de 2023, les prix à la pompe ont fortement augmenté, de même que les factures d’électricité, alors même que les cours mondiaux étaient orientés à la baisse. Cette contradiction persistante, prolongée tout au long de l’année 2024, a suscité des plaintes formelles et déclenché l’ouverture d’une enquête, selon Défimédia.
Trois ans après l’attribution litigieuse, la FCC dispose désormais d’éléments concrets issus des fadettes téléphoniques des deux anciens ministres. Ces relevés de communications, recueillis dans le cadre de l’instruction, constitueront le socle des arguments que les enquêteurs entendent soumettre à la Cour suprême de l’île Maurice dès le mercredi suivant les mises en détention.
L’affaire soulève plusieurs questions de gouvernance qui dépassent le seul cadre pénal. Elle interroge les modalités de passation des marchés publics dans le secteur stratégique de l’énergie, l’absence de procédure concurrentielle dans l’attribution d’un contrat portant sur l’ensemble des approvisionnements pétroliers d’un État insulaire, et les mécanismes de contrôle dont dispose la State Trading Corporation pour encadrer les décisions ministérielles qui engagent ses opérations. La transparence exercée sur les choix de politique énergétique est, elle aussi, directement en cause : leurs effets se sont répercutés sur le pouvoir d’achat des consommateurs mauriciens.
La prochaine étape, devant la Cour suprême, déterminera les conditions de maintien en détention ou de remise en liberté des deux anciens titulaires de portefeuilles. Les décisions de la juridiction suprême fixeront également le périmètre de l’enquête à venir : reste ouverte la question de savoir si d’autres décideurs institutionnels, au sein de la State Trading Corporation ou de l’exécutif de l’époque, pourraient être appelés à répondre de leur rôle dans l’attribution de ce contrat.
Questions-réponses
Quels anciens ministres ont été placés en détention provisoire par la FCC et de quoi sont-ils soupçonnés?
Renganaden Padayachy, ancien ministre des Finances, et Soodesh Callychurn, ancien ministre du Commerce, ont été placés en détention provisoire le 16 juin 2026. Ils sont soupçonnés d'avoir orienté, dans des conditions irrégulières, l'attribution de la totalité du marché d'hydrocarbures de l'île à la société Maritime and Mercantile International (MMI), sans procédure concurrentielle.
Quel rôle la State Trading Corporation joue-t-elle dans cette affaire de gouvernance?
La State Trading Corporation est l'organisme gouvernemental qui pilotait traditionnellement le marché des hydrocarbures, en partenariat avec Indian Oil Mauritius. La décision de rompre avec cette convention pour confier l'ensemble du marché à MMI en 2023 soulève des questions sur les mécanismes de contrôle dont dispose cet organisme pour encadrer les décisions ministérielles engageant ses opérations.
Quelles sont les prochaines étapes judiciaires et institutionnelles dans cette affaire?
La Cour suprême de Maurice doit se prononcer dès le mercredi suivant les mises en détention sur le maintien ou la remise en liberté des deux anciens ministres. Ses décisions fixeront également le périmètre de l'enquête, notamment la question de savoir si d'autres décideurs au sein de la State Trading Corporation ou de l'exécutif de l'époque pourraient être mis en cause.
Quels éléments concrets la FCC a-t-elle réunis pour étayer ses accusations?
La FCC dispose des fadettes téléphoniques, c'est-à-dire des relevés de communications, des deux anciens ministres. Ces éléments, recueillis dans le cadre de l'instruction, constitueront le socle des arguments soumis à la Cour suprême.