Disparitions à Antananarivo : les autorités malgaches face à 90 dossiers ouverts
Océanie

Disparitions à Antananarivo : les autorités malgaches face à 90 dossiers ouverts

Madagascar sous pression : les institutions face à l'obligation de résultats sur les disparitions en série

Quatre-vingt-dix dossiers ouverts à Antananarivo : les institutions malgaches en première ligne

Depuis le 1er janvier 2026, les services de police de Madagascar ont enregistré 172 plaintes à travers le pays, dont 64 portant sur des disparitions de personnes. Huit victimes ont été retrouvées mortes. Trois corps ont été découverts en l’espace d’une seule semaine dans la capitale. À ce jour, 83 personnes demeurent introuvables, et la seule ville d’Antananarivo concentre 119 dossiers ouverts. Face à cette crise, les institutions de la République de la Refondation de Madagascar sont désormais sommées de rendre des comptes.

C’est le chef de l’État lui-même qui a posé le cadre. Le colonel Michaël Randrianirina, président de la République de la Refondation de Madagascar, a pris la parole publiquement pour qualifier les événements de tentative de déstabilisation. Ses mots, rapportés par le quotidien Midi-Madagascar, ne laissent guère de place à l’ambiguïté : “Ce qui se passe actuellement ne relève plus de la politique, c’est du terrorisme. C’est peut-être une chose que l’on cherche à montrer à la Communauté internationale pour faire croire que Madagascar est un pays totalement instable.” Cette lecture politique, formulée depuis la plus haute fonction de l’exécutif, a immédiatement fait la une de la presse nationale et internationale.

Sur le plan opérationnel, l’exécutif a annoncé le déploiement de quatre cents membres des forces de sécurité ainsi que de la garde présidentielle dans les rues d’Antananarivo. Un centre opérationnel a été ouvert pour coordonner les recherches. Des fouilles généralisées de véhicules ont été étendues, selon RFI, aux personnalités de haut rang. Ces mesures constituent une réponse directe à la pression croissante exercée par l’opinion publique et par certains corps constitués. Elles signalent aussi, implicitement, que le dispositif antérieur n’était pas à la hauteur.

La mise en demeure la plus précise est venue du Syndicat des enseignants-chercheurs, le Seces. Dans un communiqué officiel, l’organisation a explicitement interpellé le pouvoir en place, exigeant que les autorités ne se contentent pas “des déclarations sur les objectifs supposés des personnes qui seraient derrière ces faits”. La formulation que rapporte L’Express de Madagascar est sans détour : “La population attend du pouvoir en place, un pouvoir militaire qui plus est, qu’il éradique ces faits à la racine, et non pas qu’il se contente d’interpeller les petits poissons.” Ce langage institutionnel trace une ligne claire entre la gestion de surface et l’obligation de résultats.

La mobilisation de la Gen Z, qui a salué le déploiement sécuritaire tout en le jugeant tardif, témoigne d’une attente sociale forte à l’égard de l’appareil d’État. La pression ne vient donc pas d’un seul bord. Elle converge : organisations syndicales, opinion publique, presse nationale, regard de la Communauté internationale.

Un élément complique le travail des enquêteurs : certaines familles ayant effectué un signalement n’ont plus donné de nouvelles aux services chargés des investigations. Cette rupture de contact fragilise les procédures et allonge les délais de traitement des dossiers. Les disparitions, rappelons-le, ne datent pas de la fin du mois de juin 2026 ; elles se sont amplifiées progressivement, ce qui interroge la réactivité des mécanismes d’alerte et de coordination interinstitutionnelle.

Le gouvernement malgache se trouve donc confronté simultanément à un défi sécuritaire intérieur de grande ampleur et à une surveillance accrue de la Communauté internationale. La question qui s’impose désormais aux décideurs n’est plus seulement celle de la volonté politique affichée, mais celle de la capacité réelle des institutions à démontrer leur efficacité dans un dossier qui a depuis longtemps cessé d’être un fait divers pour devenir un enjeu de gouvernance à part entière. Ce que le Seces et d’autres corps constitués attendent, c’est la preuve que le commandement, à tous les échelons, assume pleinement son mandat.

Questions-réponses

Combien de dossiers ont été ouverts à Antananarivo et combien de personnes demeurent introuvables à l'échelle nationale ?

Antananarivo concentre 119 dossiers ouverts. À l'échelle nationale, 83 personnes demeurent introuvables depuis le 1er janvier 2026, sur un total de 172 plaintes enregistrées par les services de police.

Quelle position officielle le chef de l'État malgache a-t-il adoptée face à ces événements ?

Le colonel Michaël Randrianirina, président de la République de la Refondation de Madagascar, a qualifié publiquement les événements de tentative de déstabilisation et de terrorisme, affirmant qu'il s'agissait d'une manoeuvre visant à présenter Madagascar comme un pays instable aux yeux de la Communauté internationale.

Quelles mesures opérationnelles l'exécutif a-t-il annoncées en réponse à la crise ?

L'exécutif a annoncé le déploiement de 400 membres des forces de sécurité et de la garde présidentielle dans les rues d'Antananarivo, l'ouverture d'un centre opérationnel de coordination des recherches, et l'extension des fouilles de véhicules aux personnalités de haut rang.

Quelle exigence le Seces a-t-il formulée à l'égard du pouvoir en place ?

Le Syndicat des enseignants-chercheurs (Seces) a exigé, dans un communiqué officiel, que les autorités ne se limitent pas à des déclarations sur les supposés objectifs des responsables, mais qu'elles éradiquent ces faits à la racine, en s'attaquant aux commanditaires et non aux seuls petits exécutants.