Le pool télévision de la Maison-Blanche, ce rouage opérationnel par lequel une chaîne filme chaque jour pour le compte de l’ensemble des médias audiovisuels américains, se trouve au cœur d’une enquête ouverte par le ministère de la Justice contre cinq grandes chaînes. Selon le « New York Times », qui cite six personnes informées, des responsables du département ont contacté les chaînes vendredi et exigé la remise de documents liés à ce dispositif de couverture mutualisée, mécanisme central du travail audiovisuel auprès du président.
Le fonctionnement du système est simple sur le papier : le pool est un groupe tournant de journalistes accrédités qui accompagne le président et fournit images et informations aux autres médias. C’est ce rouage, essentiel à la production quotidienne d’informations sur l’activité présidentielle, que l’enquête vient perturber. La porte-parole du département de la Justice, Emily Covington, a déclaré au « New York Times » que les cinq chaînes avaient « boycotté la couverture des événements de la Maison-Blanche ». « Les boycotts entre concurrents commerciaux peuvent violer la loi Sherman », une législation antitrust, a-t-elle écrit dans un communiqué.
Le contexte de ce boycott éclaire la séquence des faits. Une interdiction visant des médias avait été prononcée, avant d’être annulée par un juge fédéral. À la suite de cette interdiction, les cinq principales chaînes américaines avaient interrompu pendant plusieurs jours, par solidarité avec CNN, la couverture mutualisée de la Maison-Blanche. C’est cette suspension temporaire du service, et non le dispositif lui-même, que le ministère de la Justice examine désormais sous l’angle du droit de la concurrence.
Pour Bruce D. Brown, président de l’organisation Reporters Committee for Freedom of the Press, l’enquête « semble être un prétexte pour obtenir des informations sur la façon dont elles couvrent les événements quotidiens de la Maison-Blanche pendant une interdiction des médias imposée par le président lui-même ». Son analyse porte précisément sur le décalage entre le motif invoqué, une suspicion d’infraction à la législation antitrust, et l’objet réel des documents exigés : les modalités concrètes du travail journalistique au sein du pool.
L’affaire s’inscrit dans un climat tendu entre la présidence et la presse. Le président Donald Trump s’attaque depuis longtemps aux médias qui diffusent des couvertures critiques à son égard, qualifiant à plusieurs reprises la presse d’« ennemie du peuple ». Ce contexte, relevé par le journal, donne à l’enquête une dimension qui dépasse la seule question juridique de la concurrence entre chaînes.
Reste à savoir ce que produira concrètement la demande de documents formulée vendredi. Le pool télévision demeure un instrument de travail quotidien pour l’ensemble des médias audiovisuels américains, et toute contrainte pesant sur son organisation affecte directement la capacité des rédactions à couvrir l’activité présidentielle. Les cinq chaînes concernées doivent désormais répondre à une exigence documentaire qui porte sur un mécanisme dont le bon fonctionnement conditionne, jour après jour, l’accès du public aux images et aux informations provenant de la Maison-Blanche. La suite de la procédure dira si la suspicion d’infraction à la loi Sherman se confirme ou si, comme le suggère Bruce D. Brown, il s’agit d’un moyen détourné d’examiner les pratiques de couverture des médias.