Les personnels pénitentiaires de Polynésie française attendaient depuis longtemps des réponses concrètes à la crise carcérale de l’archipel. Elles sont enfin venues, annoncées par le garde des Sceaux lors de son déplacement sur le territoire. Pour les habitants, l’enjeu dépasse le sort d’une administration : c’est la sécurité publique, la dignité au travail et la capacité réelle de l’État à remplir ses missions de service public qui sont en cause.
C’est à l’établissement pénitentiaire de Faa’a-Nuutania que ces annonces ont été faites, à l’occasion d’une cérémonie de mise à l’honneur des personnels Polynésiens, à laquelle participait l’UFAP UNSa Justice. Le ministre y a annoncé l’extension du centre pénitentiaire avec la construction d’un Quartier de Courtes Peines, à l’horizon 2028, sur un terrain adjacent à l’établissement actuel.
Cette nouvelle structure doit d’abord répondre à une situation particulièrement préoccupante pour la sécurité publique. Le centre pénitentiaire de Faa’a-Nuutania fait face à une surpopulation carcérale extrême : 417 personnes détenues pour seulement 165 places, soit un taux de suroccupation de 245 %. Pour l’UFAP UNSa Justice, cette situation n’est pas acceptable. Les personnels y exercent depuis trop longtemps dans des conditions particulièrement difficiles, qui mettent quotidiennement à rude épreuve leur sécurité et leur capacité à accomplir leurs missions dans des conditions dignes.
La création du quartier doit aussi permettre une prise en charge différenciée des personnes détenues, notamment des publics les plus jeunes, afin d’adapter leur encadrement aux réalités de leur situation, tout en renforçant la sécurité au sein de l’établissement. Cette première étape devra ensuite s’accompagner, sur plusieurs années, d’un programme de rénovation du centre pénitentiaire historique de Faa’a-Nuutania, afin que les personnels retrouvent enfin des conditions d’exercice conformes aux exigences de leur métier.
Au-delà des infrastructures, le ministre a répondu à une revendication portée depuis longtemps par l’UFAP UNSa Justice : permettre aux personnels Polynésiens affectés en Hexagone de regagner leur territoire d’origine et de retrouver leurs familles, tout en renforçant durablement les effectifs locaux. Dix surveillants supplémentaires ont également été annoncés pour 2027-2028. L’organisation syndicale relève toutefois que rien n’est prévu pour les autres corps, pourtant indispensables au regard de la situation des services, et notamment du SPIP, confronté à une charge de travail insoutenable.
By contrast, le syndicat regrette l’absence d’évolution concernant l’extension de la prime spécifique d’installation aux fonctionnaires de l’administration pénitentiaire originaires des collectivités d’Outre-mer affectés dans l’Hexagone. L’exclusion de ce dispositif pour les personnels issus de Polynésie française, de Nouvelle-Calédonie, de Wallis-et-Futuna, de Saint-Pierre-et-Miquelon, de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin ne repose, selon l’organisation, sur aucune justification objective. Elle constitue une rupture manifeste du principe d’égalité de traitement entre fonctionnaires placés dans une situation comparable, principe garanti par la Constitution et rappelé de manière constante par la jurisprudence administrative.
Près de dix ans après l’ouverture du centre de détention de Tatutu de Papeari, lui aussi aujourd’hui confronté à une forte pression en matière de capacité d’hébergement, il était temps, estime l’UFAP UNSa Justice, qu’une réponse soit enfin apportée aux personnels de Polynésie française. L’organisation n’a cessé d’alerter et d’interpeller, encore très récemment, les différents responsables de l’administration sur la situation catastrophique de Faa’a-Nuutania et sur l’urgence absolue de faire évoluer les conditions de travail au sein de cet établissement.
Les annonces ne suffisent pourtant pas. L’UFAP UNSa Justice sera particulièrement vigilante quant à leur concrétisation et au respect des engagements pris, notamment les délais de réalisation, les emplois qui devront accompagner ces nouvelles capacités d’hébergement et les moyens réellement accordés aux personnels. L’organisation sera également attentive à la qualité de la future construction et des travaux de rénovation. L’exemple récent du centre de détention de Tatutu de Papeari, confronté à de nombreuses difficultés structurelles et de fonctionnement liées notamment à des malfaçons constatées dans l’établissement, démontre qu’il ne suffit pas de construire : encore faut-il construire correctement et garantir aux personnels des infrastructures à la hauteur de leurs missions.
L’UFAP UNSa Justice restera donc mobilisée aux côtés des personnels Polynésiens afin que ces annonces ne restent pas de simples déclarations, mais se traduisent enfin par des actes, des moyens et des conditions de travail dignes pour leurs collègues.