Conservatoire du littoral : un cadre réglementaire pour lutter contre la désertification à
Un établissement public réunionnais formalise l'écopastoralisme comme outil de politique environnementale réglementée.
Le Conservatoire du littoral encadre l’écopastoralisme à La Réunion face à la désertification
En marge de la COP17 sur la désertification, réunie actuellement en Mongolie, le Conservatoire du littoral fait figure de référence institutionnelle : à La Réunion, l’établissement public a formalisé un dispositif d’écopastoralisme sur 280 hectares de savane protégée, confiant à un éleveur local la gestion active du milieu naturel. Une réponse réglementée, mesurable, et désormais scrutée à l’échelle internationale.
C’est sur le site du Cap La Houssaye que ce cadre se traduit concrètement. Le Conservatoire du littoral, en tant qu’autorité gestionnaire, a délégué à l’éleveur Boris Astourne une mission précisément définie : mobiliser quelque 200 chèvres et boucs quotidiennement pour contenir les espèces exotiques envahissantes qui compromettent l’équilibre écologique de la savane. Astourne, qui pratique également le maraîchage biologique et élève des cabris de race locale, opère dans ce cadre depuis 2018. « Ça contribue à préserver le paysage parce qu’on leur fait manger les espèces exotiques envahissantes », explique-t-il.
Le mandat va au-delà de la simple préservation du paysage. En période de sécheresse, le broutage et le piétinement remplissent aussi une fonction préventive directement utile aux autorités chargées de la gestion des risques naturels : « lutter contre les incendies », selon Astourne. Le pâturage contribue par ailleurs à rouvrir certains sentiers ancestraux. Trois objectifs, un seul dispositif contractuel.
La portée agronomique de ce choix de gestion est documentée par Fanny Carrassoumet, ingénieure agronome chargée de missions pour l’autonomie fourragère à La Réunion. Elle précise que le passage des animaux agit directement sur la structure des sols : « Le piétinement des animaux va permettre de décompacter le sol. Grâce à cela, l’eau va s’infiltrer plus rapidement et permettre d’avoir plus d’eau disponible pour les plantes et les animaux. » Cette expertise technique vient étayer la cohérence du dispositif au regard des objectifs portés par la convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, dont la COP17 est chargée de faire avancer les mécanismes d’application.
Carrassoumet pointe également la fonction fertilisante des déjections animales, qui soutient la végétation sans recours à des intrants chimiques. « En fertilisant, on aide les plantes à se développer et donc on lutte contre la désertification », poursuit-elle. Cette dimension rejoint directement les engagements que les États membres sont appelés à traduire en mesures concrètes dans le cadre onusien.
Le dispositif ne se cantonne pas à la savane du Cap La Houssaye. À La Réunion, les cabris péi, races locales adaptées au territoire, sont également déployés dans certains vergers pour réguler la végétation indésirable. Cette alternative aux débroussailleuses mécaniques et aux produits chimiques constitue, sur le plan réglementaire et environnemental, une réponse cohérente aux objectifs de réduction des intrants agricoles que les politiques publiques cherchent à promouvoir.
Le reportage de RFI depuis La Réunion, disponible à l’adresse https://www.rfi.fr/fr/environnement/20260821-%C3%A0-la-r%C3%A9union-les-multiples-bienfaits-du-pastoralisme-contre-la-d%C3%A9sertification, documente en détail ce dispositif au moment même où la COP17 cherche à recenser des pratiques reproductibles à l’échelle mondiale.
Alors que les négociations en Mongolie portent sur les mécanismes institutionnels de lutte contre la dégradation des terres, l’exemple réunionnais illustre comment une structure publique peut encadrer une pratique traditionnelle pour en faire un outil de politique environnementale à part entière. La question qui demeure ouverte, et que les délégués de la COP17 n’ont pas encore tranchée, est celle de la transposabilité : dans quelles conditions d’autres territoires confrontés à la sécheresse et à la désertification pourraient-ils adopter un modèle similaire, et quels organismes de régulation seraient compétents pour le piloter ?
Questions-réponses
Quel organisme public encadre le dispositif d'écopastoralisme à La Réunion et sur quelle superficie ?
Le Conservatoire du littoral, établissement public, encadre le dispositif sur 280 hectares de savane protégée, notamment sur le site du Cap La Houssaye.
Quels sont les trois objectifs réglementaires assignés au dispositif contractuel ?
Le dispositif vise à contenir les espèces exotiques envahissantes, à lutter contre les incendies en période de sécheresse, et à rouvrir certains sentiers ancestraux.
En quoi l'expertise agronomique documentée vient-elle appuyer la conformité du dispositif aux engagements onusiens ?
Fanny Carrassoumet, ingénieure agronome, établit que le piétinement des animaux décompacte les sols et améliore l'infiltration de l'eau, tandis que les déjections fertilisent la végétation sans intrants chimiques, répondant ainsi aux objectifs de la convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification.
Quelle question institutionnelle reste en suspens à l'issue de la COP17 concernant ce modèle ?
Les délégués de la COP17 n'ont pas encore tranché la question de la transposabilité : dans quelles conditions d'autres territoires confrontés à la sécheresse pourraient adopter un modèle similaire, et quels organismes de régulation seraient compétents pour le piloter.