Territoire de l'Ouest : une collectivité pilote un programme de réemploi scolaire contre l
Une collectivité de La Réunion déploie un dispositif institutionnel de réemploi face aux inégalités sociales de la rentrée.
Collecte solidaire à La Réunion : le Territoire de l’Ouest pilote un dispositif de réemploi scolaire face à la pauvreté structurelle
C’est le Territoire de l’Ouest qui a pris la main. Dans l’ouest de La Réunion, cette collectivité territoriale orchestre la réponse institutionnelle à la pression financière de la rentrée scolaire en déployant, entre juin et août, l’opération “Trok’ékol” dans cinq de ses déchetteries. Le principe : inviter les habitants à déposer gratuitement leur matériel scolaire inutilisé, afin que d’autres familles puissent le récupérer sans frais. Nicolas Guérin, directeur de l’environnement au sein de la collectivité et responsable du dispositif, résume la logique retenue : “On incite les habitants à donner les fournitures scolaires qu’ils n’utilisent plus pour que ceux qui en ont besoin puissent récupérer gratuitement des cahiers, des stylos ou des classeurs.”
Le dispositif prend appui sur un contexte socio-économique documenté par les institutions nationales. Selon l’Insee, le coût de la vie à La Réunion dépasse de 9 % celui de la France métropolitaine. Pourtant, les familles réunionnaises perçoivent la même allocation de rentrée scolaire (ARS) que celles de l’Hexagone, soit environ 448 euros par enfant en moyenne. Cette parité formelle des droits bute sur une réalité territoriale défavorable. La Réunion demeure le troisième département le plus pauvre de France, derrière Mayotte et la Guyane, avec environ 36 % de sa population vivant sous le seuil de pauvreté, contre 15 % en France métropolitaine. L’écart entre le niveau des prestations sociales nationales et le coût réel de la vie locale pose une question de politique publique directe : les dispositifs d’aide de l’État sont-ils calibrés pour répondre aux réalités des territoires ultramarins ?
La mairie de Saint-Leu, commune où est implantée la déchetterie accueillant l’espace brocante Trokali, entend peser sur la gouvernance locale de ces enjeux. Karim Juhoor, maire de la commune, a affiché la volonté de “multiplier ce type d’initiatives”, en les inscrivant dans une stratégie territoriale de réduction des déchets enfouis. Il rappelle que le territoire insulaire reste confronté à un volume important d’enfouissement, ce qui confère aux dispositifs de réemploi une double justification réglementaire et sociale : l’aide aux ménages modestes et la conformité avec les objectifs environnementaux de la collectivité.
Dans ce même espace, plusieurs acteurs associatifs opèrent là où les dispositifs réglementaires nationaux ne couvrent qu’imparfaitement les besoins. L’association Le Rézo’ Kréol a lancé une collecte ciblant spécifiquement les familles en difficulté financière, avec pour objectif la redistribution gratuite de vêtements et de fournitures scolaires. Dans le sud, l’ouest et le nord de l’île, l’association Ti Tang Récup, fondée il y a douze ans par Sylvie Bruno, collecte des vêtements toute l’année et les revend à bas prix, au kilo. Sa responsable en précise l’enjeu : “L’enjeu pour nous est de valoriser les vieux linges tout en proposant un outil de lutte contre la pauvreté.” Ces structures associatives comblent, dans les faits, une partie du fossé entre les prestations institutionnelles calibrées à l’échelle nationale et les besoins concrets des foyers les plus modestes de l’île.
Ce fossé, c’est sur le terrain qu’il se mesure le plus clairement. Béatrice, institutrice en maternelle sur le point de prendre sa retraite après quarante-deux ans de carrière, a saisi l’occasion de l’opération Trok’ékol pour vider “une pièce entière remplie de classeurs, cahiers, feutres et livres” accumulés au fil de ses années d’enseignement. Son constat sur le pouvoir d’achat des familles est sans ambiguïté : “Les prix ont énormément augmenté. Les cartables sont devenus très chers. Et le moindre cahier coûte désormais quatre euros. C’est un énorme budget.” Son témoignage rejoint les données macroéconomiques : quand l’allocation nationale reste stable et que les prix locaux progressent, ce sont les initiatives portées par les collectivités et les associations qui absorbent l’écart.
La question qui demeure ouverte, à mesure que ces dispositifs locaux se multiplient, est de savoir si les pouvoirs publics nationaux engageront une révision de l’adéquation des prestations aux réalités des outre-mer, ou si la charge continuera de reposer sur les seules collectivités territoriales et le tissu associatif de l’île.
Questions-réponses
Quelle institution pilote l'opération Trok'ékol et dans quel cadre ?
C'est le Territoire de l'Ouest, collectivité territoriale de La Réunion, qui orchestre l'opération Trok'ékol. Elle se déroule entre juin et août dans cinq déchetteries de la collectivité, permettant aux habitants de déposer gratuitement du matériel scolaire inutilisé pour que d'autres familles puissent le récupérer sans frais.
Quel écart de politique publique le dispositif met-il en lumière ?
L'Insee documente que le coût de la vie à La Réunion dépasse de 9 % celui de la France métropolitaine. Pourtant, les familles réunionnaises perçoivent la même allocation de rentrée scolaire qu'en métropole, soit environ 448 euros par enfant. Cette parité formelle des droits bute sur une réalité territoriale défavorable, posant la question de l'adéquation des aides de l'État aux territoires ultramarins.
Quelle position la mairie de Saint-Leu adopte-t-elle sur la gouvernance de ces enjeux ?
Le maire de Saint-Leu, Karim Juhoor, a affiché la volonté de multiplier ce type d'initiatives en les inscrivant dans une stratégie territoriale de réduction des déchets enfouis. Il confère ainsi aux dispositifs de réemploi une double justification : réglementaire, au regard des objectifs environnementaux de la collectivité, et sociale, par l'aide aux ménages modestes.
Quel rôle jouent les associations dans le contexte des dispositifs institutionnels existants ?
Des associations comme Le Rézo' Kréol, qui cible les familles en difficulté financière pour redistribuer gratuitement vêtements et fournitures, et Ti Tang Récup, fondée par Sylvie Bruno il y a douze ans, opèrent là où les dispositifs réglementaires nationaux ne couvrent qu'imparfaitement les besoins. Elles comblent en pratique une partie du fossé entre les prestations calibrées à l'échelle nationale et les besoins concrets des foyers les plus modestes.