Place Beauvau, 13 août 2026 : les représentants de neuf organisations syndicales de sapeurs-pompiers professionnels quittent le ministère de l’Intérieur « très déçus », sans avoir obtenu de « réponse concrète » à leurs revendications. Le ministre Laurent Nuñez n’a pas convaincu. Résultat : une mobilisation intensive annoncée les 26, 27 et 28 septembre à Paris, baptisée « les colonnes de la révolte », à la veille de la journée d’action de la fonction publique prévue le 29 septembre.
Au cœur du différend se trouve une question de compétence institutionnelle et de répartition des responsabilités financières. Qui doit financer la sécurité civile, et selon quelles règles ? Les syndicats sont catégoriques : les Départements et les collectivités territoriales ne peuvent plus assumer seuls la charge des services d’incendie et de secours. L’intersyndicale exige que l’État « prenne toute sa place » dans cet effort, via l’affectation d’une quote-part de la taxe de séjour et la conclusion d’un pacte capacitaire pluriannuel destiné à renouveler et renforcer les matériels. Ce cadre budgétaire pluriannuel constituerait, selon les organisations réunies, un engagement contraignant de la puissance publique là où ne règnent aujourd’hui que des arbitrages annuels fragiles.
Les quelque 44 000 sapeurs-pompiers professionnels sont, selon l’intersyndicale, « à bout ». Les syndicats décrivent une « dégradation continue des conditions d’exercice des missions de Sécurité civile » : effectifs insuffisants, équipements vieillissants, moyens qui ne suivent plus l’évolution des risques. La saison des feux de forêt a rendu ce constat encore plus pressant : environ 120 000 hectares parcourus par les flammes depuis le début de l’été, selon les estimations provisoires.
Sur le plan de l’organisation institutionnelle, les syndicats réclament la création d’une direction « métier » des sapeurs-pompiers au sein du ministère de l’Intérieur, une politique durable de recrutement, une amélioration des carrières et un recentrage des interventions sur le cœur du métier, à savoir les urgences et la protection des populations. Ce sont autant de demandes qui touchent directement à la structuration des services publics de sécurité et aux prérogatives de l’État central.
Avant même l’entretien, le ton des représentants syndicaux laissait peu de place à l’ambiguïté. David Saquet, de l’Unsa Sapeurs-pompiers, déclarait : « On attend des engagements clairs. Ça fait des années qu’on nous trimballe. » Alain Laratta, secrétaire général d’Avenir Secours, jugeait que le projet de loi attendu à la suite du Beauvau de la sécurité civile, achevé l’an dernier, n’était encore qu’« une pile de papier à Matignon ». Ludovic Goblet, vice-président de la Spasdis-CFTC, résumait l’état d’esprit général : « On ne veut pas être qualifiés de héros, on veut qu’on nous donne des moyens. »
Laurent Nuñez a répondu que « le temps est désormais celui de l’action ». Le ministre a indiqué que le projet de loi de modernisation de la sécurité civile a été arbitré par le Premier ministre et qu’il doit être présenté aux organisations syndicales début septembre. Ce texte doit notamment mieux définir les missions des sapeurs-pompiers. Une mission parlementaire est par ailleurs chargée de l’enrichir d’un volet consacré aux feux de forêt, avec des conclusions attendues fin septembre. Sur le financement, le ministre a affirmé que les discussions relatives aux ressources des SDIS devaient déboucher sur une augmentation inscrite dans le projet de loi de finances pour 2027.
Ces perspectives n’ont pas suffi à dissiper la frustration des représentants syndicaux. Un article publié le même jour est consultable à l’adresse https://www.ladepeche.fr/2026/08/13/sapeurs-pompiers-professionnels-la-colere-monte-apres-la-reunion-avec-laurent-nunez-13507678.php et rend compte de l’ampleur du désaccord à l’issue de la réunion.
Ce que l’intersyndicale qualifiait avant la réunion d’« acte 1 » laisse désormais place à une phase de mobilisation formellement annoncée, avec une manifestation statique prévue place de la République à Paris les 26, 27 et 28 septembre. L’arbitrage politique posé sur la table du gouvernement dépasse la seule question statutaire ou matérielle : il s’agit de déterminer quel niveau de sécurité civile la Nation entend garantir face à l’intensification des crises climatiques, et qui, en droit comme en pratique, en portera la responsabilité financière. La présentation du projet de loi début septembre constituera un premier test de la volonté de l’exécutif à répondre à cette exigence de fond.