La nuit du 10 août à Madagascar a vu quatre-vingts députés franchir un seuil institutionnel décisif: la création d’une plateforme politique inédite, la VFM, assortie d’une déclaration d’allégeance au colonel-président Michael Randrianirina et au pouvoir de la Refondation qu’il dirige. La question de la conformité constitutionnelle s’impose d’emblée. Selon la presse malgache, la Constitution interdit expressément aux députés de rejoindre un parti autre que celui sous l’étiquette duquel ils ont été élus. C’est cette contrainte qui a directement orienté la forme juridique choisie par le groupe.
Plutôt que d’adhérer à une formation existante, les initiateurs ont opté pour la création d’une entité nouvelle, cherchant à se situer dans un cadre moins exposé à la censure constitutionnelle. La manoeuvre est délibérée. La VFM ne se limite pas aux parlementaires: elle regroupe également d’anciens élus, des maires et des chefs de fokontany, ces sous-divisions administratives qui représentent le niveau de gouvernance locale le plus proche des citoyens. En construisant une plateforme plurielle plutôt qu’un groupe strictement parlementaire, les élus concernés ont visiblement cherché à diluer l’exposition juridique du dispositif tout en affirmant clairement leur repositionnement politique.
Ces quatre-vingts élus sont en partie issus de l’IRMAR, le parti du président déchu Andry Rajoelina, renversé à la mi-octobre. Leur ralliement au colonel-président Randrianirina constitue le signal politique central de l’opération: une rupture formelle avec l’ancien régime, opérée dans un contexte où les règles du mandat représentatif imposent des contraintes précises sur la liberté de mouvement des élus. La lecture institutionnelle de cet épisode est celle d’un réalignement de forces parlementaires, dont la régularité au regard du droit en vigueur reste à établir.
Les autorités compétentes se prononceront-elles sur la conformité de la démarche? La question reste entière.
Ce repositionnement intervient dans un environnement institutionnel déjà sous tension. La dissolution de l’Assemblée nationale figure parmi les revendications portées par la société civile et, notamment, par la Gen Z. Un processus de concertation nationale est par ailleurs en cours, ce qui confère à chaque initiative parlementaire une résonance accrue sur l’avenir de l’architecture institutionnelle du pays. Pour les élus frondeurs, l’enjeu du regroupement est explicite: se consolider et s’affirmer avant que toute réforme des institutions ne vienne redistribuer les équilibres au sein des organes délibérants.
La création de la VFM a été rapportée par RFI, dont l’article de référence est consultable à l’adresse https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260812-madagascar-des-d%C3%A9put%C3%A9s-du-camp-du-pr%C3%A9sident-d%C3%A9chu-cr%C3%A9ent-une-plateforme-en-soutien-au-pouvoir-en-place. L’initiative met en lumière la complexité des transitions de loyauté au sein d’une assemblée dont la légitimité même est contestée par une partie de la population.
Plusieurs questions de gouvernance structurent désormais le débat institutionnel malgache. Les dispositions constitutionnelles relatives au mandat parlementaire seront-elles opposées à ces députés par les instances compétentes? Le processus de concertation nationale intégrera-t-il ce nouveau rapport de forces au sein de l’Assemblée? Quelle autorité de contrôle sera chargée de statuer sur la régularité de la démarche? À mesure que le colonel-président Randrianirina cherche à consolider l’assise institutionnelle du pouvoir de la Refondation, c’est précisément la réponse de ces organes de contrôle qui déterminera si la VFM représente une normalisation du paysage parlementaire ou un précédent constitutionnel appelé à être contesté.