Le CHU de La Réunion encadre officiellement l'usage de la curcumine avec un essai clinique
Le CHU de La Réunion formalise par essai clinique contrôlé l'évaluation de la curcumine chez les ultra-traileurs.
Le CHU de La Réunion encadre scientifiquement la curcumine : un essai clinique pour les ultra-traileurs
Le Centre Hospitalier Universitaire de La Réunion a pris l’initiative de soumettre à un protocole clinique formel une pratique jusqu’ici sans cadre médical précis. L’établissement a lancé l’essai clinique “ECUM-RUN”, destiné à évaluer rigoureusement les effets de la curcumine sur la récupération des coureurs inscrits à la Diagonale des Fous, épreuve phare du Grand Raid, longue de 175 kilomètres.
La décision institutionnelle de piloter cet essai répond à une préoccupation de santé publique identifiée par le CHU lui-même. Sa note d’information officielle reconnaît que la combinaison de curcumine, de gingembre et de pipérine “est déjà utilisée de façon informelle, sans cadre médical précis par certains sportifs, mais son efficacité n’a pas été évaluée de façon rigoureuse chez les coureurs d’ultra-trail”. En lançant ECUM-RUN, l’établissement entend combler ce vide, en substituant à un usage empirique un dispositif scientifique contrôlé.
Le Dr Nicolas Bouscaren, médecin du sport rattaché au CHU de La Réunion, porte l’étude. Le protocole retenu repose sur une formulation dite “9-5-1” : neuf proportions de curcuma, cinq de gingembre, une de poivre noir, dont le principe actif est la pipérine. Cent participants inscrits à la Diagonale des Fous 2026 seront recrutés et répartis par tirage au sort en deux groupes, l’un recevant des gélules contenant ce mélange, l’autre des gélules placebo. La prise sera quotidienne pendant un mois avant la course.
Les conditions d’accès au protocole sont strictement définies par l’institution. Tout candidat doit être âgé d’au moins 18 ans, affilié à un régime de sécurité sociale, et s’engager à honorer l’ensemble des visites médicales prévues : un mois avant la course, la veille du départ, à l’arrivée, puis 48 heures après. À chaque étape, des tests de force musculaire, des mesures de mobilité articulaire, une évaluation des fonctions neuromusculaires des jambes et une prise de sang seront effectués, afin de comparer les données recueillies avant et après l’épreuve.
Certains profils médicaux sont incompatibles avec le protocole. La prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens ou d’anticoagulants, ainsi que la présence de maladies du foie ou de maladies inflammatoires chroniques, constituent des critères d’exclusion arrêtés par le CHU. Un formulaire de pré-recrutement a été mis en ligne par l’établissement pour permettre aux candidats de soumettre leur dossier.
La justification réglementaire de la démarche est explicite dans la documentation officielle de l’essai. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont couramment utilisés par les sportifs d’endurance pour atténuer les douleurs consécutives à un effort intense, mais le CHU souligne dans sa note d’information que ces médicaments sont associés à des effets indésirables potentiellement graves. L’établissement indique que “les résultats pourraient contribuer à identifier une alternative potentiellement plus sûre aux AINS pour les sportifs d’endurance”. C’est là l’objectif de santé publique qui sous-tend l’ensemble du dispositif.
Sur le plan scientifique, le CHU s’appuie sur un corpus de recherches antérieures. L’Institut européen de physio-nutrition avait consacré en 2017 une publication au curcuma, relevant que “beaucoup de ses effets thérapeutiques ont été confirmés par des études scientifiques”, notamment des propriétés antioxydantes, anti-inflammatoires, anticarcinogènes, antimicrobiennes, cardiovasculaires et anti-arthritiques. Par contraste avec ces données parcellaires, aucune évaluation clinique contrôlée n’avait encore été conduite dans le contexte spécifique de la course d’ultra-endurance.
L’ancrage territorial de l’essai n’est pas sans pertinence. À La Réunion, le curcuma est connu sous le nom de “safran péi” et s’inscrit depuis longtemps dans les usages domestiques, aussi bien en tisane et décoction que dans la cuisine traditionnelle. Le rhizome est par ailleurs utilisé depuis des siècles en Asie, en Afrique et au Proche et Moyen-Orient : en Inde dans le cadre de la médecine ayurvédique pour les pathologies respiratoires et les rhumatismes, en médecine chinoise pour les douleurs abdominales. L’essai ECUM-RUN constitue la première tentative de soumettre cet usage à une évaluation clinique rigoureuse.
L’objectif formel de l’étude, tel que défini dans la documentation officielle, est de déterminer si la prise orale de la formulation pendant un mois avant la course permet de réduire les douleurs articulaires, en particulier au niveau des genoux, en comparaison avec un placebo. Ce que les données produites par le CHU concluront, et la manière dont ces résultats orienteront les recommandations médicales aux sportifs d’endurance, reste la question ouverte que l’institution devra trancher.
Questions-réponses
Quelle institution pilote l'essai clinique ECUM-RUN et pour quelle raison officielle?
Le CHU de La Réunion pilote l'essai ECUM-RUN. Sa note d'information officielle reconnaît que la curcumine est déjà utilisée de façon informelle par certains sportifs sans cadre médical précis, et que son efficacité n'a pas été évaluée rigoureusement chez les coureurs d'ultra-trail. L'établissement entend combler ce vide en substituant à cet usage empirique un dispositif scientifique contrôlé.
Quels sont les critères d'exclusion arrêtés par le CHU pour participer au protocole?
Le CHU a défini comme critères d'exclusion: la prise d'anti-inflammatoires non stéroïdiens ou d'anticoagulants, ainsi que la présence de maladies du foie ou de maladies inflammatoires chroniques.
Quel est l'objectif de santé publique explicitement formulé dans la documentation officielle de l'essai?
Le CHU indique dans sa note d'information que les résultats pourraient contribuer à identifier une alternative potentiellement plus sûre aux AINS pour les sportifs d'endurance, ces médicaments étant associés à des effets indésirables potentiellement graves.
Quel médecin du CHU de La Réunion porte l'étude et quel protocole de formulation a-t-il retenu?
Le Dr Nicolas Bouscaren, médecin du sport rattaché au CHU de La Réunion, porte l'étude. Le protocole repose sur une formulation dite 9-5-1: neuf proportions de curcuma, cinq de gingembre et une de poivre noir, dont le principe actif est la pipérine.