Mauritanie : crise à la Somelec, le gouvernement démissionne
Un rapport accablant sur les centrales électriques précipite un remaniement éclair
La Somelec au cœur d’une crise à 180 degrés à Nouakchott. Vendredi 9 octobre, quelques heures seulement après la publication du rapport de la commission d’enquête sur les incendies des deux centrales électriques de la société nationale d’électricité, survenus les 21 et 22 août derniers, le Premier ministre Moctar Ould Diay a remis la démission de son gouvernement au président de la République. Ce dernier l’a immédiatement reconduit dans ses fonctions et chargé de former une nouvelle équipe.
Le dossier énergétique est le vrai enjeu économique de cette séquence. Le rapport épingle directement l’ex-ministre de l’Énergie, Mohamed Ould Khaled, pour des « défaillances dans le système de suivi et de contrôle », aux côtés de plusieurs hauts responsables du secteur. Les incendies des deux centrales de la Somelec ont mis en lumière les fragilités d’une infrastructure critique pour l’activité économique du pays.
Pour les observateurs du monde des affaires, la stabilité du gouvernement est un signal attendu. Moctar Ould Diay, qui affirme avoir longuement échangé avec le chef de l’État, a promis que la nouvelle équipe serait formée dans les prochaines heures. Selon lui, elle répondrait aux besoins des Mauritaniens, fluidifierait l’économie nationale et s’adapterait au contexte mondial. Ces engagements visent directement les investisseurs et les opérateurs économiques, qui surveillent de près la continuité des politiques publiques dans un moment d’incertitude.
La démission, présentée dans la matinée de vendredi, a rapidement fait réagir les responsables politiques. L’opposant Biram Dah Abeid a considéré ce geste comme « la conséquence logique d’une crise politique, économique et morale qui n’a cessé de s’aggraver », y voyant une occasion pour le président de redresser le pays. Le Pôle de la coalition de l’opposition démocratique a de son côté appelé à l’ouverture d’une procédure judiciaire contre les responsables des incendies d’août. Une telle procédure, si elle aboutissait, pourrait avoir des conséquences sur la gouvernance du secteur énergétique, un pilier du fonctionnement de l’économie mauritanienne.
Le rythme des événements souligne l’enjeu. La remise de la démission est intervenue quelques heures à peine après la publication du rapport, et la reconduction du Premier ministre a suivi immédiatement. Cette séquence rapide limite théoriquement la période de vacance du pouvoir exécutif, un facteur important pour la conduite des affaires publiques et la confiance des acteurs économiques.
La reconstruction du gouvernement devra néanmoins répondre à des questions concrètes. Le secteur de l’électricité, ébranlé par les incendies d’août et par les conclusions de la commission d’enquête, attend des décisions sur la gestion et le contrôle des infrastructures. La promesse d’une économie nationale « fluidifiée » devra se traduire en mesures lisibles pour les entreprises et les bailleurs de fonds, tandis que l’adaptation au contexte mondial reste un défi permanent pour un pays exposé aux fluctuations des marchés.
Pour l’heure, le président a fait le choix de la continuité en reconduisant Moctar Ould Diay, pariant que la nouvelle équipe annoncée pour les prochaines heures pourra à la fois absorber le choc politique du rapport sur la Somelec et rassurer les acteurs économiques. La composition de ce gouvernement et les suites données à l’appel de l’opposition pour des poursuites judiciaires constitueront les prochains indicateurs à surveiller.
Pour plus de détails, voir la publication originale: https://www.rfi.fr/fr/afrique/20261010-mauritanie-le-premier-ministre-sortant-reconduit-dans-ses-fonctions-apr%C3%A8s-avoir-remis-la-d%C3%A9mission-de-son-gouvernement
Questions-réponses
Pourquoi le gouvernement mauritanien a-t-il démissionné le vendredi 9 octobre ?
Quelques heures seulement après la publication du rapport de la commission d'enquête sur les incendies des deux centrales électriques de la Somelec, survenus les 21 et 22 août, le Premier ministre Moctar Ould Diay a remis la démission de son gouvernement au président de la République.
Qui est mis en cause par le rapport de la commission d'enquête ?
Le rapport épingle l'ex-ministre de l'Énergie, Mohamed Ould Khaled, pour des défaillances dans le système de suivi et de contrôle, aux côtés de plusieurs hauts responsables du secteur.
Quelles suites le président a-t-il données à la démission ?
Le président l'a immédiatement reconduit dans ses fonctions et chargé de former une nouvelle équipe, annoncée pour les prochaines heures, afin de limiter la vacance du pouvoir exécutif et rassurer les acteurs économiques.
Que demande l'opposition concernant les incendies ?
Le Pôle de la coalition de l'opposition démocratique a appelé à l'ouverture d'une procédure judiciaire contre les responsables des incendies d'août, une procédure qui pourrait affecter la gouvernance du secteur énergétique.