Madagascar: Transparency International dénonce l'effondrement des institutions garantes de
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Madagascar: Transparency International dénonce l'effondrement des institutions garantes de

Transparency International pointe la défaillance des mécanismes de contrôle et la capture de l'État à Madagascar.

Ketakandriana Rafitoson, numéro deux de Transparency International Initiative Madagascar, ne mâche pas ses mots : la crise que traverse Madagascar depuis plusieurs semaines est, avant tout, une défaillance des institutions chargées de protéger les citoyens. Interrogée par RFI, elle livre un diagnostic sévère au moment où le pays enregistre une vague alarmante de disparitions et d’homicides, touchant en particulier des enfants.

Les chiffres sont accablants. Jusqu’à la semaine dernière, 172 cas de disparitions avaient été recensés, dont plusieurs personnes retrouvées mortes. Face à l’ampleur du phénomène et au climat de psychose installé notamment à Antananarivo, la présidence malgache a annoncé le 7 juillet le déploiement immédiat de la garde présidentielle ainsi que de 400 éléments des forces de défense et de sécurité.

Le Premier ministre, de son côté, a adopté un ton offensif. Le pays serait “en guerre”, a-t-il déclaré, assurant qu’aucune tolérance ne serait accordée aux auteurs de ces crimes. Pour Rafitoson, ces prises de position sont compréhensibles, mais insuffisantes si elles ne s’accompagnent pas d’actions concrètes et durables. “Les mots du Premier ministre ont été justes. Les mots aussi ont un poids. L’important n’est pas seulement de parler de guerre, mais surtout de gagner durablement la bataille contre l’insécurité”, a-t-elle déclaré.

Ce sont précisément les mécanismes de contrôle et les responsabilités institutionnelles que la représentante de Transparency International place au coeur du problème. Lorsque les enquêtes n’aboutissent pas assez rapidement, que les auteurs ne sont pas identifiés et que certaines formes de criminalité deviennent plus audacieuses, un climat de peur s’installe qui déborde largement le cadre des affaires prises individuellement. Malgré certaines arrestations sporadiques, l’opinion publique malgache n’est pas convaincue que les vrais commanditaires aient été appréhendés.

La question de la transparence institutionnelle structure l’ensemble de son analyse. Rafitoson établit un lien direct entre le manque de clarté dans les responsabilités, l’affaiblissement des mécanismes de contrôle et l’incapacité à démanteler les réseaux criminels. “Quand les institutions fonctionnent de manière opaque, lorsque les responsabilités sont mal établies et lorsque les mécanismes de contrôle sont affaiblis, il devient plus difficile de lutter efficacement contre les réseaux criminels ou les réseaux de corruption”, affirme-t-elle.

Elle introduit par ailleurs le concept de “capture de l’État”, sur lequel Transparency International Madagascar a récemment alerté. Ce phénomène désigne la situation dans laquelle une fraction de l’élite ou un groupe d’intérêt utilise les institutions, les finances publiques et l’administration à des fins privées plutôt qu’au bénéfice de l’intérêt général. “Certaines institutions cessent progressivement de fonctionner exclusivement dans l’intérêt général et peuvent être influencées par des intérêts privés ou particuliers”, précise-t-elle. Elle évoque également des allégations de complicités à haut niveau dans les cas de kidnappings et de trafics de ressources, en faisant référence à des situations impliquant des élus dans le sud du pays.

Sur le plan des attentes vis-à-vis des autorités, Rafitoson formule des exigences à deux niveaux distincts. À court terme, elle appelle à mobiliser tous les moyens disponibles pour retrouver les auteurs des crimes, protéger la population, accompagner les familles des victimes et communiquer de manière transparente. À plus long terme, elle plaide pour la reconstruction d’institutions plus solides, plus transparentes et plus indépendantes, orientées vers le bien commun. Rééquilibrer le pouvoir, refonder la démocratie par la base, investir dans le capital humain : autant de chantiers qu’elle juge indispensables pour bâtir une culture de responsabilité à l’échelle nationale.

“On s’attend à davantage d’actions de la part des pouvoirs publics”, conclut-elle. Les déclarations de principe, même bien orientées, ne sauraient suffire. La vraie question qui demeure ouverte est celle-ci : les institutions malgaches disposent-elles encore de la volonté et des moyens nécessaires pour se réformer elles-mêmes, ou la “capture de l’État” décrite par Transparency International a-t-elle déjà rendu cette tâche structurellement impossible ?

Questions-réponses

Quel concept clé Transparency International Madagascar a-t-elle récemment mis en avant pour décrire la situation institutionnelle du pays ?

Transparency International Madagascar a alerté sur le concept de 'capture de l'État', désignant la situation dans laquelle une fraction de l'élite ou un groupe d'intérêt utilise les institutions, les finances publiques et l'administration à des fins privées plutôt qu'au bénéfice de l'intérêt général.

Quelle mesure concrète la présidence malgache a-t-elle annoncée face à la crise sécuritaire ?

Le 7 juillet, la présidence malgache a annoncé le déploiement immédiat de la garde présidentielle ainsi que de 400 éléments des forces de défense et de sécurité.

Quelles exigences Ketakandriana Rafitoson formule-t-elle à l'égard des autorités à court et à long terme ?

À court terme, elle appelle à mobiliser tous les moyens disponibles pour retrouver les auteurs des crimes, protéger la population, accompagner les familles des victimes et communiquer de manière transparente. À long terme, elle plaide pour la reconstruction d'institutions plus solides, plus transparentes et plus indépendantes, orientées vers le bien commun.

Quel lien Transparency International établit-elle entre opacité institutionnelle et criminalité ?

Selon Rafitoson, lorsque les institutions fonctionnent de manière opaque, que les responsabilités sont mal établies et que les mécanismes de contrôle sont affaiblis, il devient plus difficile de lutter efficacement contre les réseaux criminels ou les réseaux de corruption.