Disparitions d'enfants à Madagascar: la police nationale sous pression face à 91 dossiers
Les institutions sécuritaires malgaches confrontées à un double déficit de gouvernance et de transparence.
Disparitions en série à Madagascar: les institutions sécuritaires face à l’épreuve des comptes
Quatre-vingt-onze enfants. C’est le bilan officiel que la police nationale malgache reconnaît publiquement depuis la fin du mois de juin: autant d’enfants toujours recherchés à travers le pays, autant de dossiers ouverts qui mesurent l’ampleur d’une crise que les institutions peinent à enrayer. Ce chiffre, communiqué par les forces de l’ordre elles-mêmes, constitue désormais l’indicateur central à partir duquel la responsabilité des pouvoirs publics sera jugée.
Additional reference context is available at https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260713-madagascar-forte-inqui%C3%A9tude-%C3%A0-antananarivo-apr%C3%A8s-une-vague-de-disparitions.
C’est dans ce contexte que le président Mickaël Randrianirina a choisi de prendre la parole vendredi, engageant publiquement l’autorité de l’État. Dénonçant le fait que, selon ses propres termes, “pour un peu d’argent, certains sont prêts à tuer des enfants”, il a promis de “détruire l’organisation derrière cela”. La déclaration place la présidence en première ligne de la réponse institutionnelle. Elle engage son autorité. Elle ne précise cependant ni les mécanismes par lesquels cet objectif serait atteint, ni les délais dans lesquels des résultats pourraient être attendus, laissant l’engagement présidentiel sans cadre opérationnel visible.
Sur le terrain à Antananarivo, la réponse des appareils sécuritaires est pourtant lisible: plus de 1 500 policiers, militaires et gendarmes quadrillent la capitale jour et nuit. Cette mobilisation conjointe de la police nationale, de l’armée et de la gendarmerie représente un déploiement sans précédent des moyens de l’État. Le problème est que cette présence renforcée n’a pas suffi à restaurer la confiance dans les institutions, ni à dissiper le sentiment d’insécurité parmi la population. La concentration des signalements dans la capitale interroge directement l’efficacité du dispositif, au moment même où il est censé démontrer sa force.
Ce que révèle la crise, en réalité, c’est un double déficit de gouvernance. D’un côté, un déficit opérationnel: malgré la mobilisation, les disparitions continuent et les responsables présumés n’ont pas été publiquement identifiés. De l’autre, un déficit de communication institutionnelle. En l’absence d’explications transparentes et régulières de la part des autorités sur les causes et les responsables des disparitions, un vide d’information s’est installé, que des théories non vérifiées, circulant sur les réseaux sociaux et évoquant des sacrifices rituels ou des trafics d’organes, ont rapidement comblé. La gestion de l’information dans une crise de cette nature relève d’une responsabilité de gouvernance à part entière, que les institutions malgaches n’ont pas encore pleinement assumée.
Selon les informations publiées par RFI (https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260713-madagascar-forte-inqui%C3%A8tude-%C3%A0-antananarivo-apr%C3%A8s-une-vague-de-disparitions), les habitants d’Antananarivo ont commencé à modifier leurs comportements quotidiens face à l’insuffisance des garanties de sécurité: éviter de sortir seuls, limiter les déplacements en soirée, rester groupés. Ces adaptations collectives ne sont pas anodines. Elles traduisent un retrait de confiance envers la capacité des pouvoirs publics à sécuriser l’espace urbain, un signal que les autorités ne peuvent pas ignorer sans coût politique.
La crise met ainsi en lumière plusieurs enjeux de gouvernance simultanés. La capacité opérationnelle des forces de sécurité à enrayer une vague de disparitions, malgré une mobilisation que l’exécutif présente comme massive. La responsabilité du pouvoir exécutif, incarnée dans les déclarations présidentielles, à tenir ses engagements publics en matière de démantèlement des réseaux supposément impliqués. La question, enfin, de la transparence: les 91 enfants encore portés disparus selon la police nationale constituent un indicateur de résultat que les autorités devront justifier devant une population décrite comme en état de psychose collective.
La résolution de cette crise exigera non seulement des résultats sécuritaires mesurables, mais une communication institutionnelle capable de rétablir la légitimité de l’État aux yeux des habitants d’Antananarivo. La question qui demeure ouverte est de savoir si les engagements présidentiels seront suivis d’un cadre d’action précis, ou si la crise continuera d’être gérée sans que les responsabilités soient clairement établies et rendues publiques.
Questions-réponses
Quel bilan officiel la police nationale malgache a-t-elle rendu public concernant les disparitions d'enfants?
La police nationale malgache reconnaît publiquement 91 enfants toujours recherchés à travers le pays, autant de dossiers ouverts depuis la fin du mois de juin.
Quels engagements le président Randrianirina a-t-il pris, et quelles sont leurs limites institutionnelles?
Le président Mickaël Randrianirina a promis de détruire l'organisation responsable des disparitions, mais sa déclaration ne précise ni les mécanismes pour atteindre cet objectif, ni les délais dans lesquels des résultats pourraient être attendus.
Quels appareils sécuritaires de l'État ont été mobilisés à Antananarivo, et dans quelle mesure?
Plus de 1 500 policiers, militaires et gendarmes quadrillent la capitale jour et nuit, représentant une mobilisation conjointe de la police nationale, de l'armée et de la gendarmerie qualifiée de déploiement sans précédent.
En quoi la gestion de l'information constitue-t-elle un enjeu de gouvernance dans cette crise?
L'absence d'explications transparentes et régulières de la part des autorités a créé un vide d'information comblé par des théories non vérifiées circulant sur les réseaux sociaux, ce que l'article qualifie de responsabilité de gouvernance à part entière que les institutions malgaches n'ont pas encore pleinement assumée.