De Rodrigues au Lodévois : une quête d'eau qui rapproche
Océanie

De Rodrigues au Lodévois : une quête d'eau qui rapproche

Une île frappée par la sécheresse vient puiser des solutions dans un village de l'Hérault

Sur les terres de l’agriculteur Nicolas Malan, au cœur d’Olmet-et-Villecun, une rencontre inhabituelle a eu lieu fin septembre. Le petit village du Lodévois a accueilli une délégation officielle venue de très loin : l’île Rodrigues, dans l’océan Indien, non loin de l’île Maurice. Derrière ce déplacement de plusieurs milliers de kilomètres, une préoccupation partagée, très concrète : l’eau, ou plutôt son absence.

Les visiteurs rodriguais savent de quoi ils parlent. Leur île est particulièrement frappée par le manque d’eau et la sécheresse. C’est précisément pour cette raison qu’ils ont fait le trajet jusqu’à ce village adossé au Larzac, pour puiser des inspirations et des solutions concrètes développées localement, mais aussi à l’échelle intercommunale, aux côtés d’Olivier Hebrard, docteur en sciences de l’eau, expert en agroécologie et membre du service transition écologique de la communauté de communes.

“Bien que distants de milliers de kilomètres, nos territoires partagent de réels points communs face aux enjeux de gestion des ressources naturelles”, explique Christophe Romo, le maire de la commune. Selon lui, cette rencontre a permis des moments d’échanges et de partage de pratiques vertueuses, notamment sur les techniques d’optimisation, d’économie et de préservation de l’eau.

Ce savoir-faire que les Rodriguais sont venus observer a une histoire. C’est en effet sous l’impulsion de son maire qu’Olmet a initié une réflexion sur la ressource en eau. Olivier Hebrard, qui habite lui-même la commune, a proposé la mise en place d’un projet d’hydrologie régénérative. L’objectif : mieux hydrater les paysages et favoriser la recharge des nappes phréatiques. Pour y parvenir, la commune s’est appuyée sur des dispositifs appelés baissières, dont l’origine remonte aux pratiques agricoles ancestrales de nombreuses civilisations. Ces techniques traditionnelles d’irrigation et de contrôle de l’érosion se retrouvent notamment en Afrique du Nord, en Asie et en Amérique latine.

Concrètement, une baissière est un ouvrage creusé le long des courbes de niveau du terrain. Elle suit les lignes naturelles où l’eau s’écoule de manière horizontale. En guidant ainsi l’eau, ces structures deviennent des outils pour restaurer les sols dégradés et optimiser la productivité des paysages agricoles. “Cette technique ralentit, répartit et infiltre l’eau là où elle est le plus nécessaire, favorisant ainsi la recharge des nappes phréatiques et la création d’écosystèmes résilients”, décrit Olivier Hebrard.

Pour les habitants d’une île où la sécheresse pèse sur le quotidien, ce type d’approche illustre ce que peuvent offrir des solutions simples, éprouvées et adaptées au terrain. C’est cette expérience vécue à l’échelle d’un village que la délégation est venue observer de ses propres yeux, de la parcelle de Nicolas Malan jusqu’aux échanges avec les élus et les techniciens du territoire.

Au-delà de cette visite, la démarche d’Olmet-et-Villecun pourrait franchir une nouvelle étape. Faisant suite à une première expérimentation, elle pourrait en effet être reprise à plus grande échelle dans le Lodévois et Larzac. Une perspective qui donnerait à ce petit village un rayonnement dépassant largement les frontières de sa commune, comme en témoigne l’intérêt qu’il suscite désormais jusqu’au milieu de l’océan Indien.

Pour Christophe Romo et ses administrés, cette rencontre a surtout confirmé une intuition : face aux stress hydriques qui touchent des territoires aussi différents en apparence, les réponses se construisent souvent sur les mêmes principes, comprendre le trajet de l’eau dans le paysage et l’aider à s’infiltrer là où les sols en ont besoin. Ce que les Rodriguais sont venus vérifier sur une parcelle du Lodévois pourrait demain influencer la manière dont une île entière gère sa ressource en eau.

Questions-réponses

Pourquoi une délégation de Rodrigues s'est-elle rendue à Olmet-et-Villecun ?

Leur île est particulièrement frappée par le manque d'eau et la sécheresse ; ils sont venus observer des solutions concrètes développées localement et à l'échelle intercommunale.

Qu'est-ce qu'une baissière ?

C'est un ouvrage creusé le long des courbes de niveau du terrain qui guide l'eau horizontalement, la ralentit, la répartit et l'infiltre là où elle est nécessaire, favorisant la recharge des nappes phréatiques et la restauration des sols.

Qui a proposé le projet d'hydrologie régénérative à Olmet-et-Villecun ?

Olivier Hebrard, docteur en sciences de l'eau, expert en agroécologie et membre du service transition écologique de la communauté de communes, qui habite lui-même la commune.

Quelle suite pourrait connaître la démarche d'Olmet-et-Villecun ?

Elle pourrait être reprise à plus grande échelle dans le Lodévois et Larzac, faisant suite à une première expérimentation.