Madagascar : la « Fête de la Liberté » fêtée au village natal de Tsiranana
Hommage au village d'Anahidrano et quête de légitimité historique du régime
À Anahidrano, petit village du nord-ouest de Madagascar, les habitants ont vu arriver mercredi 14 octobre un hôte de marque. Le colonel Michaël Randrianirina, chef de l’État, a choisi la terre natale de Philibert Tsiranana, premier président malgache, pour célébrer la toute première édition de la « Fête de la Liberté », une journée désormais inscrite au calendrier national au même rang que le 26 juin, date de l’indépendance. Sur place, il a déposé une gerbe de fleurs devant la statue de Tsiranana et rencontré sa famille. Un geste d’hommage qui a marqué les habitants de cette région.
Cette nouvelle fête commémore officiellement la proclamation de la première République malgache, le 14 octobre 1958. Elle coïncide aussi, à un jour près, avec l’anniversaire de l’arrivée au pouvoir de Michaël Randrianirina, il y a tout juste un an. Pour le régime, le double sens n’a rien d’anodin. Solofo Randrianja, professeur d’histoire politique, y voit une stratégie délibérée. « Le régime, étant issu d’une prise de pouvoir hors Constitution, essaye de se légitimer dans l’histoire, de se situer dans la continuité historique. C’est comme Ratsiraka, qui a essayé de s’attribuer le 29 mars, qui est le souvenir de l’insurrection de 1947, pour légitimer le pouvoir socialiste », explique-t-il au micro de notre correspondant Guilhem Fabry.
Le choix de cette date ne fait pourtant pas l’unanimité parmi les spécialistes. La première République célébrée ce mercredi divise les historiens : certains y voient le début d’une indépendance progressive, d’autres retiennent surtout le maintien d’une tutelle française. « Cette première République était dénommée “République néocoloniale”. Parce que pratiquement rien n’est changé, aussi bien sur le plan politique et administratif, que sur le plan diplomatique, sur le plan économique. C’était encore cet attachement étroit vis-à-vis de l’ancienne métropole », rappelle l’historienne Lucile Rabearimanana.
Philibert Tsiranana, président francophile, avait d’ailleurs été contraint de quitter le pouvoir en 1972, face aux manifestations d’une jeunesse qui réclamait la fin du néocolonialisme. Un thème qui, un demi-siècle plus tard, résonne encore dans les discours officiels. Devant son auditoire, dans la région natale du premier président, Michaël Randrianirina a appelé les Malgaches « à se réveiller pour acquérir la véritable indépendance ». « Nous n’allons pas nous développer si on reste dans les griffes de la colonisation. Nous vivons une nouvelle forme de colonisation », a-t-il déclaré, dans un propos offensif sur la souveraineté.
Cette souveraineté revendiquée s’inscrit dans un contexte diplomatique mouvementé. Alors que Madagascar est courtisé par plusieurs partenaires internationaux, le colonel Randrianirina a également défendu sa politique étrangère, rapporte notre correspondante à Antananarivo, Aurélie Kouman. La Russie multiplie les offres de coopération militaire, la Chine reste un investisseur majeur et Paris a récemment promis une centaine de drones à l’armée malgache. Face aux critiques, le chef de l’État a assumé ses choix : « Nous avons choisi de travailler avec tout pays qui peut aider Madagascar à se développer. Mais certains osent me demander pourquoi nous collaborons avec ce pays-là. Sommes-nous indépendants ? », a-t-il interrogé, répondant par-là à ceux qui contestent ses orientations.
Si la fête a permis de poser un récit historique, le bilan de l’année écoulée reste, lui, inachevé. Un an après son arrivée au pouvoir, la « Refondation », projet phare du régime, demeure un chantier. La concertation nationale, censée préparer une nouvelle Constitution, piétine. Des élections sont promises pour 2027, mais Michaël Randrianirina n’a toujours pas précisé s’il serait candidat. Entre célébration d’un passé disputé et avenir institutionnel encore incertain, les Malgaches devront attendre pour savoir ce que la « Fête de la Liberté » annoncera réellement pour leur quotidien.
Questions-réponses
Pourquoi la « Fête de la Liberté » a-t-elle été célébrée le 14 octobre ?
Elle comméore officiellement la proclamation de la première République malgache, le 14 octobre 1958, et coïncide à un jour près avec l'anniversaire de l'arrivée au pouvoir de Michaël Randrianirina un an plus tôt.
Quels gestes d'hommage le chef de l'État a-t-il rendus à Anahidrano ?
Il a déposé une gerbe de fleurs devant la statue de Philibert Tsiranana, rencontré sa famille et appelé les Malgaches « à se réveiller pour acquérir la véritable indépendance », estimant que le pays vit une nouvelle forme de colonisation.
Pourquoi certains historiens contestent-ils la célébration de la première République ?
Pour l'historienne Lucile Rabearimanana, rien n'avait changé sur les plans politique, administratif, diplomatique et économique, d'où son surnom de « République néocoloniale », marqué par un attachement étroit à l'ancienne métropole.
Comment Michaël Randrianirina a-t-il défendu sa politique étrangère ?
La Russie multiplie les offres de coopération militaire, la Chine reste un investisseur majeur et Paris a promis une centaine de drones à l'armée malgache ; le colonel Randrianirina assume de travailler avec tout pays pouvant aider Madagascar à se développer.