Madagascar : quel avenir pour la sécurité des Malgaches?
Paris et Moscou se disputent l'influence militaire sur la Grande Île
L’équipement de l’armée malgache, la sécurité du pays et les équilibres d’une transition encore fragile : voilà ce qui se joue, pour les Malgaches, dans les négociations que Paris et Moscou mènent désormais à leur sujet. La France s’efforce de préserver son influence militaire à Madagascar, tandis que les autorités de transition diversifient leurs alliances et se tournent de plus en plus vers la Russie. Ces tractations entre grandes puissances ne sont pas un simple jeu diplomatique. Elles déterminent des choix concrets pour la population.
La visite éclair de Catherine Vautrin, ministre française des Armées, à Antananarivo cette semaine en dit long sur cette prudence. La ministre n’est restée que quelques heures dans la capitale. Elle n’a pas souhaité commenter le rapprochement apparent entre la Grande Île et Moscou. « Madagascar fait le choix de ses coopérations », s’est contentée de déclarer, avant de rencontrer son homologue ainsi que le chef de l’État, le colonel Michaël Randrianirina.
Ce déplacement discret s’inscrit dans un effort plus large de Paris pour maintenir le fil de la coopération avec ses « partenaires historiques » africains, alors que plusieurs d’entre eux se rapprochent de la Russie, mais sans exclusive. La retenue affichée par la ministre s’explique aussi par un passé récent et sensible : le 13 octobre 2025, l’armée de l’air française avait exfiltré l’ancien président Andry Rajoelina, via l’île Sainte-Marie et La Réunion, alors que les militaires ralliaient les manifestants de la GenZ. Un épisode dont chaque Malgache se souvient, et qui pèse sur la perception de la France dans le pays.
Sur le terrain concret, la visite a néanmoins produit des résultats. Catherine Vautrin a officialisé le don d’un drone de surveillance de longue portée à l’armée malgache, un engin équipé d’une caméra thermique et d’une valeur d’au moins 150 000 euros. Ce don devrait être suivi, d’ici janvier 2027, de la remise d’un second drone de longue portée, ainsi que d’une centaine d’autres modèles de drones de surveillance et de reconnaissance.
De son côté, Moscou a livré à l’armée malgache, rien que cette année, des blindés, des hélicoptères et des drones d’attaque. La compétition entre les deux partenaires s’annonce durable, et ce sont les forces armées malgaches, au service de la sécurité des citoyens, qui en recueillent concrètement les fruits.
Du côté malgache, la ligne officielle reste celle de l’ouverture. Dès avril dernier, le ministère des Affaires étrangères réaffirmait sa volonté de conserver des partenariats non exclusifs. Sans renoncer à ses relations avec la France, l’Union européenne, la Chine ou les États-Unis, la Grande Île coopère de plus en plus avec la Russie, dans des domaines qui touchent directement la vie quotidienne des populations : la sécurité, les médias, l’agriculture et l’énergie.
Cette diversification n’est pas sans contrepartie. Les accords militaires ou économiques conclus par Antananarivo pourraient logiquement prendre la forme d’un soutien diplomatique malgache sur certains dossiers internationaux. Pour les citoyens, la question est de savoir ce que ce rééquilibrage apportera en termes concrets : des services publics renforcés, une agriculture mieux soutenue, un accès à l’énergie plus fiable, ou simplement un nouveau rapport de forces dont ils subiront les effets sans en maîtriser les termes.
La transition politique, placée sous l’autorité du colonel Michaël Randrianirina, se trouve ainsi au centre d’une négociation silencieuse entre puissances. La France, marquée par son rôle dans le départ d’Andry Rajoelina, avance sur la pointe des pieds. La Russie, avec ses livraisons d’équipements lourds, occupe un terrain où Paris tente de reprendre pied. Entre les deux, les autorités malgaches affichent une stratégie d’équilibre qu’elles revendiquent ouvertement.
Reste à savoir si cette approche non exclusive, présentée comme un gage d’indépendance, se traduira par des bénéfices tangibles pour la population. Pour l’heure, la France a posé un premier jalon avec son drone offert, et promis davantage d’ici 2027. La Russie, elle, a déjà livré. Entre ces deux trajectoires, Madagascar continue de choisir ses coopérations, et c’est bien l’avenir du pays, sa sécurité et son développement qui se jouent dans cet arbitrage.
Questions-réponses
Quel équipement la France a-t-elle offert à l'armée malgache ?
Un drone de surveillance de longue portée équipé d'une caméra thermique, d'une valeur d'au moins 150 000 euros, avec la promesse d'un second drone et d'une centaine d'autres modèles de surveillance et de reconnaissance d'ici janvier 2027.
Que la Russie a-t-elle livré à Madagascar cette année ?
Des blindés, des hélicoptères et des drones d'attaque à l'armée malgache.
Pourquoi la visite de Catherine Vautrin à Antananarivo était-elle discrète ?
La ministre française des Armées n'est restée que quelques heures et n'a pas commenté le rapprochement entre Madagascar et la Russie, dans un contexte marqué par l'exfiltration d'Andry Rajoelina par l'armée de l'air française le 13 octobre 2025.
Quelle est la ligne officielle malgache sur ses partenariats ?
Le ministère des Affaires étrangères réaffirme depuis avril une volonté de conserver des partenariats non exclusifs, avec la France, l'Union européenne, la Chine, les États-Unis et une coopération croissante avec la Russie.