Un don de drones français évalué à au moins 150 000 euros a été officialisé à Antananarivo, mardi 6 octobre 2026, au terme d’une visite éclair de la ministre française des Armées. L’appareil, un drone de surveillance de longue portée équipé d’une caméra thermique, pourra voler plus de deux heures pour surveiller les côtes et repérer la pêche illégale. Huit militaires malgaches seront formés à son pilotage et à sa maintenance, un investissement en compétences qui accompagne le transfert d’équipement.
Le geste s’inscrit dans une offre plus large. Paris promet également une centaine d’autres modèles de drones de surveillance et de reconnaissance. Selon le ministère des Armées, ces appareils pourront servir à des missions humanitaires, au repérage d’itinéraires ou à l’acheminement de matériel dans des zones isolées. Un second drone de longue portée doit par ailleurs être réceptionné d’ici janvier 2027, ce qui donne au partenariat une visibilité sur plusieurs mois.
Pour Paris, l’enjeu dépasse la simple livraison de matériel. Depuis l’arrivée des militaires au pouvoir, Madagascar s’est nettement rapprochée de la Russie, et cette année Moscou a livré à l’armée malgache des blindés, des hélicoptères et des drones d’attaque. Face à ce concurrent qui s’installe sur le marché malgache de l’armement, la ministre Catherine Vautrin fait le dos rond et met en avant la fiabilité d’un partenariat ancien, cherchant à défendre la position de la France comme fournisseur et partenaire de l’armée malgache.
Interrogée sur ce rapprochement de l’île avec Moscou, la ministre a choisi la prudence. « Madagascar fait le choix de ses coopérations », a-t-elle déclaré, une formule qui reconnaît implicitement la liberté d’arbitrage d’Antananarivo entre ses fournisseurs militaires et, partant, la concurrence à laquelle la France doit faire face.
Durant ses quelques heures dans la capitale malgache, Catherine Vautrin a rencontré son homologue malgache, puis le chef de l’État, le colonel Michaël Randrianirina. Ces rencontres ont permis d’officialiser le don et de rappeler l’existence d’une coopération de longue date, que la France oppose à la montée en puissance de l’offre russe.
Le contexte régional donne à ces livraisons une dimension stratégique et économique. La surveillance des côtes et la lutte contre la pêche illégale représentent des enjeux concrets pour Madagascar, et le drone offert, capable de vols prolongés au-dessus du littoral, répond directement à ce besoin opérationnel. La formation des huit militaires à la maintenance constitue aussi un gage de durabilité : l’équipement ne restera pas une pièce symbolique mais devra s’intégrer dans les capacités locales sur le long terme.
Pour la France, il s’agit de sécuriser une relation de fournisseur dans un environnement où la Russie a déjà démontré sa capacité à livrer des équipements variés, des blindés aux drones d’attaque. Le calendrier annoncé, avec la réception d’un second drone de longue portée d’ici janvier 2027 et la promesse d’une centaine d’appareils supplémentaires, dessine un engagement étalé dans le temps, de nature à maintenir la présence française dans le paysage de la défense malgache.
Reste à savoir si cette stratégie suffira face au rapprochement entre Antananarivo et Moscou, accentué depuis un an. Pour l’heure, la ministre française a préféré éviter la confrontation publique et insister sur la valeur du partenariat existant, laissant aux livraisons et aux formations promises le soin de parler d’elles-mêmes.