Exploitation de Malgaches à Maurice : 242 interpellations
Le circuit de recrutement et de visas laisse les travailleurs sans recours
Vingt-quatre-deux interpellations depuis janvier : c’est le bilan communiqué par les autorités mauriciennes concernant des ressortissants malgaches en séjour irrégulier, dont 153 hommes et 89 femmes. Les Malgaches forment ainsi la première nationalité parmi les étrangers arrêtés dans l’île. Derrière ces arrestations se dessine un parcours d’exploitation qui, de l’engagement à Antananarivo jusqu’au séjour clandestin, fonctionne comme une chaîne dont chaque maillon défaillant laisse le travailleur sans recours.
Le schéma est presque toujours le même. À Antananarivo, un intermédiaire promet un emploi contre une forte somme d’argent. Le candidat part avec un visa touristique. Une fois sur place, le travail promis n’existe pas, ou il s’agit d’un emploi au noir. Quand le visa expire, le travailleur devient clandestin et ne peut plus se plaindre. C’est précisément à ce stade que le dispositif de protection ne joue pas : la personne se retrouve sans statut régulier, donc sans moyen de dénoncer les conditions qui lui sont imposées.
Additional reference context is available at https://www.rfi.fr/fr/afrique/20261004-une-association-d%C3%A9nonce-l-exploitation-de-migrants-malgaches-%C3%A0-maurice.
Interrogée par RFI, une avocate spécialisée en droits humains, qui souhaite rester anonyme, invoque le protocole de Palerme. Selon cet accord international de l’ONU, une personne à qui l’on a menti sur le travail qui l’attend peut être reconnue victime de traite. Pour l’avocate, la responsabilité de la protection des ressortissants malgaches incombe à l’État malgache, en collaboration avec l’Organisation internationale pour les migrations. Autrement dit, la réponse doit venir de l’application concrète des dispositifs existants, avec les partenaires opérationnels compétents.
L’ampleur du phénomène dépasse le cas mauricien. En 2024, le bureau national de lutte contre la traite a recensé plus de 120 victimes malgaches dans de nombreux pays où elles s’étaient expatriées. Quatre formes d’exploitation concentrent l’essentiel des cas : le travail domestique, le travail forcé, l’esclavage moderne et les mariages forcés, qui représentent ensemble près de huit cas sur dix. Ces données montrent que le problème ne se limite pas à une destination, mais tient au fonctionnement même du recrutement et à l’absence de suivi une fois les migrants partis.
Le contraste est frappant avec la demande économique. Malgré ces cas documentés, Maurice veut recruter davantage de travailleurs malgaches. Selon le ministre du Travail de l’île, cette demande devrait encore augmenter. Cette tension entre un besoin de main-d’œuvre qui s’accroît et des mécanismes de protection qui peinent à fonctionner constitue le cœur du problème : tant que le circuit de recrutement, de délivrance des visas et d’accompagnement sur place ne garantit pas les conditions promises, l’augmentation des flux risque d’accroître mécaniquement le nombre de personnes placées en situation irrégulière, donc d’exposition.
Reste la question centrale pour ceux qui suivent la mise en œuvre : comment faire en sorte que les travailleurs malgaches partis à Maurice, et ailleurs, trouvent effectivement l’emploi promis et puissent faire valoir leurs droits quand les promesses ne sont pas tenues. Les chiffres des arrestations, la lecture du protocole de Palerme et le bilan du bureau national de lutte contre la traite convergent vers le même constat : le dispositif existe sur le papier, mais son application sur le terrain reste le maillon à renforcer, à la charge de l’État malgache et de ses partenaires.
Questions-réponses
Quel bilan les autorités mauriciennes ont-elles communiqué concernant les ressortissants malgaches en séjour irrégulier ?
242 interpellations depuis janvier, dont 153 hommes et 89 femmes. Les Malgaches forment la première nationalité parmi les étrangers arrêtés dans l'île.
Comment fonctionne le schéma d'exploitation décrit dans l'article ?
À Antananarivo, un intermédiaire promet un emploi contre une forte somme d'argent. Le candidat part avec un visa touristique, mais le travail promis n'existe pas ou est au noir. Quand le visa expire, le travailleur devient clandestin et ne peut plus se plaindre.
Que permet le protocole de Palerme selon l'avocate interrogée par RFI ?
Selon cet accord international de l'ONU, une personne à qui l'on a menti sur le travail qui l'attend peut être reconnue victime de traite. L'avocate estime que la protection incombe à l'État malgache, en collaboration avec l'Organisation internationale pour les migrations.
Quelles formes d'exploitation concentrent l'essentiel des cas recensés en 2024 ?
Le travail domestique, le travail forcé, l'esclavage moderne et les mariages forcés, qui représentent ensemble près de huit cas sur dix.