Fédération malgache de football : la révocation de Boucher soulève des questions de gouver
Une décision discrétionnaire de la fédération relance le débat sur la transparence des procédures de sélection.
La Fédération malgache de football a publié un communiqué officiel pour justifier le retrait de la convocation de Zacharie Boucher, gardien de but de l’ESTAC Troyes, quelques jours seulement après l’annonce de sa première sélection avec les Barea. La décision, prise après concertation interne, soulève une question centrale pour toute instance régulatrice du sport représentatif : sur quelle base procédurale une fédération peut-elle revenir sur une sélection déjà rendue publique ?
Le sélectionneur Corentin Martins avait initialement retenu Boucher pour rejoindre le rassemblement malgache. La fédération, confrontée à une vive réaction du public après la réapparition sur les réseaux sociaux d’une interview accordée par le joueur en 2018, a estimé que le maintien de la convocation n’était plus tenable. Dans son communiqué, l’institution a indiqué qu’après discussions internes, il avait été décidé d’écarter le joueur afin de préserver la sérénité du groupe.
L’institution n’a pas précisé à quel moment elle avait pris connaissance des déclarations de 2018, ni si un contrôle des antécédents médiatiques des joueurs pressentis fait partie de son processus habituel de sélection. Ce silence laisse ouverte la question des diligences préalables à toute convocation officielle.
L’affaire trouve son origine dans des propos que Boucher avait tenus en 2018 auprès de Ouest-France et de L’Équipe. Le portier, né à Saint-Pierre de La Réunion il y a 34 ans, y avait rejeté sans ambiguïté toute perspective de représenter Madagascar : “Je suis Français, je n’ai jamais été malgache. Si le sélectionneur m’appelle, c’est non. Le maillot de l’équipe de France est important pour moi. Je ne mettrai pas un autre maillot que celui-là. Je suis Français, fier de l’être et je n’ai pas l’intention de disputer la CAN avec qui que ce soit.” Ces déclarations, ressurgies six ans après leur publication, ont provoqué un tollé suffisamment important pour contraindre la fédération à revoir sa position.
La fédération a choisi de mettre en avant la cohésion du groupe plutôt que d’invoquer une justification disciplinaire ou réglementaire. Ce choix de cadrage est en lui-même significatif. Il révèle l’exercice d’un pouvoir discrétionnaire qui, dans la majorité des situations de ce type, n’est soumis à aucun recours formel. Décider sans se justifier sur le fond, c’est aussi décider sans que la décision puisse être contestée.
Ce cas illustre la fragilité que représente, pour une fédération nationale, le recrutement de joueurs bi-nationaux dont le rapport au pays représenté n’a pas été établi de manière transparente en amont. Les détails de l’affaire ont été relayés et analysés notamment à l’adresse https://www.les-transferts.com/rumeurs-transferts/madagascar-selectionne-il-se-fait-virer-pour-une-interview-donnee-il-y-a-6-ans/.
Du côté du joueur, aucune prise de position publique n’a été rapportée à ce stade. Boucher, qui évolue avec Troyes en France, se retrouve dans une situation où sa carrière internationale, à peine entrouverte, est suspendue à une décision institutionnelle motivée par des mots prononcés à une époque où il n’envisageait pas de porter d’autre maillot que celui de l’équipe de France.
La question que cette séquence pose aux instances dirigeantes du football malgache reste entière : quels critères, quelles vérifications préalables et quelle transparence doivent encadrer l’exercice d’un pouvoir aussi discrétionnaire que celui de convoquer, puis de déconvoquer, un joueur sous la pression de l’opinion publique ?
Questions-réponses
Sur quelle base la Fédération malgache de football a-t-elle justifié le retrait de la convocation de Zacharie Boucher ?
La fédération a invoqué la nécessité de préserver la sérénité du groupe, après concertation interne, sans fournir de justification disciplinaire ou réglementaire formelle.
Quand et où Boucher avait-il tenu les propos à l'origine de la controverse ?
En 2018, dans des interviews accordées à Ouest-France et à L'Équipe, dans lesquelles il rejetait sans ambiguïté toute perspective de représenter Madagascar.
La fédération a-t-elle précisé à quel moment elle avait pris connaissance des déclarations de 2018 ?
Non. L'institution est restée silencieuse sur ce point, laissant ouverte la question des diligences préalables à toute convocation officielle.
Quelle question de gouvernance cette affaire pose-t-elle aux instances dirigeantes du football malgache ?
Elle interroge les critères, les vérifications préalables et la transparence devant encadrer le pouvoir de convoquer puis de déconvoquer un joueur sous la pression de l'opinion publique.