À Madagascar, les chiffres de l’Unicef mettent les pouvoirs publics face à leurs responsabilités éducatives
Selon Christine Jaulmes, représentante de l’Unicef dans le pays, un enfant malgache sur deux n’achève pas le cycle primaire. Seuls 18 % des enfants âgés de sept à quatorze ans ont acquis les bases de la lecture. Ces données, rendues publiques par l’organisation onusienne, posent directement la question de la responsabilité des institutions étatiques et des partenaires internationaux dans la régulation du système éducatif malgache.
L’Unicef ne se contente pas de documenter l’échec. Christine Jaulmes a formulé une analyse structurée en trois axes normatifs: reconnaître que la réponse aux défis de développement passe par l’éducation, garantir que les élèves puissent mener leur parcours primaire jusqu’à son terme, et créer des filières alternatives capables d’accueillir ceux que le système régulier n’a pas retenus. Ce cadre constitue, de facto, une feuille de route adressée aux décideurs publics et aux organismes de financement international.
Sur le terrain, un centre d’alphabétisation installé dans un quartier populaire d’Antananarivo illustre ce que ces prescriptions institutionnelles impliquent concrètement. Le dispositif propose un parcours de trois ans aux enfants déscolarisés ou jamais scolarisés, avec pour objectif l’obtention du CEPE, le certificat sanctionnant la fin du cycle primaire à Madagascar. Ce type de structure représente précisément le modèle de parcours flexibles que l’Unicef appelle de ses voeux, susceptibles de déboucher sur l’enseignement technique et professionnel.
Franklin, l’enseignant responsable du centre, prépare les salles à quelques jours de la rentrée. Son témoignage éclaire les limites pratiques de toute politique éducative qui ne prendrait pas en compte les conditions sociales des apprenants. “Tout est difficile, vu les milieux dans lesquels les enfants sont issus. Ces apprentis vivent des mondes différents: ils vivent autre chose ici, et quand ils rentrent chez eux, parfois il y a de la bagarre, des conflits familiaux”, dit-il. Il précise que ces réalités domestiques compromettent la capacité des enfants à effectuer leurs devoirs, et que le centre y répond en répétant, renforçant et récapitulant les notions enseignées.
Ce que décrit Franklin dépasse la pédagogie. C’est la traduction concrète d’une défaillance systémique que les institutions internationales documentent depuis des années. La question reste entière: entre l’État malgache, les collectivités locales et les bailleurs internationaux, qui assume la responsabilité principale du financement et de la régulation de ces dispositifs alternatifs? Aucun cadre clair de redevabilité ne semble encore trancher.
Par ailleurs, l’enjeu déborde les frontières malgaches. L’Unesco estime à 739 millions le nombre de jeunes et d’adultes dans le monde incapables de lire et d’écrire. Ce chiffre interpelle directement les gouvernements et les organismes de régulation internationale quant à l’efficacité des engagements pris dans le cadre des objectifs de développement durable relatifs à l’éducation. La conformité à ces engagements, et les mécanismes permettant de la vérifier, constituent un angle de responsabilité institutionnelle que les États signataires ne peuvent ignorer.
À Antananarivo, le centre d’alphabétisation représente une réponse locale à une défaillance structurelle. Méritoire, elle ne saurait pour autant exonérer les institutions compétentes de leurs obligations. L’ampleur du phénomène, un enfant sur deux sans parcours primaire complet, indique que la délégation aux seules initiatives de proximité ne constitue pas une politique. Elle en révèle l’absence.
La vraie question, à mesure que Madagascar s’approche d’une nouvelle rentrée scolaire, est de savoir si les mécanismes de suivi et de redevabilité prévus par les cadres internationaux seront effectivement activés, ou s’ils demeureront, eux aussi, lettre morte.