Coup d'État à Madagascar primé : Luis Tato reçoit le Visa d'or News à Perpignan
Un photojournaliste de l'AFP primé pour avoir documenté la chute constitutionnelle du régime malgache.
Le renversement du président malgache Andry Rajoelina par l’armée en octobre 2025 est au centre du reportage qui a valu au photojournaliste espagnol Luis Tato le Visa d’or News du festival international Visa pour l’image, décerné le samedi 5 septembre 2026 à Perpignan. Plus haute distinction du festival, ce prix récompense un travail documentant une rupture constitutionnelle majeure, née de la contestation directe des défaillances institutionnelles de l’État malgache.
Les manifestations avaient éclaté le 25 septembre 2025 à Madagascar. Violemment réprimées, elles ciblaient explicitement la corruption, la défaillance des services publics et les difficultés économiques persistantes du pays. Portée par la génération Z, c’est-à-dire les jeunes adultes de moins de 30 ans, cette mobilisation interrogeait la responsabilité des décideurs et la légitimité de l’ordre politique en place. L’incapacité des institutions à répondre à ces griefs a finalement conduit l’armée à renverser le président Rajoelina à la mi-octobre 2025, basculement de pouvoir brutal qui illustre la fragilité des structures de gouvernance dans ce contexte précis.
C’est au sein de ce mouvement de contestation institutionnelle que Luis Tato, 37 ans, photographe de l’Agence France-Presse couvrant l’Afrique de l’Est et l’océan Indien, a travaillé pendant une dizaine de jours. Ses images enregistrent des manifestants dont les revendications portaient directement sur l’exercice du pouvoir. Le jury de Visa pour l’image a ainsi distingué un reportage qui, au-delà de son mérite photographique, témoigne d’un processus de rupture constitutionnelle documenté depuis l’intérieur du mouvement.
Madagascar ne constituait pas un cas isolé. En 2025, la génération Z avait également été au coeur de mobilisations au Népal, au Bangladesh et en Bulgarie, chacune portant, selon les contextes, des exigences de transparence et de redevabilité à l’égard des institutions. Luis Tato lui-même avait souligné cette dimension auprès de l’AFP, avant la remise du prix: « Je pense que ce mouvement mondial de jeunes qui essaient de redéfinir la démocratie et de faire évoluer leur société constitue une dynamique très intéressante, qui me fascine à la fois en tant que photographe et en tant que personne qui cherche à comprendre le monde dans lequel nous vivons. »
Lors de la cérémonie, le lauréat a rendu hommage à Jean-François Leroy, fondateur du festival Visa pour l’image, décédé le lundi précédant la remise du prix. C’est Leroy qui lui avait « donné sa chance » en exposant ses images pour la première fois en 2018, alors qu’il « essayai[t] de [se] tracer un chemin » dans le milieu du photojournalisme. « Personne n’a fait autant pour notre écosystème », a déclaré Tato en son hommage.
Le reportage complet est disponible à l’adresse suivante: https://www.rfi.fr/fr/monde/20260906-visa-pour-l-image-le-photojournaliste-espagnol-luis-tato-prim%C3%A9-pour-son-travail-%C3%A0-madagascar
Au-delà de la distinction accordée à un seul photographe, le Visa d’or News 2026 pose une question de fond sur le rôle des institutions dans la documentation de leurs propres crises de gouvernance. Le travail de Luis Tato à Madagascar rappelle que les soulèvements populaires enregistrent, dans leur déroulement même, les conséquences concrètes de choix politiques, de politiques publiques insuffisantes et de mécanismes de contrôle défaillants. Reste à savoir si les institutions concernées tireront un jour les leçons formelles de ce processus.
Questions-réponses
Quel événement politique malgache est au coeur du reportage primé ?
Le renversement du président Andry Rajoelina par l'armée à la mi-octobre 2025, consécutif à des manifestations réprimées dénonçant la corruption, les défaillances des services publics et les difficultés économiques du pays.
Quelles défaillances institutionnelles ont conduit au coup de force militaire à Madagascar ?
L'incapacité des institutions de l'État malgache à répondre aux griefs populaires portant sur la corruption, la défaillance des services publics et les difficultés économiques persistantes a finalement conduit l'armée à renverser le président Rajoelina.
Le cas malgache était-il isolé en 2025 sur le plan des contestations institutionnelles ?
Non. En 2025, des mobilisations portant des exigences de transparence et de redevabilité à l'égard des institutions ont également eu lieu au Népal, au Bangladesh et en Bulgarie.
Quel rôle le festival Visa pour l'image a-t-il joué dans la reconnaissance de ce reportage sur une crise de gouvernance ?
Le jury de Visa pour l'image a décerné son Visa d'or News 2026, plus haute distinction du festival, à Luis Tato le 5 septembre 2026 à Perpignan, distinguant un travail qui documente une rupture constitutionnelle depuis l'intérieur du mouvement de contestation.