Philippe face aux institutions : sa déclaration sur la colonisation ravive le débat en out
Des élus réunionnais interpellent un candidat à la présidentielle sur sa conception de la responsabilité républicaine envers les territoires d'outre-mer.
Le rapport de la sénatrice Evelyne Corbière Naminzo sur les inégalités structurelles en outre-mer formait déjà un arrière-plan institutionnel lourd lorsque, le mardi 25 août 2026, le candidat à la présidentielle et ancien premier ministre Édouard Philippe a réaffirmé sur le plateau d’Antenne Réunion que la colonisation n’est pas, selon lui, un crime. Cette prise de position, formulée sur un territoire que le rapport Corbière Naminzo place au coeur des héritages coloniaux les plus persistants, a immédiatement enclenché des réponses formelles de la part d’élus et d’organisations politiques réunionnaises.
Ce n’est pas la première fois que Philippe adopte ce positionnement. En décembre 2025, interrogé par le journaliste Jean-Michel Aphatie, il avait déjà répondu sans ambiguïté : non, la colonisation n’était pas un crime. Le 25 août 2026, le présentateur Antoine Hassler lui a posé la question de manière directe en plateau : “En décembre l’année dernière, à la question la colonisation est-elle un crime, vous avez fermement répondu non. Est-ce que vous défendez toujours ce point de vue ?” La réponse du candidat, construite autour d’une analogie avec la guerre, a duré une longue minute sans modifier l’essentiel de sa position.
Philippe a déclaré : “C’est difficile de répondre à une question compliquée par un seul mot. Au fond, ce que j’ai voulu dire, c’est qu’il y avait eu beaucoup de crimes pendant la colonisation, des crimes abominables, à Sétif, à Madagascar, je les connais, je le sais, mais de dire par un mot que la colonisation par elle-même était un crime, c’était passer à côté d’un certain nombre de choses.” Il a développé cette idée par une comparaison : “Si je vous demande si la guerre est un crime, vous pourriez me dire que la guerre, il y a énormément de crimes qui sont commis pendant. Mais est-ce qu’en soi la guerre est un crime ?” Pour l’ancien chef du gouvernement, qualifier la colonisation de crime reviendrait à désigner comme criminels tous ceux qui ont pris part à cet épisode aux XVIIIe et XIXe siècles, “ce qui me parait inexact”, a-t-il conclu.
C’est précisément sur ce point que la réaction institutionnelle a été la plus ferme.
Le PLR, Pour La Réunion, a publié un communiqué officiel de condamnation : “Pour le PLR, ces propos sont inacceptables. La reconnaissance des crimes commis au nom de la colonisation et de la violence intrinsèque au système colonial n’est ni de la repentance ni une réécriture de l’Histoire. C’est une exigence de vérité. Une exigence de mémoire. Et, pour tous les peuples qui portent encore les traces de cette histoire, une exigence de justice.”
Le lendemain, 26 août 2026, le député Philippe Naillet a pris position par écrit. Sa déclaration repose sur la dimension structurelle, et non anecdotique, de l’histoire coloniale à La Réunion : “À La Réunion, la colonisation ne se résume pas à des épisodes isolés ou à des excès malheureux. Elle a structuré durablement le destin de notre île. Pendant des siècles, l’esclavage en a été le fondement, réduisant des générations d’êtres humains à la condition de biens meubles, avant que l’engagisme ne perpétue, sous d’autres formes, des rapports de domination économique et sociale.” Le député a ajouté : “La République ne se construit pas en éludant les pages les plus douloureuses de son histoire. L’opinion d’Edouard Philippe est indigne d’un candidat qui se rêve chef de l’État.”
Par ailleurs, la publication Imaz Press soulève une question de responsabilité qui touche cette fois aux élus locaux ayant accueilli Philippe lors de sa visite. Ces représentants, informés des positions du candidat sur la colonisation, ont néanmoins choisi d’apparaître à ses côtés, lui accordant ainsi une visibilité auprès de leurs propres électeurs. Ce choix, dans un territoire directement concerné par l’héritage colonial, interroge le positionnement de ces mandataires au regard des attentes de leurs mandants.
L’enjeu que posent les réactions institutionnelles n’est pas d’ordre rhétorique. Pour les élus et les organisations qui ont répondu, il touche à une question de fond sur l’exercice du pouvoir exécutif : comment un candidat à la fonction suprême de l’État conçoit-il la responsabilité de la République envers les territoires dont l’histoire a été façonnée par la domination coloniale, et envers les populations qui en portent encore les conséquences structurelles ? La question, posée à La Réunion le 25 août 2026, n’a pas encore obtenu de réponse institutionnelle de la part du candidat lui-même.
Questions-réponses
Quelle position Édouard Philippe a-t-il réaffirmée le 25 août 2026 sur Antenne Réunion ?
Il a réaffirmé que la colonisation n'est pas, selon lui, un crime, maintenant ainsi une position déjà exprimée en décembre 2025 face au journaliste Jean-Michel Aphatie.
Quelle réponse institutionnelle le PLR a-t-il apportée aux déclarations du candidat ?
Le PLR, Pour La Réunion, a publié un communiqué officiel de condamnation, affirmant que la reconnaissance des crimes coloniaux est une exigence de vérité, de mémoire et de justice, et non un acte de repentance.
Sur quel fondement le député Philippe Naillet a-t-il fondé sa prise de position écrite ?
Il a fondé sa déclaration sur la dimension structurelle de l'histoire coloniale à La Réunion, rappelant que l'esclavage puis l'engagisme ont durablement structuré le destin de l'île, et jugeant l'opinion du candidat indigne d'un prétendant à la fonction de chef de l'État.
Quelle question de responsabilité Imaz Press soulève-t-elle concernant les élus locaux ?
Imaz Press interroge le positionnement des élus locaux qui, informés des positions du candidat sur la colonisation, ont néanmoins choisi d'apparaître à ses côtés, lui accordant une visibilité auprès de leurs propres électeurs dans un territoire directement concerné par l'héritage colonial.