Conservatoire du littoral : l'écopastoralisme au cœur d'un mandat de préservation à La Réu

Conservatoire du littoral : l'écopastoralisme au cœur d'un mandat de préservation à La Réu

Un établissement public mise sur l'écopastoralisme pour préserver 280 hectares de savane réunionnaise.

Le Conservatoire du littoral, établissement public propriétaire et gestionnaire de 280 hectares de savane au Cap Lahoussaye, sur la côte ouest de La Réunion, a fait de la préservation écologique et paysagère un mandat central de son action. Face à une urbanisation croissante et à une sécheresse accentuée observée sur le territoire réunionnais depuis trois ans, l’établissement a opté pour l’écopastoralisme comme levier de politique publique. Un appel à projet destiné à développer cette pratique au Cap Lahoussaye, avec des éleveurs de bovins et d’équins, devrait être lancé dans les prochains mois.

Ce cadre institutionnel donne également sa légitimité au projet Nouv’Afer, porté par l’Armeflhor en partenariat avec l’Institut de l’élevage et l’association réunionnaise de pastoralisme. Le dispositif vise à réduire la dépendance de l’île aux importations fourragères et aux pesticides, tout en consolidant l’autonomie agricole locale. Fanny Carrassoumet, ingénieure agronome et chargée de projet Nouv’Afer, en décrit les contours opérationnels: “On a fait 13 collectifs d’éleveurs et on fait des animations auprès d’eux sur l’autonomie fourragère, c’est-à-dire, comment fertiliser ses prairies, comment gérer ses pâturages, comment introduire des légumineuses locales pour ne pas dépendre des imports et des pesticides.” Elle en souligne aussi la portée économique et sociale: “Si on produit localement, on n’aura plus ce coût carbone, et ça a aussi un sens économique et social.”

La toile de fond internationale renforce l’urgence de ces engagements publics. La COP 17, consacrée à la désertification, à la sécheresse et à la dégradation des sols, se poursuit en Mongolie, offrant une tribune mondiale aux pratiques protectrices des écosystèmes. C’est dans ce contexte que l’écopastoralisme, défini au Sommet de l’élevage comme “une méthode d’agriculture durable qui utilise les animaux, principalement des herbivores comme les moutons, chèvres, chevaux et vaches, pour gérer et entretenir les espaces naturels, tout en respectant la biodiversité et les écosystèmes existants”, revient au premier plan des politiques de gestion territoriale. Plus de 10 000 pratiques de ce type existent à travers le monde; 60 000 exploitations en France y recourent encore.

Au Cap Lahoussaye, c’est Boris Astourne, éleveur, maraîcher bio et membre fondateur de l’association Zanbrovat Dann Karodbwa, qui incarne la mise en oeuvre concrète de ce cadre réglementaire et institutionnel. Reconverti en 2015 après une carrière dans l’aménagement et le développement, il pratique l’écopastoralisme sur ce territoire depuis 2018. Chaque jour, il conduit un troupeau de 200 chèvres et boucs brouter dans la savane, couvrant une trentaine de kilomètres sur des centaines d’hectares. Le résultat économique est mesurable: seulement 2 000 euros par an en fourrage, grâce au pâturage sur les espèces locales disponibles.

Sur le plan environnemental, les bénéfices documentés sont multiples. Fanny Carrassoumet en précise les mécanismes: “Cela permet de fertiliser naturellement les espaces, sans pétrole. Les animaux piétinent, donc ça permet de décompacter le sol, donc une meilleure infiltration de l’eau, puis de manger les espèces exotiques envahissantes qui prennent toute la place et nuisent à la biodiversité en dessous, et ça préserve la couverture des sols.” Boris Astourne confirme ce diagnostic sur le terrain: les animaux contribuent aussi à rouvrir des sentiers ancestraux, à lutter contre les incendies et à contenir la prolifération des rats, qui se nourrissent eux-mêmes d’espèces exotiques envahissantes.

L’ingénieure agronome étaye la pertinence de cette politique par des données comparatives. Une étude portant sur une prairie laissée à l’abandon et une prairie pâturée régulièrement montre que la diversité biologique est supérieure là où les animaux interviennent, leur présence créant une compétition entre espèces et favorisant l’émergence de nouvelles pousses.

Fanny Carrassoumet regrette que le pastoralisme ait été poussé à disparaître dans de nombreux pays. Elle appelle à soutenir cette filière par des engagements financiers des pouvoirs publics, condition qu’elle juge indispensable à la pérennité d’un modèle à la fois rentable pour les éleveurs et bénéfique pour les territoires. Le futur appel à projet du Conservatoire du littoral au Cap Lahoussaye constituera un premier test concret de la volonté institutionnelle de tenir cet engagement, et de la capacité des dispositifs publics existants à traduire leurs mandats en financements durables.

Questions-réponses

Quel est le mandat du Conservatoire du littoral au Cap Lahoussaye et quelle politique publique a-t-il retenue pour y répondre?

Le Conservatoire du littoral, établissement public propriétaire et gestionnaire de 280 hectares de savane au Cap Lahoussaye, a fait de la préservation écologique et paysagère un mandat central. Face à l'urbanisation croissante et à une sécheresse accentuée depuis trois ans, il a opté pour l'écopastoralisme comme levier de politique publique, avec un appel à projet prévu dans les prochains mois.

Quel dispositif institutionnel accompagne l'écopastoralisme à La Réunion et quels partenaires y participent?

Le projet Nouv'Afer, porté par l'Armeflhor en partenariat avec l'Institut de l'élevage et l'association réunionnaise de pastoralisme, vise à réduire la dépendance de l'île aux importations fourragères et aux pesticides. Il s'appuie sur 13 collectifs d'éleveurs et propose des formations sur l'autonomie fourragère, la gestion des pâturages et l'introduction de légumineuses locales.

Quelles conditions Fanny Carrassoumet juge-t-elle indispensables à la pérennité de l'écopastoralisme?

L'ingénieure agronome et chargée de projet Nouv'Afer estime que des engagements financiers des pouvoirs publics sont indispensables pour assurer la pérennité d'un modèle à la fois rentable pour les éleveurs et bénéfique pour les territoires. Elle regrette que le pastoralisme ait été poussé à disparaître dans de nombreux pays et appelle à soutenir cette filière.

Quel contexte international renforce l'urgence des politiques publiques liées à l'écopastoralisme?

La COP 17, consacrée à la désertification, à la sécheresse et à la dégradation des sols, se tient en Mongolie et offre une tribune mondiale aux pratiques protectrices des écosystèmes. Ce cadre international replace l'écopastoralisme au premier plan des politiques de gestion territoriale, une méthode déjà présente dans plus de 10 000 pratiques à travers le monde et dans 60 000 exploitations en France.