Réunion : les autorités sanitaires mobilisées contre la surmortalité cardiovasculaire
Face à une surmortalité cardiovasculaire documentée, les pouvoirs publics réunionnais déploient un programme préventif structuré.
Le Mois du Kèr à La Réunion : les autorités sanitaires déploient une réponse institutionnelle face à une surmortalité cardiovasculaire structurelle
Les maladies cardiovasculaires constituent la première cause de mortalité à La Réunion. Ce constat épidémiologique, documenté par les services de santé publique, a conduit les autorités sanitaires à structurer, pour l’ensemble du mois de septembre, un dispositif public de grande ampleur baptisé Mois du Kèr, mobilisant plus d’une centaine d’actions de proximité sur l’ensemble de l’île. La réponse institutionnelle est directement calibrée sur l’ampleur des indicateurs.
C’est le CHU Nord qui incarne la dimension institutionnelle de cette mobilisation. Marie-Lucie Jean-Jacques, infirmière référente au service de cardiologie de l’établissement, a posé les termes épidémiologiques du problème sans ambiguïté : “La Réunion est le département français le plus touché par les maladies cardio neurovasculaires, c’est la première cause de mortalité. On a 1,5 fois plus d’hospitalisations pour les maladies coronaires, 1,6 fois plus d’hospitalisations pour les AVC à La Réunion, comparé à l’Hexagone.” Le département enregistre également 30 % d’AVC supplémentaires par rapport à la métropole. Ce sont précisément ces données qui ont justifié l’intervention coordonnée des pouvoirs publics et des professionnels de santé sous la forme d’un programme mensuel structuré.
Le dispositif opérationnel est ancré à Saint-Denis. Les cardiologues quitteront leurs établissements pour se rendre directement dans les quartiers : le 14 septembre à la léproserie de Saint-Bernard à la Montagne, puis le 23 septembre à la salle polyvalente de Saint-François, afin de proposer des consultations de proximité. Cette orientation délibérée, aller vers la population plutôt qu’attendre qu’elle consulte, traduit un choix de politique préventive assumé par les responsables sanitaires. Marie-Lucie Jean-Jacques l’a formulé sans détour : “Soigner, c’est bien, mais pour éviter l’apparition de toutes ces maladies cardiovasculaires il faut aussi prévenir et prévenir ça passe par des gestes de la vie quotidienne donc on va au plus près de la population pour passer des messages simples en dehors de nos blouses blanches.”
Plusieurs mécanismes d’accès élargi sont intégrés à cette édition. Les pharmacies mettront gratuitement à la disposition de la population des appareils de mesure de la pression artérielle, favorisant ainsi l’autosurveillance et le repérage précoce de l’hypertension. Des espaces d’échange désignés sous le nom de “Ron Kozé” seront installés dans les quartiers pour permettre un dialogue direct entre habitants et professionnels de santé sur les facteurs de risque cardiovasculaire. Les locaux de Muta Santé proposeront également des dépistages gratuits, dont une journée consacrée à la santé de la femme, fixée au 16 septembre.
Le volet éducatif, confié à des opérateurs mandatés, est opérationnel dès l’ouverture du programme. Le samedi 5 septembre, un premier atelier de cuisine se tient à l’Office municipal des sports à Champ-Fleuri, organisé par l’Équipe Diet, dont la présidente est Magali Tarnus, diététicienne nutritionniste. Ces ateliers, gratuits et ouverts à tous à partir de 8 ans, s’appuient sur des produits locaux tout en intégrant des recommandations nutritionnelles précises. Magali Tarnus a détaillé les consignes transmises aux participants : “Pour votre cari privilégiez plutôt l’huile d’olive et l’huile de colza, de même pour l’assaisonnement. Pour la friture c’est plutôt l’huile de tournesol. Pour améliorer la santé de son cœur, on peut ajouter des oméga 3, il y en a dans les graines de chia, les sardines, les harengs et l’huile de noix par exemple.”
Le programme se clôt le 29 septembre, date coïncidant avec la Journée mondiale du coeur. Cette dernière journée accueillera une conférence grand public consacrée au thème “Les tisanes péi et la santé cardiovasculaire”, organisée à partir de 19h00 au siège social du Crédit Agricole La Réunion-Mayotte. L’événement, sur inscription, réunira des tisaniers péi et des experts du sujet autour des pratiques liées aux plantes médicinales réunionnaises. (C’est la première fois que cette thématique culturelle locale est intégrée au programme officiel de clôture.)
La cohérence du dispositif repose sur une ligne directrice affirmée par les responsables sanitaires : la prévention, dans ses dimensions nutritionnelle, médicale et communautaire, constitue le levier prioritaire face à une charge de morbidité que le seul traitement curatif ne suffit pas à réduire. La question qui demeurera ouverte au terme du mois de septembre est celle de la pérennisation de ces mécanismes d’accès et de dépistage au-delà du cadre temporaire d’une campagne annuelle.
Questions-réponses
Quels indicateurs épidémiologiques ont justifié l'intervention coordonnée des pouvoirs publics à La Réunion ?
La Réunion enregistre 1,5 fois plus d'hospitalisations pour les maladies coronaires, 1,6 fois plus d'hospitalisations pour les AVC, et 30 % d'AVC supplémentaires par rapport à la métropole. Les maladies cardiovasculaires constituent la première cause de mortalité dans le département.
Quel établissement public incarne la dimension institutionnelle du Mois du Kèr, et quelle forme prend son action de terrain ?
Le CHU Nord incarne cette dimension institutionnelle. Ses cardiologues se rendront directement dans les quartiers pour des consultations de proximité : le 14 septembre à la léproserie de Saint-Bernard à la Montagne, puis le 23 septembre à la salle polyvalente de Saint-François.
Quels mécanismes d'accès élargi au dépistage les autorités sanitaires ont-elles intégrés au dispositif ?
Les pharmacies mettront gratuitement à disposition des appareils de mesure de la pression artérielle. Des espaces 'Ron Kozé' permettront un dialogue direct entre habitants et professionnels de santé. Les locaux de Muta Santé proposeront des dépistages gratuits, dont une journée consacrée à la santé de la femme le 16 septembre.
Quelle interrogation de gouvernance demeure ouverte à l'issue du programme ?
La question de la pérennisation des mécanismes d'accès et de dépistage au-delà du cadre temporaire d'une campagne annuelle reste posée : les responsables sanitaires n'ont pas encore tranché sur la continuité de ces dispositifs après la fin du mois de septembre.