Réglementation insuffisante : Moustache, la baleine de La Réunion, contrainte d’adopter un comportement défensif face aux excursionnistes
Le Centre d’étude et de découverte des tortues marines (CEDTM), institution chargée d’observer les cétacés fréquentant les eaux réunionnaises, tire la sonnette d’alarme : l’absence d’un cadre législatif adapté expose désormais aussi bien les nageurs que les baleines à des risques croissants. Le cas de Moustache, une baleine devenue emblématique de l’île, illustre concrètement les lacunes actuelles en matière de régulation des activités touristiques en mer.
Moustache doit son surnom aux habitants de La Réunion, qui l’identifient à sa nageoire caudale et à ses bulbes blancs caractéristiques. Elle a fait son apparition dans les eaux réunionnaises en juin 2024, au début de la saison des baleines, une période durant laquelle 1 156 individus avaient été dénombrés au large des côtes de l’île au cours de l’année précédente. Dès son arrivée, l’animal a suscité un engouement immédiat parmi les habitants et les touristes, s’approchant initialement des plages avec une apparente curiosité.
C’est précisément cet engouement que le CEDTM documente avec une inquiétude croissante. Charline Fisseau, membre du centre, a indiqué au média Ouest-France que Moustache pouvait être sollicitée jusqu’à 30 ou 40 fois par jour. Confronté à une telle pression, l’animal a progressivement modifié son comportement : cisaillements de la nageoire pectorale, coups de sabre, charges répétées et postures d’intimidation. Ces manifestations, précise le CEDTM, sont typiques d’un cétacé réagissant face à un prédateur perçu. Elles signalent que Moustache se sent sursollicitée et cherche à repousser les intrus.
La question de la gouvernance est ici centrale. Depuis quelques années, le secteur des excursions en mer s’est considérablement développé à La Réunion, avec pas moins de 80 compagnies actives selon La1ere de francetvinfo. Ces opérateurs délivrent à bord de leurs embarcations des consignes visant à limiter les perturbations des animaux, mais le cadre réglementaire actuel ne leur permet pas de contrôler efficacement ce qui se déroule une fois les passagers mis à l’eau, les mises à l’eau étant légalement autorisées à La Réunion.
C’est précisément cette brèche normative que le CEDTM appelle les pouvoirs publics à combler. L’institution souligne qu’une législation adaptée s’impose pour protéger les animaux avant qu’ils ne soient contraints de se défendre eux-mêmes en modifiant durablement leur comportement. La multiplication des comportements agressifs de Moustache constitue, selon cette lecture, un signal d’alerte sur la défaillance des mécanismes d’encadrement existants.
La responsabilité des décideurs est engagée à plusieurs niveaux : celui des autorités habilitées à réglementer les activités nautiques autour des espèces protégées, et celui des opérateurs soumis à une obligation de ne pas nuire aux cétacés. Si nager avec les baleines a toujours comporté une part de risque, les comportements observés indiquent que cette réalité n’est plus suffisamment intégrée par les usagers. Ce constat interroge directement l’efficacité des dispositifs d’information et de surveillance actuellement en vigueur.
Le cas Moustache, documenté et relayé par le CEDTM depuis l’été 2024, s’impose comme un test concret pour les institutions compétentes. Leur capacité à traduire des alertes scientifiques en obligations réglementaires opposables sera déterminante, non seulement pour la protection des cétacés dans les eaux de La Réunion, mais aussi pour la sécurité des touristes qui les fréquentent. La saison des baleines reviendra. La question est de savoir si un cadre juridique aura, entre-temps, été mis en place.