Madagascar : la TVM sous tutelle militaire, vecteur d'un rapprochement officiel avec Mosco
Océanie

Madagascar : la TVM sous tutelle militaire, vecteur d'un rapprochement officiel avec Mosco

La chaîne publique malgache mobilisée au service d'un rapprochement avec Moscou sans mandat légitime.

Russamada TV et le colonel Randrianirina : quand la TVM devient un instrument de réalignement géopolitique

La Télévision nationale malgache, la TVM, opère sous l’autorité du colonel Michael Randrianirina, chef du pouvoir de transition. C’est dans ce cadre institutionnel que s’inscrit le lancement de Russamada TV, une émission hebdomadaire consacrée aux relations entre Madagascar et la Russie, à la coopération bilatérale, à la culture et à l’histoire russes. La décision d’affecter le signal d’une chaîne d’État à la promotion d’une langue étrangère soulève des questions de fond : quel mandat un régime intérimaire détient-il pour engager la nation sur le long terme en matière de politique étrangère ? Qui a décidé, et au nom de quels engagements ?

Officiellement, l’initiative est présentée comme un geste de coopération culturelle. Plusieurs sources interrogées dans le cadre d’une enquête menée par Mondafrique y lisent, elles, un signal de loyauté envers Moscou, destiné à consolider l’alliance entre le chef de l’État et ses soutiens russes. Derrière cette lecture, les observateurs identifient un réseau russophile structuré autour de Siteny Andrianasoloniaiko, décrit comme le numéro deux officieux de la transition. Ce cercle, de plus en plus influent au sein de l’appareil décisionnel, pousserait le régime à multiplier les gestes favorables à Moscou dans l’espoir d’obtenir soutien politique, financements et protection.

La légitimité institutionnelle du régime à prendre de telles décisions est directement mise en cause.

Ramongo, descendant de dignitaires de la première République, refuse de qualifier l’introduction du russe sur la TVM d’acte culturel. Pour lui, il s’agit d’un signal politique qui trahit les aspirations souverainistes exprimées lors des événements de septembre 2025. Il évoque une possible mise sous vassalité et redoute que le pays ne connaisse un nouveau calvaire pire que dans les régimes précédents. La critique est structurelle : un gouvernement de transition, selon ce raisonnement, n’a pas le mandat d’orienter durablement la politique étrangère d’une nation.

Sur le plan de la gouvernance économique, les opérateurs interrogés jugent la coopération avec Moscou dépourvue de substance réelle. Johan Patrick, administrateur d’ONG actif dans les régions de l’Itasy et du Bongolava, rappelle que la Russie n’a jamais joué un rôle significatif dans le développement du continent africain. Les échanges économiques restent dérisoires, et les sanctions internationales en vigueur compliquent toute relation commerciale. Patrick décrit un modèle africain de l’influence russe limité à l’extraction minière, au financement de mercenaires, au troc d’armes contre ressources naturelles et à l’installation d’une dépendance systématique à Moscou. Il cite la Centrafrique, le Mali, le Niger et le Burkina Faso, où peu d’entreprises russes opèrent, où aucune infrastructure notable n’a été construite, mais où l’exploitation des ressources minières est massive. Il redoute que Madagascar ne devienne la prochaine plateforme d’extraction, sous couvert d’un soutien politique au colonel Randrianirina.

Des acteurs institutionnels et professionnels contestent, par ailleurs, la valeur stratégique de la langue russe dans le contexte malgache. L’énarque Soloaridama conteste fermement l’utilité d’une telle initiative pour la population. Le russe n’est ni une langue universelle comparable à l’anglais, ni une langue stratégique au sens de l’espagnol ou du chinois. Il soupçonne le pouvoir de transition de chercher à satisfaire une minorité de fidèles russophiles présents dans l’administration civile et militaire, tout en préparant un basculement géopolitique vers Moscou, isolant progressivement Madagascar de ses partenaires traditionnels que sont la France, l’Union européenne et les États-Unis. Jean Edmond, responsable des ressources humaines au sein d’un cabinet de recrutement, abonde dans ce sens en rappelant que les diplômes obtenus en Russie ont historiquement été peu valorisés par les recruteurs locaux, ce qui expliquerait en partie le faible engouement des jeunes Malgaches pour une langue perçue comme menant à une impasse professionnelle.

La dimension sécuritaire constitue l’un des axes les plus préoccupants identifiés par l’enquête. La spécialiste en migration de travail connue sous le nom de Madame Hanta alerte sur un risque d’enrôlement militaire dissimulé. Elle décrit un système mis en place par la Russie qui exploite les demandeurs d’emploi et les étudiants africains en les attirant via des promesses d’emplois civils, d’opportunités sportives, de programmes d’étude ou de permis de séjour, avant de les contraindre, une fois sur place, à signer des contrats militaires rédigés en russe. Dans un pays confronté à une grande pauvreté, ce mécanisme prend une résonance particulière, et pose la question de la responsabilité des autorités de transition vis-à-vis de leurs propres ressortissants.

Par contraste avec les cercles proches du pouvoir, une majorité de voix exprime une méfiance marquée par les souvenirs de la deuxième République de Ratsiraka, entre 1975 et 1991, période associée à une bureaucratie paralysante et à la prédation des ressources nationales. Ce que beaucoup formulent désormais, c’est moins une préférence pour l’Occident qu’un refus de toute nouvelle tutelle étrangère et une exigence de transparence : les décisions engageant l’avenir du pays doivent être prises par des institutions disposant d’un mandat légitime pour le faire. La question ouverte, pour les observateurs de la gouvernance malgache, est de savoir si un tel mandat sera soumis à un quelconque mécanisme de contrôle avant que les engagements pris ne deviennent irréversibles.

Questions-réponses

Qui détient l'autorité sur la TVM et dans quel cadre institutionnel Russamada TV a-t-elle été lancée ?

La TVM opère sous l'autorité du colonel Michael Randrianirina, chef du pouvoir de transition. C'est dans ce cadre institutionnel qu'a été lancée Russamada TV, une émission hebdomadaire consacrée aux relations entre Madagascar et la Russie.

Quelle est la principale critique de gouvernance soulevée par l'initiative Russamada TV ?

Les observateurs contestent qu'un gouvernement de transition dispose du mandat nécessaire pour orienter durablement la politique étrangère d'une nation. La décision d'affecter le signal d'une chaîne d'État à la promotion d'une langue étrangère soulève des questions sur qui a décidé et au nom de quels engagements.

Quel rôle joue Siteny Andrianasoloniaiko dans l'appareil décisionnel de la transition selon l'enquête de Mondafrique ?

Siteny Andrianasoloniaiko est décrit comme le numéro deux officieux de la transition, figure centrale d'un réseau russophile structuré et de plus en plus influent au sein de l'appareil décisionnel, qui pousserait le régime à multiplier les gestes favorables à Moscou.

Quels risques sécuritaires et économiques sont identifiés dans l'enquête concernant le rapprochement avec la Russie ?

Madame Hanta alerte sur un système d'enrôlement militaire dissimulé ciblant des demandeurs d'emploi et étudiants africains. Johan Patrick décrit un modèle russe en Afrique limité à l'extraction minière, au financement de mercenaires et au troc d'armes contre ressources naturelles, citant la Centrafrique, le Mali, le Niger et le Burkina Faso comme exemples.