Bello interpelle le ministre Geffray sur un poste universitaire vacant dédié à l'histoire
Un poste académique vacant depuis des années relance le débat sur les responsabilités ministérielles et universitaires.
Poste vacant, ministère interpellé : Bello exige des comptes sur l’histoire de l’esclavage à l’université
Le 15 juillet, la présidente de la Région Réunion, Huguette Bello, a saisi formellement le ministre de l’Education nationale, Edouard Geffray, pour exiger la réattribution d’un poste de maître de conférences associé spécialisé en histoire des traites négrières, des esclavages et des engagismes. Ce poste, rattaché à l’Université de La Réunion, est sans titulaire depuis plusieurs années. La démarche place la responsabilité ministérielle au premier rang du débat.
Dans sa lettre, Bello interpelle Geffray directement sur “la place accordée à l’histoire des traites négrières, des esclavages et des engagismes dans les formations universitaires et dans la recherche en histoire à La Réunion.” Elle ne ménage pas les pouvoirs publics compétents : “Il est évident qu’il nous faut des enseignants-chercheurs en Histoire. L’Education nationale doit transmettre pour durer. Qui peut admettre lorsqu’on a plus de 21 000 étudiants, que le ministère ne nous dote pas de chercheurs ?”
Ce vide institutionnel remonte à 2014, année de la disparition en mer du professeur Sudel Fuma, figure pionnière des travaux sur l’esclavage dans l’océan Indien. Une procédure de nomination avait été engagée en juin 2016 : Virginie Chaillou-Atrous fut désignée pour succéder à Fuma au poste de maître de conférences en “Histoire de l’esclavage”. Le tribunal administratif de Saint-Denis annula cette nomination, au terme de vives polémiques portant sur le fait que l’enseignante n’était pas Réunionnaise. Depuis cet épisode, aucun successeur n’a été nommé. Le départ à la retraite du professeur Prosper Eve est venu aggraver la situation. Bello souligne, dans sa lettre, que l’Université de La Réunion “ne dispose plus, semble-t-il, d’enseignant-chercheur titulaire spécialisé dans l’histoire de l’esclavage, de l’engagisme et des sociétés du sud-ouest de l’océan Indien.”
La décision du tribunal administratif en 2016 est un rappel qui compte. Elle a démontré que les modalités de nomination à ce type de poste engagent des responsabilités juridiques et politiques que ni l’établissement ni l’Etat ne peuvent traiter comme une simple formalité administrative. Le cadre réglementaire encadrant l’attribution du poste, les conditions imposées aux candidats, ainsi que la répartition des compétences entre le ministère et l’université demeurent au coeur des interrogations actuelles.
Des voix académiques rejoignent la critique institutionnelle. L’historien Raoul Lucas juge la situation “inadmissible” et impute une part de responsabilité à l’ancienne gouvernance de l’Université elle-même : “Il y a une dizaine d’années, l’intérêt des étudiants n’était pas celui de l’équipe de l’Université. Il n’y avait pas de politique de recherche, ni de véritable plan d’action, ni de programme de recherche réellement évoqué.” Lucas appelle à la définition d’un projet scientifique préalable à toute nomination, posant ainsi la question de la méthode autant que celle du poste lui-même.
Par contraste, le géographe Mario Serviable partage le diagnostic institutionnel tout en nuançant ses effets concrets : “Cette conséquence est d’abord symbolique. Nous n’avons pas la tête de pont pour que le savoir soit le mieux transmis possible aux étudiants. Mais il y a d’autres lieux et on peut aussi compter sur l’éducation populaire, grâce notamment aux associations.” Il reconnaît toutefois que l’Université fait face à “une difficulté administrative”, sans pour autant conclure que l’enseignement de l’histoire réunionnaise en est définitivement compromis.
La réponse d’Edouard Geffray à la lettre de la présidente de Région n’a pas encore été rendue publique. L’Université de La Réunion, de son côté, n’avait pas donné suite aux sollicitations des journalistes au moment de la publication de cet article (un silence institutionnel qui, en lui-même, mérite d’être relevé). La balle est dans le camp du ministre. La question qui reste ouverte est celle-ci : le ministère définira-t-il, cette fois, un cadre de nomination juridiquement solide, ou laissera-t-il le poste vacant une décennie de plus ?
Questions-réponses
Qui a saisi le ministre de l'Education nationale et pour quelle raison ?
La présidente de la Région Réunion, Huguette Bello, a saisi formellement le ministre Edouard Geffray le 15 juillet pour exiger la réattribution d'un poste de maître de conférences associé spécialisé en histoire des traites négrières, des esclavages et des engagismes, vacant à l'Université de La Réunion depuis plusieurs années.
Pourquoi la nomination de 2016 a-t-elle échoué et quelles en sont les conséquences réglementaires ?
Le tribunal administratif de Saint-Denis a annulé la nomination de Virginie Chaillou-Atrous, désignée en juin 2016 pour succéder au professeur Sudel Fuma, au terme de polémiques sur le fait qu'elle n'était pas Réunionnaise. Cet épisode a mis en lumière les responsabilités juridiques et politiques liées aux modalités de nomination, et aucun successeur n'a été nommé depuis.
Quelle est la position de l'Université de La Réunion face à cette situation ?
L'Université de La Réunion n'avait pas donné suite aux sollicitations des journalistes au moment de la publication de l'article. Selon Huguette Bello, l'établissement ne dispose plus d'enseignant-chercheur titulaire spécialisé dans l'histoire de l'esclavage, de l'engagisme et des sociétés du sud-ouest de l'océan Indien.
Quelles critiques les voix académiques adressent-elles aux institutions responsables ?
L'historien Raoul Lucas juge la situation inadmissible et impute une part de responsabilité à l'ancienne gouvernance de l'Université, dénonçant l'absence de politique de recherche et de programme scientifique. Il appelle à définir un projet scientifique préalable à toute nomination. Le géographe Mario Serviable reconnaît une difficulté administrative tout en estimant que les conséquences restent d'abord symboliques.