Nouvelle Constitution malgache : consultations bloquées, la société civile prend les rênes
Océanie

Nouvelle Constitution malgache : consultations bloquées, la société civile prend les rênes

Le processus constitutionnel malgache pâtit d'un vide de coordination institutionnelle, forçant la société civile à s'organiser seule.

Le Conseil oecuménique des Églises chrétiennes, officiellement chargé de piloter la concertation nationale en vue de la Ve République malgache, n’a toujours pas fixé de cadre opérationnel. Reporté à trois reprises, le processus reste sans calendrier précis ni modalités définies, alors que la rédaction d’une nouvelle Constitution doit aboutir à un référendum prévu en juin 2027.

Face à cette absence de coordination institutionnelle, plusieurs organisations de la société civile ont choisi d’agir sans attendre. Plutôt que de se présenter sans préparation au moment où le dialogue officiel s’ouvrira, elles structurent leurs propres consultations citoyennes à l’échelle nationale. Ce mouvement soulève une question directe sur la gouvernance du processus constitutionnel: qui est responsable d’organiser et de cadrer la participation des acteurs concernés, et comment les autorités mandatées entendent-elles intégrer ce travail préparatoire décentralisé?

Le Conseil national des femmes de Madagascar illustre concrètement cette dynamique. L’organisation a réuni pendant deux jours une cinquantaine de femmes à Antananarivo, issues de la société civile, de partis politiques, de la génération Z et de l’administration publique. L’objectif: formuler des recommandations structurées en amont de la concertation nationale, afin de ne pas arriver sans propositions abouties lorsque le processus officiel sera lancé.

Estelle Andriamasy, présidente du Conseil national des femmes de Madagascar, a exposé sans ambiguïté la logique de ces ateliers. “Notre objectif est d’avoir des recommandations bien réfléchies pour ne pas être prises au dépourvu. C’est une préparation à notre participation à la concertation nationale. Ainsi, quand la concertation arrivera, on aura déjà des propositions. On parlera à haute voix de nos aspirations et de nos recommandations”, a-t-elle déclaré.

Deux thématiques de gouvernance ont dominé les échanges, dont les conclusions sont consignées sur de grandes feuilles de papier. La première concerne la réforme du système foncier. Hélène Razafindrasoa, présidente de la Fédération des femmes paysannes de Madagascar, a pointé un problème structurel affectant directement les populations rurales. “Le principal souci dans le monde rural, c’est l’insécurité foncière. L’accès aux terrains pour les jeunes et les femmes est difficile car les procédures sont longues et complexes et beaucoup ne savent ni lire ni écrire. Il faudrait faciliter ces procédures”, a-t-elle expliqué.

La seconde thématique touche à la représentation politique des femmes dans le futur dispositif électoral. Eléonore Johasy, ancienne ministre et coordinatrice du parti politique Tsara Tahafina, a défendu une position précise. “Je soutiens l’idée qu’il faudrait une discrimination positive en faveur des femmes dans le futur dispositif électoral. Pour que les femmes soient davantage représentées dans les diverses institutions et qu’elles puissent donner le ton de ce que serait la nouvelle organisation sociétale malgache”, a-t-elle précisé.

Ce n’est pas là un cas isolé. D’autres organisations de la société civile mènent des consultations similaires à travers tout le territoire malgache, témoignant d’une demande de participation qui ne trouve pas encore de réponse formelle dans le cadre officiel. La multiplication de ces initiatives décentralisées signale un vide de coordination que le Conseil oecuménique des Églises chrétiennes, en tant qu’organe mandaté, n’a pas encore comblé.

La question de conformité au calendrier constitutionnel reste ouverte. Le respect de l’échéance référendaire de juin 2027 et la crédibilité inclusive du processus dépendront, en partie, de la capacité des institutions mandatées à intégrer ce travail préparatoire dans un cadre de concertation structuré et reconnu. Pour l’heure, aucune institution compétente n’a précisé comment ce travail préparatoire sera pris en compte une fois la concertation officiellement lancée.

Questions-réponses

Quel organe est officiellement chargé de piloter la concertation nationale pour la nouvelle Constitution malgache?

Le Conseil oecuménique des Églises chrétiennes est officiellement mandaté pour piloter la concertation nationale en vue de la Ve République malgache.

Pourquoi le processus constitutionnel est-il bloqué sur le plan institutionnel?

Le processus a été reporté à trois reprises et reste sans calendrier précis ni modalités définies, alors que le référendum est prévu en juin 2027.

Quelles thématiques de gouvernance ont été prioritaires lors des ateliers du Conseil national des femmes de Madagascar?

Deux thématiques ont dominé: la réforme du système foncier, notamment pour faciliter l'accès aux terres pour les femmes et les jeunes en milieu rural, et la représentation politique des femmes dans le futur dispositif électoral, avec une proposition de discrimination positive.

Comment les institutions mandatées prévoient-elles d'intégrer le travail préparatoire de la société civile?

Aucune institution compétente n'a précisé comment ce travail préparatoire sera pris en compte une fois la concertation officiellement lancée.