Enlèvements à Madagascar : l'Église catholique interpelle l'État sur sa responsabilité
Face à une vague d'enlèvements, les évêques malgaches exigent transparence et comptes des autorités.
La Conférence épiscopale de Madagascar a officiellement mis en cause les autorités de l’État à la mi-juillet, réclamant des enquêtes transparentes face à une multiplication sans précédent de disparitions et d’enlèvements. Ce positionnement institutionnel de l’Église intervient dans un contexte de déficit de confiance marqué envers les pouvoirs publics, que le clergé local décrit comme une psychose généralisée s’étendant à la capitale et à ses environs. C’est dans ce climat que le gouvernement malgache a annoncé la création d’une “task force” anti-kidnapping et décrété une journée de deuil national le vendredi 24 juillet, en hommage aux victimes décédées.
Les chiffres officiels exposent l’ampleur du défi sécuritaire. Depuis le début de l’année, les autorités malgaches ont recensé près de 200 cas de disparitions. Sur ce total, 175 personnes ont été retrouvées, 6 sont mortes et 19 demeurent introuvables. Onze suspects ont été placés en détention préventive dans le cadre des enquêtes en cours. Ces données, bien qu’éloquentes, n’ont pas suffi à dissiper le doute profond qui s’est installé entre la population et les institutions chargées d’assurer la sécurité publique.
La question de la responsabilité des décideurs est au coeur du message publié par les évêques. Le père Séraphin Rafanomezantsoa, secrétaire de coordination de la Conférence épiscopale, souligne que l’ampleur du phénomène est “vraiment inédite”. Il pointe une crise de confiance structurelle entre le gouvernement et les citoyens, notant que “les autorités évoquent une possible instrumentalisation, une stratégie visant à ternir l’image de stabilité du pays à l’international”, tandis que la population “réclame des résultats tangibles au-delà des annonces de crise”. Le prêtre observe que “malgré les arrestations sporadiques et les renforcements des patrouilles par les forces de l’ordre, l’opinion publique doute toujours que les véritables commanditaires soient réellement inquiétés”.
Reconnaissant les efforts déjà déployés par les autorités, la Conférence épiscopale les exhorte néanmoins à ce que “les actes puissent l’emporter sur les paroles”. Elle demande explicitement que “la vérité sur la cause réelle de cette horreur soit faite, afin qu’elle ne tombe pas dans l’oubli, comme c’est si souvent le cas”. Les évêques adressent leurs condoléances aux familles et expriment leur solidarité envers ceux qui ont perdu des proches dans ce qu’ils qualifient d‘“atrocité sans précédent”, insistant sur la situation des plus vulnérables qui n’ont personne vers qui se tourner.
Ce déficit de transparence institutionnelle est précisément ce que dénonce Mbolatiana Raveloarimisa, membre de la société civile et militante des droits des femmes. Interrogée par Vatican News, elle documente l’évolution du profil des victimes: si les enlèvements ciblaient initialement des enfants, adultes et personnes âgées sont désormais également touchés. Elle cite le meurtre de la petite Larissa, 11 ans, disparue en avril et retrouvée morte dans des toilettes publiques à Ambositra, un drame qui a profondément bouleversé la nation et exacerbé la défiance envers les institutions de sécurité publique. L’article de Vatican News est accessible à l’adresse https://www.vaticannews.va/fr/monde/news/2026-07/madagascar-enlevements-disparitions-enfants-jeunes.html.
Sur la question de la transparence, Raveloarimisa déplore que des corps soient retrouvés “ici et là, sans que des informations précises et fiables soient vraiment partagées par les autorités”. Cette opacité entretient un climat de méfiance qui génère des risques de justice populaire, menaçant des innocents. Elle en donne un exemple concret: une mère et son enfant autiste ont failli faire l’objet d’une intervention violente de la foule, dont les manifestations d’une crise avaient semé la panique, avant qu’un chauffeur de taxi-moto ne les tire d’affaire.
Le père Séraphin rappelle que l’Église ne peut se taire face à “la dignité de la vie humaine bafouée” et appelle à défendre la vie “coûte que coûte”. Les évêques invitent les citoyens à ne pas céder à la violence, signe que la crise de gouvernance produit des effets sur l’ordre public au-delà du seul bilan sécuritaire. Enfin, le secrétaire de coordination de la Conférence épiscopale signale que les répercussions économiques sont “extrêmement importantes”, les habitants craignant de quitter leurs domiciles et réduisant leurs déplacements.
La “task force” annoncée par le gouvernement sera soumise à une épreuve de résultats que les évêques ont posée en termes clairs: des actes vérifiables, une transparence sur les commanditaires, et un système judiciaire perçu comme capable d’aller jusqu’au bout des enquêtes. Reste à savoir si ces nouvelles structures de commandement répondront à ces exigences avant que la méfiance ne franchisse un nouveau seuil.
Questions-réponses
Quelle mesure institutionnelle le gouvernement malgache a-t-il annoncée en réponse à la crise des enlèvements?
Le gouvernement malgache a annoncé la création d'une "task force" anti-kidnapping et décrété une journée de deuil national le vendredi 24 juillet, en hommage aux victimes décédées.
Quelles sont les exigences formulées par la Conférence épiscopale à l'égard des autorités?
La Conférence épiscopale exige des actes vérifiables plutôt que des annonces, la transparence sur les causes réelles des enlèvements et l'identité des commanditaires, ainsi qu'un système judiciaire perçu comme capable de mener les enquêtes jusqu'à leur terme.
Quel bilan chiffré les autorités malgaches ont-elles publié concernant les disparitions depuis le début de l'année?
Les autorités ont recensé près de 200 cas de disparitions: 175 personnes ont été retrouvées, 6 sont mortes, 19 demeurent introuvables, et 11 suspects ont été placés en détention préventive.
Quels risques l'opacité des autorités fait-elle peser sur l'ordre public, selon la société civile?
Selon Mbolatiana Raveloarimisa, militante des droits des femmes, le manque d'informations précises et fiables partagées par les autorités entretient un climat de méfiance qui génère des risques de justice populaire, menaçant des innocents, comme l'illustre le cas d'une mère et de son enfant autiste qui ont failli être victimes d'une intervention violente de la foule.