Madagascar : 172 disparitions signalées en 2024, le gouvernement de transition sous pressi
Le gouvernement de transition malgache sous pression face à une crise sécuritaire qui dépasse ses capacités institutionnelles.
La Direction générale de la Police nationale de Madagascar a enregistré 172 plaintes pour disparition de personnes depuis le début de l’année, dont 119 concentrées dans la seule capitale, Antananarivo. Ces chiffres, cités par Madagascar Tribune, révèlent l’échelle d’une crise sécuritaire que le gouvernement de transition peine à contenir malgré des mesures d’urgence répétées.
La réponse institutionnelle s’est intensifiée ces dernières semaines. Des membres de la garde présidentielle et 400 éléments des forces de défense ont été déployés dans les rues d’Antananarivo, selon RFI. Un Centre opérationnel anti-enlèvement a par ailleurs été installé au Commissariat central de Tsaralalàna, avec pour mandat de centraliser les recherches, de coordonner l’action de la police et des forces de sécurité, et de démanteler les réseaux impliqués, selon L’Express de Madagascar. Ce dispositif marque une montée en puissance de la réponse étatique, mais témoigne aussi de l’incapacité des structures ordinaires à absorber seules l’ampleur du phénomène.
Le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison a adopté un ton martial pour qualifier la situation. “Nous sommes en guerre ! Les forces sont déployées et nous allons en finir avec cette situation”, a-t-il déclaré, selon RFI. Le colonel Michaël Randrianirina, président de la Refondation, l’organe de gouvernance issu du coup d’État d’octobre 2025, a pour sa part affirmé que les événements visaient à “perturber” et à “déstabiliser” le pays, et en particulier “la Refondation en cours”. Dès le 8 juillet, le président avait qualifié les faits de “terrorisme”, soutenant que des acteurs cherchaient à convaincre la communauté internationale que Madagascar était “un pays totalement instable”. Quelques jours plus tard, il avait directement défié les auteurs des enlèvements, les invitant à s’en prendre à lui “s’ils sont des hommes”, plutôt qu’aux enfants des Malgaches, selon Madagascar Tribune.
Cette lecture officielle est contestée. Les limites du mandat des autorités et les conditions d’exercice de leurs pouvoirs font l’objet d’un questionnement croissant. Ismaël Razafinarivo, directeur de publication d’une radio du pays, aurait été entendu le 9 juillet par la Section de recherches criminelles pour “diffusion de fausses nouvelles”, selon une publication Facebook de la radio Antsiva. Les enquêtes restent en cours.
Le mouvement citoyen Gen Z, actif depuis plusieurs semaines pour dénoncer la gestion gouvernementale des disparitions, exprime la crainte que les opérations de lutte contre la désinformation ne servent à réprimer la contestation. “On dirait que l’État part en guerre contre les contestataires”, ont confié des activistes à RFI. La tension entre l’exercice du pouvoir de transition et la protection des libertés fondamentales devient ainsi une question de gouvernance à part entière.
Sur le terrain, les nouvelles découvertes de corps alimentent l’urgence et renforcent la pression sur les institutions. Le corps de Ny Aina Liantsoa Andriamasinavalona, jeune homme de 22 ans disparu depuis le 15 juillet, a été retrouvé lundi 20 juillet à Ambohimanambola, selon la presse locale. Quelques jours plus tôt, un autre corps avait été découvert aux abords du parc botanique et zoologique de Tsimbazaza, au coeur de la capitale. Dans la nuit du 20 au 21 juillet, un nouvel appel à témoins était lancé pour retrouver une femme médecin connue sous le nom de Dr Hortense, portée disparue à Andranomafana, selon Madagascar Tribune. Les avis de recherche, notamment d’enfants et de jeunes adolescents, continuent de se multiplier sur TikTok et Facebook, signalant pour la plupart une dernière apparition dans l’un des quartiers d’Antananarivo, selon 20 Minutes.
La société civile commence à formuler des exigences précises à l’égard des institutions. Mbolatiana Raveloarimisa, fondatrice d’Autisme Madagascar et co-créatrice de mouvements citoyens, a appelé à un renforcement concret des forces de l’ordre en effectifs, en équipements et en ressources. “La peur doit changer de camp”, a-t-elle déclaré à L’Express de Madagascar, résumant une attente collective que l’appareil d’État assume pleinement ses obligations de protection.
La crise expose ainsi un écart entre l’autorité affichée du pouvoir de transition et sa capacité réelle à garantir la sécurité publique sur l’ensemble du territoire, la géographie des disparitions s’étendant désormais au-delà d’Antananarivo. La question qui demeure ouverte est de savoir si le dispositif institutionnel mis en place suffira à rétablir la confiance, ou si l’élargissement de la crise contraindra les autorités à rendre des comptes sur leurs choix opérationnels et les résultats obtenus.
Questions-réponses
Quel dispositif institutionnel a été mis en place pour répondre à la crise des disparitions à Madagascar ?
Un Centre opérationnel anti-enlèvement a été installé au Commissariat central de Tsaralalàna, avec pour mandat de centraliser les recherches, de coordonner l'action de la police et des forces de sécurité, et de démanteler les réseaux impliqués. Par ailleurs, 400 éléments des forces de défense et des membres de la garde présidentielle ont été déployés dans les rues d'Antananarivo.
Quelle est la position officielle du gouvernement de transition sur l'origine de la crise ?
Le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison a déclaré que le pays était 'en guerre', tandis que le colonel Michaël Randrianirina, président de la Refondation, a affirmé que les événements visaient à 'perturber' et à 'déstabiliser' le pays. Le président avait qualifié les faits de 'terrorisme' dès le 8 juillet, soutenant que des acteurs cherchaient à convaincre la communauté internationale que Madagascar était 'un pays totalement instable'.
Quelles tensions entre pouvoir de transition et libertés fondamentales la crise a-t-elle fait émerger ?
Ismaël Razafinarivo, directeur de publication d'une radio, a été entendu par la Section de recherches criminelles pour 'diffusion de fausses nouvelles'. Le mouvement citoyen Gen Z craint que les opérations de lutte contre la désinformation ne servent à réprimer la contestation, résumant cette tension par la formule : 'On dirait que l'État part en guerre contre les contestataires'.
Quelles exigences la société civile formule-t-elle à l'égard des institutions ?
Mbolatiana Raveloarimisa, fondatrice d'Autisme Madagascar et co-créatrice de mouvements citoyens, a appelé à un renforcement concret des forces de l'ordre en effectifs, en équipements et en ressources, résumant l'attente collective que l'appareil d'État assume pleinement ses obligations de protection.