Madagascar : 172 disparitions signalées, le gouvernement de transition face à ses responsa
Océanie

Madagascar : 172 disparitions signalées, le gouvernement de transition face à ses responsa

Le régime de transition malgache sous pression face à une crise sécuritaire et des déficits de transparence institutionnelle.

La Direction générale de la Police nationale de Madagascar a enregistré 172 plaintes pour disparition de personnes depuis le début de l’année, dont 119 concernant la seule capitale, Antananarivo. Ces chiffres, relayés par Madagascar Tribune, placent le gouvernement de transition au pouvoir depuis le coup d’État d’octobre 2025, désigné sous l’appellation « la Refondation en cours », au cœur d’une crise sécuritaire qui met à l’épreuve la légitimité et la capacité opérationnelle des institutions malgaches.

Face à cette situation, les autorités ont choisi une réponse à forte visibilité. Des membres de la garde présidentielle et 400 éléments des forces de défense ont été déployés dans les rues d’Antananarivo. Le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison a tenu à rassurer la population dans des déclarations rapportées par RFI : « Nous sommes en guerre ! Les forces sont déployées et nous allons en finir avec cette situation. » Le président, le colonel Michael Randrianirina, a de son côté qualifié les événements de « terrorisme » dans une déclaration datée du 8 juillet, affirmant qu’il s’agirait d’une manœuvre visant à « perturber » et à « déstabiliser » la Refondation en cours, et à convaincre la communauté internationale que Madagascar est « un pays totalement instable ». La rhétorique de déstabilisation extérieure adoptée par l’exécutif tranche avec l’absence de données publiques permettant de vérifier l’évolution réelle du phénomène.

C’est précisément là que se posent les questions les plus sérieuses en matière de transparence institutionnelle. Aucune statistique officielle permettant de mesurer l’évolution du nombre de plaintes pour disparition à Madagascar sur une période comparable n’est disponible, ce qui prive les observateurs, les médias et les organisations de la société civile de tout outil d’évaluation indépendante. Cette opacité limite de facto la capacité de contrôle démocratique sur l’action des services de sécurité et du gouvernement de transition.

Par contraste avec cette insuffisance de l’information officielle, c’est sur les réseaux sociaux, TikTok et Facebook en premier lieu, que la crise a pris de l’ampleur. Des avis de disparition d’enfants et d’adolescents, accompagnés de portraits, noms et âges, ont circulé massivement, la plupart signalant des mineurs vus pour la dernière fois dans des quartiers d’Antananarivo. La Police nationale a elle-même sollicité la population via son compte Facebook officiel, l’invitant à signaler tout élément suspect aux forces de l’ordre. Comme le rappelle le site 20 Minutes dans une enquête accessible à l’adresse https://www.20minutes.fr/monde/4234745-20260718-madagascar-alertes-disparition-enfants-multiplient-reseaux-sociaux-fait-point, la prudence s’impose face aux informations circulant sur ces plateformes, parfois relayées sans vérification préalable.

L’exercice du mandat institutionnel dans ce dossier soulève par ailleurs des inquiétudes directes sur la liberté de la presse. Le 9 juillet, Ismaël Razafinarivo, directeur de publication d’une radio malgache, a été convoqué par la Section de recherches criminelles pour « diffusion de fausses nouvelles », en lien avec la couverture médiatique des disparitions. Des membres du mouvement Gen Z, actifs dans la contestation de la gestion gouvernementale de la crise, ont confié à RFI leur préoccupation face à cette procédure : « On dirait que l’État part en guerre contre les contestataires. » La convocation d’un responsable de presse par une unité judiciaire spécialisée, dans un contexte d’état d’urgence sécuritaire non formellement déclaré, interroge directement les conditions dans lesquelles s’exerce la liberté d’information sous le régime de transition.

Sur le fond de l’enquête, plusieurs hypothèses circulent, dont celle d’une organisation structurée derrière les enlèvements. Les investigations menées par les autorités judiciaires et policières restent en cours. La mesure dans laquelle ces enquêtes feront l’objet d’une communication publique régulière et vérifiable constituera un premier test de transparence pour les institutions.

La gestion de cette crise concentre désormais les critiques autour d’une question centrale : les institutions du régime de transition disposent-elles des moyens, de la volonté et du cadre légal nécessaires pour répondre à une crise sécuritaire d’ampleur tout en respectant leurs obligations en matière de droits et de liberté de la presse ? La réponse que donneront les prochaines semaines aux familles, aux médias et aux partenaires internationaux déterminera une part de la crédibilité que peut encore revendiquer la Refondation.

Questions-réponses

Quel organisme officiel a enregistré les 172 plaintes pour disparition, et quelle part concerne la capitale ?

C'est la Direction générale de la Police nationale de Madagascar qui a enregistré ces 172 plaintes depuis le début de l'année. Sur ce total, 119 concernent la seule capitale, Antananarivo.

Quelles mesures institutionnelles le gouvernement de transition a-t-il prises face à la crise sécuritaire ?

Les autorités ont déployé des membres de la garde présidentielle ainsi que 400 éléments des forces de défense dans les rues d'Antananarivo. Le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison a déclaré que les forces étaient mobilisées pour mettre fin à la situation, tandis que le président Michael Randrianirina a qualifié les événements de terrorisme le 8 juillet.

Pourquoi la transparence institutionnelle est-elle mise en cause dans cette affaire ?

Aucune statistique officielle permettant de mesurer l'évolution du nombre de plaintes pour disparition sur une période comparable n'est disponible. Cette opacité prive les observateurs, les médias et les organisations de la société civile de tout outil d'évaluation indépendante et limite le contrôle démocratique sur l'action des services de sécurité et du gouvernement de transition.

Quel cas illustre les risques pesant sur la liberté de la presse sous le régime de transition ?

Le 9 juillet, Ismaël Razafinarivo, directeur de publication d'une radio malgache, a été convoqué par la Section de recherches criminelles pour diffusion de fausses nouvelles, en lien avec la couverture médiatique des disparitions. Cette procédure, dans un contexte d'état d'urgence sécuritaire non formellement déclaré, soulève des inquiétudes directes sur la liberté d'information.